L'OISEAU ROCK.

Là bas, tout là bas, il me semble

Que j'entends quereller ensemble

Béhémot et Léviathan;

Chacun des deux rivaux aspire,

Ambition folle, à l'empire

De la terre et de l'Océan.

Eh quoi! Léviathan l'énorme,

S'asseoirait, majesté difforme,

Sur le trône de l'univers!

N'a-t-il pas ses grottes profondes,

Son palais d'azur sous les ondes?

N'est-il pas roi des peuples verts?

Béhémot, dans sa patte immonde,

Veut prendre le sceptre du monde

Et se poser en souverain.

Béhémot, avec son gros ventre,

Veut faire venir à son antre,

L'Univers terrestre et marin.

La prétention est étrange

Pour ces deux pétrisseurs de fange,

Qui ne sauraient quitter le sol.

C'est moi, l'oiseau Rock, qui dois être,

De ce monde, seigneur et maître,

Et je suis roi de par mon vol.

Je pourrais, dans ma forte serre,

Prendre la boule de la terre

Avec le ciel pour écusson.

Créez deux mondes; je me flatte

D'en tenir un dans chaque patte,

Comme les aigles du blason.

Je nage en plein dans la lumière,

Et ma prunelle sans paupière

Regarde en face le soleil.

Lorsque, par les airs, je voyage,

Mon ombre, comme un grand nuage,

Obscurcit l'horizon vermeil.

Je cause avec l'étoile bleue

Et la comète à pâle queue;

Dans la lune je fais mon nid;

Je perche sur l'arc d'une sphère;

D'un coup de mon aile légère,

Je fais le tour de l'infini.

La Comédie de la mort · 第 99 / 117 题