Une explosion violente, faisant de nombreuses victimes, vient de se
produire dans une fabrique de soie artificielle installée à Sarvar
(Hongrie) et qui occupe 500 ouvriers. Nombre de personnes ignoraient
sans doute que l'industrie de la soie artificielle fût aussi prospère et
aussi dangereuse.
Cette soie, dite soie Chardonnet, du nom de l'inventeur, n'est autre
chose que du collodion solidifié. En plongeant du coton dans un bain
d'acide sulfurique et d'acide nitrique, on obtient de la nitrocellulose
ou fulmicoton qu'on dissout dans un mélange d'alcool et d'éther. Ce
sirop est lancé, sous une pression de 40 atmosphères, dans des filières
en verre nommées vers à soie, à la sortie desquelles il se solidifie.
L'évaporation imprègne donc l'air de vapeurs d'éther et d'alcool et
ajoute un nouveau danger à celui que présente déjà la manipulation
préalable des deux liquides.
Le procédé Chardonnet date de 1884; on l'a imité depuis. Mais les divers
systèmes imaginés consistent toujours à filer un sirop de
nitrocellulose, parfois de cellulose, et aucun d'eux n'a pris
industriellement l'importance du procédé Chardonnet.
Cette soie, qui possède un réel brillant, est moins souple et environ
moitié moins résistante que la soie naturelle. Ses filaments, très
divisés, ne permettent pas de l'employer pour la chaîne des tissus, elle
ne peut entrer que dans la composition de tissus mélangés. Son aptitude
particulière à fixer les terres rares la fait préférer aux autres
textiles pour les manchons à incandescence; elle est fort utilisée en
passementerie, et elle a presque entièrement remplacé la soie naturelle
pour tout ce qui regarde l'électricité.