ANNÉE 1285

_Coment Gironne fu rendue._

Si comme le siège estoit devant Gironne, viande commença à apeticier à

ceux de la cité. Le conte de Fois et Ramon Rogier savoient bien tout

leur couvine et coment il leur estoit, et que il ne se povoient plus

tenir né durer. Si s'en vindrent au roy et luy distrent que, s'il

luy plaisoit, que on parlast à ceux de la cité et aux chevetains,

savoir mon sé il se vouldroient rendre né venir à mercy. Le roy leur

octroia par le conseil de ses barons: si s'en alèrent en la cité et

entrèrent ens et contèrent leur raison et qu'il queroient. Quant il

orent parlé ensemble, le conte de Fois et Raimon Rogier vindrent au

roy et luy distrent de par ceux de la cité qu'il leur donnast trièves

jusques à tant qu'il eussent mandé au roy d'Arragon s'il les vendroit

secourre né deffendre; et sé il ne leur vouloit aidier ou ne povoit,

il luy rendroient volontiers la cité, et se mettroient de tout en

son commandement. Le roy leur donna trièves moult volontiers, et il

envoièrent tantost au roy d'Arragon qu'il les venist secourre et

aidier, ou il les convenoit rendre la cité, né ne la povoient plus

tenir contre le roy de France, car il n'avoient de quoy vivre né de

quoy il feussent soustenus. Les messages trouvèrent que le roy Pierre

estoit mort et pluseurs autres de ses nobles hommes; si en furent moult

esbahis et moult courouciés: arrière s'en retournèrent et contèrent

à Raimon de Cerdonne et à autres pluseurs barons, coment le roy leur

seigneur estoit mort, et de la bataille qu'il avoit faicte contre les

François, et avoit perdu tous les meilleurs chevaliers qu'il eust

jusques à cent.

Quant ceux de la cité sorent ces nouvelles, si mandèrent au roy que

volentiers se rendroient sauves leur vies, mais que ce fust en telle

manière qu'il emportassent tous leur biens seulement et tous les

harnois et toutes leur choses. Le roy qui pas ne savoit la povreté de

la vitaille qu'il avoient, s'i accorda par le conseil au conte de Fois

et Raimon Rogier.

Tantost comme la paix fu faicte et ordennée, les François entrèrent ens

et regardèrent à mont et à val coment il leur estoit: si ne trouvèrent

point vitaille laiens dont il peussent vivre trois mois. Par ce peut-on

veoir appartement que le roy de France fu deceu et trahy, dont le conte

de Fois et Raimon Rogier furent très faulx et très mauvais; car il

savoient bien tout l'estat de la cité et coment il leur estoit.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 66 / 290 题