Rôle de certaines qualités secondaires dans la vie des peuples.
Des qualités inutilisables à certaines périodes de la civilisation
déterminent la prospérité d’un peuple quand de nouvelles conditions
d’existence permettent leur utilisation.
* * * * *
Les supériorités littéraires, artistiques et intellectuelles furent dans
certaines civilisations, celles des anciens Grecs et des Italiens de la
Renaissance, par exemple, des éléments de grandeur. La patience, la
ténacité, l’obéissance aux règlements et autres qualités jadis tenues
pour médiocres constituent dans les civilisations à forme industrielle
des conditions de succès.
* * * * *
L’âge moderne, avec sa technique compliquée et sa division du travail,
exige des qualités de patience, de vigilante attention, de minutie,
d’effort soutenu et de solidarité que des races individualistes à
intelligence vive ne pratiqueront jamais facilement.
* * * * *
Le sentiment de la continuité est pour un peuple un élément de stabilité
très lent à acquérir et sans lequel il ne saurait, cependant, ni durer
ni grandir.
* * * * *
La force des peuples modernes dépend de moins en moins de leurs
gouvernants. Elle se compose surtout d’une addition de millions de
petits efforts individuels. Un pays devient grand lorsque tous ses
citoyens travaillent à sa grandeur. Son déclin est rapide quand il
abandonne à l’État les initiatives et les responsabilités.
* * * * *
Les succès d’un peuple sont dus aujourd’hui moins à la valeur de ses
gouvernants, ou même de ses élites, qu’à certaines qualités, secondaires
possédées par la majorité des citoyens.
* * * * *
Les supériorités individuelles peuvent parfois se remplacer par de
modestes qualités collectives. Avec des poussières d’individualités
médiocres les Allemands ont su faire des agrégats très forts.
* * * * *
La puissance d’un peuple exige des qualités communes à la grande
majorité de ce peuple. La supériorité des élites ne suffit pas à
déterminer sa grandeur.