Que les âmes compatissantes se rassurent. La montagne glacée de
désespoir qui m'écrasait, le coeur sembla se fondre à mesure que le
charbon diminuait dans nos soutes. Il faut que l'air de la Méditerranée
possède des propriétés singulièrement consolatrices, car nous n'avions
pas encore touché à Naples que j'entrevoyais déjà la possibilité de
vivre avec ma blessure.
--Je souffrirai jusqu'à mon dernier jour, pensais-je en voyant fuir le
sillage bleu, lamé d'argent par l'hélice infatigable. Mais je sens que
j'aurai la force de ne pas mourir. Seulement, qu'on ne me parle plus
jamais d'amour! Que l'ironie de ce mot odieux ne frappe plus jamais mes
oreilles! Une seule femme pourra se faire gloire d'avoir vaincu,
subjugué, trahi Gaston de Vaudelnay. Que les autres en prennent leur
parti! Désormais il défie tous leurs décevants artifices.
Quand nous reprîmes la mer, après une visite à Pompéi, cette belle morte
dont le suaire de cendres s'est écarté sous des mains profanes, il me
semblait que le souvenir de madame X*** et celui de toutes ces beautés
dont je venais de contempler les appartements et les bijoux, comptaient
un nombre de siècles à peu près égal.
En longeant les côtes de Cythère,--nous aurions rougi de perdre une
heure pour y aborder,--je souriais avec orgueil comme si j'eusse
contemplé la capitale dévastée d'un ennemi désormais impuissant. Ah!
qu'il faut se garder de ces inutiles fanfaronnades!
Au Parthénon, sous ces colonnes aux tons d'ocre parmi lesquelles semble
glisser encore la blanche tunique aux longs plis de la chaste déesse,
des voix mystérieuses, mêlées à l'encens des sacrifices, chantaient à
mes oreilles:
--Vis sans aimer, et tu vivras heureux!
Et déjà j'éprouvais je ne sais quel vague bonheur de vivre, de respirer
l'odeur des jasmins flottant à travers les rues poudreuses, de suivre
d'un regard charmé les jeunes Athéniennes aux yeux noirs, allant remplir
leurs amphores à la fontaine.
Enfin l'avouerai-je? Tandis que je gravissais les pentes de Galata pour
aller prendre mes lettres à la poste française de Constantinople, une
pensée me préoccupait:
--Pourvu qu'_elle_ ne m'ait pas écrit de revenir!
Car j'aurais été l'homme le plus contrarié du monde s'il m'avait fallu
dire adieu si vite à cet Orient que j'entrevoyais à peine et qui déjà me
captivait. Oh! la ville sainte avec ses minarets et ses coupoles noyés
dans la verdure! Oh! le Bosphore avec sa double bordure de palais
endormis! Oh! les musulmanes drapées dans leurs satins clairs, laissant
voir à travers la mousseline complaisante du _yachmak_ leurs grands
yeux noirs, si provocants sous la frange des cheveux dorés par le
henné!....
Trois lettres seulement m'attendaient à la poste: deux sur lesquelles je
comptais, celle de ma mère et celle de Rosie, la troisième d'une
écriture inconnue, ronde, moulée comme les caractères d'un écrivain
public. L'enveloppe carrée, en papier jaune, avait les allures froides
d'une correspondance d'affaires. Il ne faut pas se fier aux apparences.
Voici ce que je lus dans la missive mystérieuse que j'avais ouverte tout
d'abord:
« Monsieur,
» Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois dans un salon qui porte un
des plus vieux blasons de France, mais je ne vous nommerai pas les
maîtres de la maison, pas plus que je ne vous laisserai deviner qui je
suis moi-même.
» Vous voudriez savoir au moins quels ont été nos rapports, si nous
avons souvent causé, dansé ensemble, ce que nous nous sommes dit, si je
vous ai plu, si vous m'avez fait la cour. Peut-être avez-vous la
curiosité--flatteuse pour moi--de connaître mon impression sur votre
personne. Voilà bien des questions, mais vous n'aurez de réponse qu'à la
dernière. Vous intéresserait-elle moins que les autres? Avouez que non.
» Eh bien, monsieur, je pense de vous des choses...que je me suis bien
gardée de vous dire, ou même de vous laisser soupçonner. Mais, s'il vous
plaît, n'allez pas croire que c'est par modestie ou par crainte de vos
dédains. Je connais vos goûts. Je vous ai trouvé parfois moins difficile
pour d'autres femmes qu'il ne vous serait, à coup sûr, permis de l'être.
J'ai constaté en vous des... indulgences faites pour encourager de moins
modestes que moi--et de plus mal partagées. Mais qu'aurais-je gagné à me
faire ouvrir les portes du temple? Je m'y serais trouvée en trop
nombreuse compagnie! Je ne comprends que les chapelles bien fermées,
avec un seul tabernacle et une lampe qui brûle fidèlement, sans jamais
s'éteindre. Vos enthousiasmes, autant que je puis croire, ressemblent à
ces décors de feu d'artifice qui s'embrasent tout à coup et
disparaissent très vite, pour faire place au numéro suivant du
programme.
» Avec tout cela--vous allez bien rire--j'ai beaucoup souffert et je
souffre encore, car je vous aime. Eh! bien, ne riez pas trop; ne dites
pas: « Bon, encore une! » Oui, je vous aime, et, sans doute, je ne suis
pas la première qui vous l'écrive. Mais ce qui me distingue des autres,
c'est que je vous aimerai toujours, et que vous ne saurez jamais qui je
suis. Vous haussez les épaules? Vous dites que je joue un air connu?
Vous verrez que non. Dans dix ans, vous n'en saurez pas plus
qu'aujourd'hui. Et, dans dix ans, je vous aimerai encore.
» D'ailleurs, si j'étais comme les autres, je n'aurais pas attendu que
vous fussiez à sept ou huit cents lieues de la France pour vous dire que
ma pensée ne vous quitte pas, que je donnerais ma vie, si elle
m'appartenait, pour embellir la vôtre, que vos yeux, quand ils
rencontrent les miens, me donnent le plus grand bonheur que je me
souvienne d'avoir connu.
» Et cependant la tendresse du meilleur et du plus noble des êtres
m'entoure d'une constante adoration. Mais je vous aime, et je suis
tellement malheureuse de ne vous l'avoir jamais dit, que j'essaye de
vous le dire afin de voir si, désormais, je serai plus heureuse.
» Voilà tout, monsieur, et notre correspondance doit s'arrêter ici.
Toutefois, il me serait agréable de savoir que vous avez reçu cette
lettre qui contient--j'ai l'orgueil de le croire--quelque chose de plus
précieux qu'un paquet de billets de banque: un coeur qui ne s'était
jamais donné. Vous m'apprendrez sincèrement ce que vous pensez de cette
folie. Mais tout le bien ou tout le mal que vous pourrez me dire
n'empêcheront pas que ces lignes ne soient les dernières écrites pour
vous par
» UNE AMIE DÉVOUÉE. »
Pour toute signature, cette missive étrange portait une pensée finement
dessinée à la plume. Le post-scriptum invitait à répondre sous des
initiales compliquées au bureau de poste de la Madeleine, à Paris.
Quoi que l'on doive penser de moi, j'avouerai que je relus deux fois
cette lettre avant d'ouvrir les deux autres, lesquelles, d'ailleurs, ne
contenaient rien, à beaucoup près, d'aussi intéressant. Ma mère me
donnait en détail les nouvelles du jour de Vaudelnay, terminant sa
quatrième page par des recommandations instantes de bien me soigner et
« d'être prudent dans un pays où la vie des hommes est comptée pour si peu
de chose ». A coup sûr, en écrivant ces lignes, ma chère mère avait des
visions de pals, de poignards et de sacs de cuir immergés dans le
Bosphore avec deux victimes--de sexe différent--s'y débattant contre la
mort.
Quant à ma cousine, en la lisant on croyait l'entendre. C'était la même
affection simple, raisonnable, éloignée de toute exaltation de pensée et
de langage. Pauvre miss Pot-au-Feu!
Malgré tout, sa prose aurait pu me paraître charmante, sans la rivale
inconnue auprès de laquelle cette âme naïve semblait singulièrement
terre à terre. Qui était-elle donc cette autre femme, romanesque et
vertueuse tout à la fois, dont l'amour tombait sur moi comme la fleur
parfumée qui effleure le front du voyageur traversant un bois
d'orangers? Comment l'avais-je vue sans la remarquer? Où l'avais-je
rencontrée? Par quelle séduction involontaire avais-je pris sa
tendresse?
Pendant une heure, je fouillai par la pensée quatre ou cinq des salons
les plus haut cotés comme aristocratie que je fréquentais jadis, du
temps où madame X*** ne m'entraînait pas à sa suite dans un monde moins
blasonné. Quelques profils vagues, à demi perdus dans la pénombre d'un
souvenir éloigné, se présentèrent à mes yeux. J'appelai mon imagination
à mon secours pour peindre le portrait de l'inconnue. Je me figurais une
femme grande, blonde, mélancoliquement rêveuse, d'une beauté poétique,
unie par un mariage de raison à quelque époux trop âgé pour elle, plein
de mérite et très affectueux, mais qu'elle n'avait pas pu aimer.
Pourquoi me donnait-elle cet amour idéal et profond, à moi qui me
sentais si peu digne d'une offrande aussi précieuse, à moi dont les
grâces moins qu'éthérées d'une coquette avaient tourné la tête et
conquis l'admiration? Et pourtant ma correspondante anonyme semblait
avoir peu d'illusions sur mon compte. La preuve en était dans certaine
phrase de sa lettre et, plus encore, dans cette défiance à mon égard
qu'elle manifestait sans ménagements.
O variations bizarres et soudaines du coeur humain! La veille encore, ma
réputation naissante d'homme à succès paraissait à mes yeux comme une
auréole de gloire, pittoresquement voilée par le crêpe funèbre d'une
trahison. Et voilà qu'à cette heure je n'avais plus qu'un désir:
convaincre cette douce amie que j'étais un chevalier fidèle et discret,
digne d'être aimé, digne d'être admis à la voir, à m'agenouiller devant
elle, à baiser ses mains ou tout au moins le pli de sa robe. Mon
enthousiasme était si grand que je voulais d'abord partir sur l'heure,
courir chercher cette tendre créature dans chaque rue, dans chaque
maison de Paris, la guetter pendant un mois, s'il le fallait, au guichet
de la poste où elle devait venir prendre ma réponse.
La réflexion me fit voir qu'il fallait arriver à elle par d'autres
moyens, si toutefois je devais être assez heureux pour percer un jour ce
charmant mystère. Sans prendre le temps de redescendre au port et de
regagner la _Galathée_, j'entrai dans un des hôtels de Péra et je
demandai de quoi écrire. Je me souviens que ma lettre commençait ainsi:
« Madame, ce que vous appelez ironiquement « mon temple » n'est plus, à
cette heure, qu'un monceau de ruines sur lesquelles se dresse la
chapelle « bien fermée » où vous voulez que je vous adore. La pauvre
lampe de mon coeur est allumée devant l'autel. Une seule chose manque à
ce culte nouveau et chéri: l'image, le nom de celle qui m'a converti de
mes erreurs grossières.
» Ce nom je l'attends, je l'invoque; cette image, cachée derrière son
voile de pureté, mon respect l'implore à genoux. Apôtre de l'amour
chaste et vrai, vous avez, d'un seul mot, renversé mes idoles. Ce n'est
que la moitié de votre tâche bienfaisante et j'ai le droit de vous dire:
Ne mettrez-vous rien à la place de ce que vous avez détruit?.... »
Pendant de longues pages, mon zèle de néophyte s'épanchait avec ce
lyrisme qui fera sourire, j'en ai peur, la plupart des hommes qui ont
aujourd'hui vingt-cinq ans, l'âge que j'avais alors. Je reniais les
erreurs du passé, particulièrement madame X***, ne la désignant, bien
entendu, que par des allusions sagement voilées. Pour l'avenir, je
m'engageais par les plus redoutables serments à devenir le modèle de
ceux qui aiment. Mais je donnais à entendre que toutes ces belles
résolutions dépendaient du nouvel arbitre de ma vie. Au prix d'une
réponse courrier par courrier, je garantissais ma persévérance. Que si
ma belle correspondante exécutait ses menaces de silence perpétuel, Dieu
sait ce qui adviendrait de moi! Me reverrait-on jamais? Ne
promènerais-je pas mon égarement, pécheur endurci, de la Turquie aux
Indes, des Indes en Chine, de la Chine au Japon, plus loin si c'était
possible? Mes parents s'éteindraient dans les larmes! A qui la faute?
Une réponse, une réponse contenant ne fût-ce qu'une lueur d'espoir, et
je rentrais en France à l'instant même, corrigé de toutes mes erreurs,
portant dans ma poitrine un coeur nouveau. C'était à prendre ou à
laisser. Positivement, j'avais un peu perdu la tête.
Ma lettre partie, je comptai les heures qui me séparaient du retour du
courrier. Que dis-je, les heures? c'était bel et bien l'affaire de deux
semaines, car, à cette époque, l'_Orient-Express_ ne roulait pas
encore entre Paris et Varna.
Pendant ces quinze jours, mon ami et moi nous courûmes les ruines, les
bazars, les mosquées, de Stamboul à Scutari. En outre la _Galathée_
chauffa plus d'une fois pour nous conduire soit aux îles des Princes,
soit dans le haut Bosphore, soit même sur les côtes les plus voisines de
la mer Noire où, par parenthèse, un coup de vent d'est faillit me noyer,
moi et ma chapelle toute neuve, encore veuve de sa statue. D'ailleurs
aucune aventure d'un genre plus doux; pas la moindre tentation, ce qui
est, pour les nouveaux convertis de mon espèce, la meilleure garantie de
persévérance. Dieu sait ce qui serait arrivé si j'avais fait mon stage
de vertu dans un pays où les femmes sont moins cloîtrées!
Enfin le paquebot de la malle française fut signalé au sémaphore de
Galata, dont j'avais appris les séries de pavillons par coeur. O joie!
le guichet de la poste s'ouvrit pour laisser passer dans mes mains une
enveloppe de cette même écriture renversée que mes yeux avaient relue si
souvent. Ma divinité n'était point inexorable et m'épargnait le voyage
du Japon qui, entre nous, me donnait à réfléchir.
« Monsieur, m'écrivait-on, j'aime trop vos parents--sans les
connaître--pour les priver si longtemps de la présence de leur fils.
Vous vouliez une réponse; la voici. Quant au reste, vous me permettrez
bien de vous dire que je ne saurais prendre toutes vos belles paroles
pour argent comptant. Je me défie des conversions si faciles et si
promptes, et j'estime qu'il y faut un peu de martyre, tout au moins
quelques cicatrices de fer ou de feu, quelque épreuve de confrontation
avec les bêtes de l'amphithéâtre.
» D'ailleurs, il faut en prendre votre parti. Votre chapelle--je vous
félicite de l'avoir édifiée si aisément--contiendra quelque jour, si
Dieu m'écoute, une statue fidèlement honorée. Mais ce ne sera pas la
mienne, qui ne saurait quitter la modeste niche où la retient le devoir.
Je vous répète que je vous aime, que je vous aimerai toujours. Vous
l'avoir dit, savoir que vous ne l'ignorez plus, bien que vous ignoriez
tout le reste, cela me procure déjà des douceurs infinies. Depuis que
j'ai cessé d'être une enfant, je ne me souviens pas d'avoir connu
quelque chose qui touche au bonheur d'aussi près.
» Peut-être, puisque vous allez revenir, vous apercevrai-je de loin en
loin, mais mon secret sera mieux gardé que jamais, car il doit l'être;
je mourrais de honte s'il en était autrement. Mais je suivrai tendrement
des yeux votre chemin dans la vie. Et même, si vous restez digne de moi,
ma plume viendra vous dire de temps en temps que je suis fière de vous
et reconnaissante, jusqu'au jour où une autre, celle qui sera votre
femme, vous le dira des lèvres. Je rougis de ma faiblesse, car je
m'étais juré de vous écrire une seule fois. Mais cette faiblesse
n'enlève rien à personne. Elle ne m'empêchera de remplir aucun des
devoirs de ma vie.. et vous, ami, jusqu'à présent vous n'avez guère de
devoirs. »
Une fleur de pensée, comme la première fois, remplaçait la signature
absente. J'y posai mes lèvres.
--Qui sait, me disais-je tout bas, si d'autres lèvres n'ont pas donné
rendez-vous aux miennes à cette place?
Le courrier m'apportait seulement deux lettres: celle que je viens de
dire, et une seconde, de la main de ma mère. Rien de ma cousine, ce
jour-là, mais je n'avais pas le droit de me plaindre, car la pauvre miss
Pot-au-Feu attendait encore sa réponse. Aussi, que pouvais-je bien
répondre à cette tranquille et prosaïque personne, si éloignée de la
note actuelle de mon esprit que j'aurai dû me battre les flancs pendant
une heure pour lui écrire vingt lignes! Lui raconter ma bonne fortune
platonique et épistolaire? A quoi bon? La froide écriture pouvait-elle
initier cette profane aux mystères du grand amour?
Moi, je le comprenais, le grand amour; je le respirais; je me mouvais
dans cette atmosphère à la fois pure et troublante comme celle des hauts
sommets. Parfois, étonné du sentiment nouveau qui m'absorbait, j'avais
peur d'être la proie d'une folie passagère, éclose dans mon cerveau sous
l'ardeur du ciel d'Orient. Ou bien, peut-être, je subissais, malgré moi,
l'influence d'une tendresse passionnée qui m'obsédait de loin. Peut-être
mon coeur s'égarait à la poursuite d'une chimère, dont je me moquerais
bientôt moi-même ainsi que d'un songe incohérent. Et si jamais le hasard
ou la constance de mes efforts me mettaient en face de mon inconnue, ne
m'apercevrais-je pas de mon erreur, de mon impuissance à l'aimer?
--Tu l'aimeras éperdument si tu peux la découvrir, me répondait mon
coeur. Et, si elle t'échappe, le couronnement du bonheur manquera
toujours à ta vie.
Désormais, chaque heure passée sur ce sol lointain me semblait
perdue.... Je courus rejoindre mon ami.
--Écoute, lui dis-je; il faut que je rentre à Paris. Tu ne m'en voudras
pas si je t'abandonne?
--J'allais te proposer de partir, me répondit le maître et seigneur de
la _Galathée_. Je m'ennuie atrocement dans cette ville où les
femmes sont des fantômes. Les Parisiennes ressemblent à la lance
d'Achille. Blessé par elles, c'est par elles qu'on doit être guéri.
Demain, au soleil levant, nous verrons disparaître dans les flots d'or
la pointe du Sérail. Mais toi, que t'arrive-t-il? Tu resplendis. Gageons
qu'_elle_ t'écrit de revenir.
Je racontai discrètement mon histoire. Au reste, vu les circonstances,
il m'eût été difficile de me montrer indiscret.
--Tu m'as joliment l'air d'un homme sur le point de se faire rouler,
grommela cet affreux sceptique.
Je m'enfuis pour ne pas l'étrangler. A l'aube suivante, quand le bruit
des anneaux de fer martelant l'écubier m'annonça que nous étions en
train de lever l'ancre, je n'avais guère fermé l'oeil. Cinq jours après,
mon compagnon et moi nous prenions place dans l'express qui quitte
Marseille à six heures du soir. Encore quelques moments, et j'allais
respirer le même air que la dame aux pensées!