A la lecture du volume sain, vivant, courageux, que vient de publier M.
Georges Lecomte: _les Hannetons de Paris_ (Fasquelle, 3 fr. 50),
s'impose impérieusement à la mémoire le ressouvenir du satirique au
style nerveux, au verbe éloquent, à la rude franchise, que fut Barbey
d'Aurevilly. Les seize chapitres des _Hannetons de Paris_ apparaissent
comme une suite logique, une continuation des _Ridicules du temps_,
comme une mise au point, une mise à l'heure, une adaptation de ce beau
livre vengeur à des mauvaises moeurs non nouvelles, certes, mais
devenues plus pernicieuses, peut-être, du fait de la complaisance
générale, de l'universel consentement,--de la complicité du monde, pour
tout dire. Et M. Georges Lecomte sent si bien la profondeur et l'étendue
des maux qu'il signale que le coeur lui manque pour s'en indigner. Dès
la première ligne, il prévient que ses satires seront «plus narquoises
que sévères». A quoi bon, en effet, s'exténuer en de vaines colères
contre l'incurable? Un haussement d'épaules, un sourire d'ironique pitié
sont désormais pour le sage des gestes suffisants à exprimer son
sentiment sur les spectacles moroses que lui offre à chaque pas la vie
quotidienne. J'imagine très volontiers que M. Georges Lecomte n'a pas
ambitionné pour son élégante crânerie d'autre récompense que
l'approbation discrète des honnêtes gens, et que le mot de Musset doit
lui sembler le plus enviable des éloges: Ton livre est ferme et franc,
brave homme...
Quand un lettré, soucieux d'actualité et qui partage les préoccupations
politiques et philosophiques de son temps, entreprend d'exprimer avec un
peu d'abondance ses opinions ou ses vues, il adopte volontiers la forme
du roman utopique. C'est ainsi que M. André Beaunier, journaliste de
talent, vient d'écrire _le Roi Tobol_ (Fasquelle, 3 fr. 50). Le roi
Tobol est le souverain hypothétique d'un royaume imaginaire. Ses
mésaventures conjugales et royales, ses efforts infructueux pour faire
le bien de son peuple en improvisant premier ministre le tribun
socialiste Fougasse, pour assurer le bonheur de son pseudo-fils Eudémôn
en l'emprisonnant dans un château fermé à toutes les tristesses,--tout
cela est plaisamment et ingénieusement conté. Un peu d'obscurité çà et
là. L'auteur n'impose pas des solutions: il suggère des problèmes. Son
livre est de ceux qui donnent à rêver.
La collection, bien connue, des _Annales du théâtre et de la musique_ en
est à sa trentième année. M. Edmond Stoullig poursuit sa tâche avec trop
de sérieux pour qu'on ne loue pas son patient et précieux labeur. Dans
le dernier volume (Ollendorff, 3 fr. 50), l'année 1904 est résumée
d'excellente manière par un critique avisé, très épris de l'art
dramatique.
Notre distingué confrère a enrichi son livre d'une préface qu'a signée
M. Camille Saint-Saëns et que l'illustre compositeur a intitulée:
_Causerie sur l'art théâtral_, causerie remplie d'idées neuves et
d'aperçus ingénieux.