La vieillesse des peuples.
Il n’est pas d’exemple, dans l’histoire, de nations ayant progressé
toujours. Après une certaine phase de grandeur elles déclinent et
disparaissent, ne laissant parfois que d’incertains vestiges.
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Si les cycles de l’histoire doivent se répéter, toutes les nations
seraient, comme celles du passé, condamnées à vieillir et disparaître.
Le sable a recouvert les vestiges de Ninive. La gloire de Rome n’est
plus qu’un souvenir.
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Les peuples périssent, les œuvres survivent quelquefois. Mais de la mort
une vie nouvelle jaillit bientôt. Sur la poussière des races créatrices
des pyramides sont nées des races nouvelles, riches de vérités inconnues
des anciennes civilisations.
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Ce qu’on appelle la vieillesse d’un peuple est une vieillesse mentale
beaucoup plus que biologique.
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La vieillesse d’un peuple commence lorsque, amolli par le bien-être et
devenu incapable d’effort, il substitue l’égoïsme individuel à l’égoïsme
collectif, cherche à obtenir un maximum de tranquillité avec un minimum
de travail et se montre incapable de s’adapter aux nécessités nouvelles
que les progrès d’une civilisation font toujours surgir.
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Les peuples ne grandissent plus quand la vie leur devient trop facile.
Rome ne progressa que pendant la période de ses luttes. L’âge de la paix
et de la prospérité matérielle marqua les débuts de son déclin.
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Il existe dans l’histoire des peuples des moments où le culte de la
force, la passion du gain et la mauvaise foi peuvent constituer des
éléments de succès, mais de tels succès entraînent bientôt la décadence.
Carthage en fit jadis l’expérience. Malgré ses richesses et la puissance
de ses armées, elle disparut de l’histoire en ne laissant d’autres
vestiges que le mépris des peuples pour la foi punique.
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Les vieillards, assurait Bacon, font trop d’objections, consultent trop
longuement, risquent trop peu, regrettent trop vite, agissent rarement
au moment propice et se contentent de succès médiocres. De tels défauts
s’observent également chez des peuples dont diverses causes ont paralysé
les énergies.
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L’impuissance à se décider, la tendance à l’inaction et la peur des
responsabilités sont des symptômes caractéristiques de sénilité chez les
individus comme chez les peuples.
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Il semblerait qu’arrivés à une certaine phase de leur existence, les
peuples ne puissent progresser sans l’action de grandes crises
bouleversant leur vie. Elles paraissent nécessaires pour les dégager de
l’étreinte d’un passé devenu trop lourd, de préjugés et d’habitudes trop
fixés.
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Un peuple vieillit vite lorsque, ne sachant pas s’adapter aux nécessités
nouvelles, il se laisse dépasser. A en juger par les statistiques
industrielles, maritimes et commerciales, certaines nations étaient
avant la guerre considérablement distancées par d’autres. La lutte
actuelle sera peut-être un stimulant capable de réveiller les activités
endormies.
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Lorsqu’une catastrophe met en évidence l’usure et par conséquent
l’insuffisance d’une ancienne armature sociale, la nécessité de la
transformer s’impose. Bien dirigée, cette difficile opération rend à la
société ébranlée une vie nouvelle. Mal conduite, et ce cas est le plus
fréquent, elle engendre une anarchie qui, pour certains peuples, a
marqué la fin de leur histoire.
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Parmi les causes de destruction menaçant les civilisations trop
vieilles, on peut citer l’accumulation des règlements régissant la vie
sociale. Ils paralysent les libertés, les initiatives, et finalement la
volonté d’agir.
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Certaines professions créèrent à toutes les époques les mêmes
déformations mentales. Machiavel se plaignait déjà de la paperasserie et
de la routine des états-majors de son temps.
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Le développement du pacifisme, chez un peuple entouré de nations avides
de conquêtes, désagrège les ressorts de son activité et le conduit
rapidement à être asservi.
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Un passé de grandeur est toujours pour les peuples un lourd, parfois
même un écrasant fardeau.
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Le degré de vitalité des diverses nations sera plus visible encore au
lendemain de la paix que pendant la guerre.