ANNÉE 1283

_Du secours qui vint de France au roy Charles._

Pierre conte d'Alençon, frère du roy de France, et Robert conte

d'Artois, le duc de Bourgoigne[78], le conte de Dampmartin[79], le

conte de Bouloigne, le seigneur de Montmorency[80] et moult d'autres

nobles hommes, avec grant foison de gens de pié, vindrent en icel temps

meisme pour secourre le roy Charles de Secile; et passèrent tout oultre

parmi Lombardie à bannières desploiées, sans nul encombrement. Tant

chevauchièrent qu'il vindrent ès plaines de Saint-Martin où le roy

estoit.

[Note 78: «Othelinus.»]

[Note 79: «Johannes.»]

[Note 80: «Mathæus. (Gesta Ph. III, p. 541.)]

Le roy fu moult lie de leur venue: si s'appareilla tantost et ordonna

ses batailles rengiées, et passa tout oultre parmi Calabre jusques

à la Gatonne[81], et se mist en grant paine de trouver ses ennemis.

Ses adversaires qui bien savoient sa venue, né s'osèrent combatre

né approchier d'eux, ains fuioient dès que il les véoient venir aux

chastiaux et aux forteresces. Les autres qui estoient en leur navies,

si se boutoient en leur galies et puis tournoient en fuie. Le roy

d'Arragon qui bien savoit le pouvoir du roy Charles et la hardiesce des

François, se pourpensa par quel barat né coment il le pourroit conchier

né décevoir; car il n'avoit talent d'aler contre luy à bataille. Si luy

manda que s'il estoit si osé né si hardi, que volentiers se combatroit

à luy corps à corps; et que il prist cent chevaliers des plus hardis

qu'il pourroit trouver qui se combatroient contre cent des plus esleus

de son royaume, et que ce fust le premier jour de juing, ès landes de

Bordeaux, et que celui qui seroit vaincu jamais n'eust point d'honneur,

né ne portast couronne. Quant le roy de Secile oï ce, si en fu moult

lie et respondi tantost que bien le vouloit.

[Note 81: _A la Gatonne._ «Usque Alagatonne et alibi equitabat.»]

Les convenances furent jurées et promises de chascune partie. Tantost,

le roy Charles manda toute l'affaire au roy de France, et luy manda

qu'il fist faire cent armeures de fer, les plus belles et les

meilleures que l'en pourroit trouver né soubtillier. L'apostole Martin

qui bien sot la besoigne n'en fu point lie, car il se doubta moult et

pensa que le roy d'Arragon ne le faisoit fors par boisdie[82].

[Note 82: _Boisdie_. Simulation. Variante: _Loberie_.(Msc. 9650.)]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 53 / 290 题