IV

On dîna, on fut tour à tour gai et sentimental. Le vin de Champagne mit

sa pointe et sa lumière dans l'esprit des amoureux. On continua à se

charmer. Ils étaient en face l'un de l'autre. Daniella vint se mettre à

côté du colonel. On finit par boire dans le même verre.

--Cela se fait en Ecosse dit-elle en français.

--Tout est bien dans votre pays, dit M. Dieu; mais, quand vous êtes

en France, accordez-vous l'hospitalité écossaise de votre chambre à

coucher?

La mariée sans mari rougit et dit que non.

--Alors je n'ai plus rien à faire ici, puisque, après vous avoir,

adorée, je ne puis pas vous aimer.--J'oubliais! dit le colonel. Pourquoi

diable avez-vous lâché un pigeon entre Anisy et Soissons. C'était une

manière d'écrire à votre cousin.

--Vous devinez tout.

--Quoi encore.

--Vous devinez que je vous-aime.

--Je ne comprends pas bien le français, mais vous me l'apprendrez, mon

colonel.

On se remit au coin du feu, on prit le café, on conta des histoires;

de temps en temps, Daniella allait retrouver son nid dans les bras du

colonel.

C'était charmant, par la grâce naïve de l'Écossaise et par la douceur,

enjouée de l'homme de guerre.

V

On arriva ainsi à onze heures du soir. Tout à coup le valet de chambre

vint avertir qu'un étranger, qui venait de Soissons à bride abattue,

demandait à parler--à Madame.

--Sacré nom de Dieu, dit le colonel, je vais lui parler, moi.

--O ciel! c'est mon mari! s'écria Daniella.

Le colonel sortit de la salle à manger. La jeune femme se cacha sous un

rideau.

--Quand ce serait le diable!

--Non, dit en rentrant le colonel, ce n'est pas votre mari, c'est votre

cousin. Que vais-je lui dire?

Les douze nouvelles nouvelles · 第 54 / 114 题