Ce fut Angèle qui courut à Paris le lendemain.
Comme son jeu était joué avec le sous-lieutenant, elle apparut toute
charmante à la porte du petit appartement de Léonce.
Elle fut effrayée de sa pâleur et de sa désolation.
Aussi prit-elle sa voix féline:
--Eh bien! je m'ennuyais, me voilà.
Qui le croira? Vous le croirez. Le mari laissa tomber aux pieds de la
femme toutes ses jalousies et toutes ses douleurs.
--Je sais tout, lui dit-il; vous êtes infâme, je devrais vous tuer, mais
je vous aime: nous partirons ce soir pour l'Italie.
--Oh! l'Italie! c'est mon rêve! Elle embrassa dix fois son mari.
--Si tu savais comment je t'aime!
Il fut terrible:
--Ne dénouez pas vos cheveux, lui dit-il d'une voix qui sifflait.
Et, après un soupir et un silence glacial:
--J'ai une question à vous faire, Angèle, vous y répondrez en toute
liberté de conscience.
--Oui, mon Léonce.
--Pourquoi m'avez-vous trahi?
Angèle ne répondit pas.
--C'est par amour naturellement.
--Non.
--Eh bien! pourquoi m'avez-vous trahi?
En toute liberté de conscience, Angèle répondit:
--Par curiosité!