Le président Loubet a pris congé du roi d'Espagne, jeudi soir, pour
aller rendre visite au roi et à la reine de Portugal. Pendant son séjour
à Lisbonne, de vendredi à dimanche, il est l'hôte des souverains au
palais royal de Belem, où ont été mis à sa disposition des appartements
dont nous faisons voir la chambre à coucher principale.
Construit vers 1700, dans un faubourg de Lisbonne où se trouve également
le palais d'Ajuda, résidence habituelle de la reine douairière
Maria-Pia, ce palais est, comme le montre notre gravure, d'une
architecture fort simple. Il n'a rien de commun avec le fameux _couvent
de Belem_, dont le cloître est une des merveilles du Portugal.
[Illustration: Chambre à coucher de M. Loubet au palais de Belem.]
Une partie de la journée de samedi doit être consacrée à une excursion à
Cintra, petite ville située à 28 kilomètres de Lisbonne. Ce lieu
singulièrement favorisé, que Byron, en une description enthousiaste, a
qualifié de «nouvel Eden», possède deux résidences royales d'été,
remarquables par leur caractère architectural: le château mauresque et
le _castello da Pena_. M. Loubet déjeunera dans l'un et visitera
l'autre.
Le château da Pena, construit vers 1850 dans le style des châteaux forts
du moyen âge, s'élève au sommet d'un rocher que couronnait autrefois un
couvent fondé au seizième siècle et servant de lieu de pénitence pour
les moines de Belem. De la grande coupole, on a une vue admirable sur
l'Océan, la province d'Estramadure et la plaine du Tage. Tout le versant
de la montagne a été transformé en un parc luxuriant où abondent les
camélias et les rhododendrons.
[Illustration: Le château royal da Pena, à Cintra, visité par M. Loubet
le 28 octobre. LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE: EN PORTUGAL]
[Illustration: LE PRINCE DE BULGARIE AU CREUSOT Le prince Ferdinand
assiste à la coulée de l'acier d'un canon de marine dans la grande fosse
des fours Martin. _Dessin d'après nature de notre envoyé spécial._]
Le prince Ferdinand de Bulgarie a profité de son voyage en France pour
aller visiter les usines du Creusot, auxquelles il a confié d'importantes
commandes d'artillerie. Parti de Paris le jeudi 19 octobre, par un train
spécial qu'avait commandé M. Schneider, le prince a été pendant quatre
jours, avec sa suite, l'hôte du directeur du Creusot. M. Schneider s'est
empressé, avec une bonne grâce que son hôte a paru hautement apprécier,
pour lui rendre ce séjour aussi agréable que possible, et, notamment,
assisté de quelques-uns de ses chefs de service, l'a initié à tous les
travaux qui s'exécutent dans la formidable cité industrielle, le guidant
à travers les ateliers, les halls, au polygone, etc.
Laminage, puddlage, forgeage, ajustage, tirs, le prince a tout vu et
s'est intéressé à tout. Mais un spectacle paraît l'avoir vivement
impressionné, c'est celui qui lui fut offert, le vendredi soir, au
service des aciéries, où, en sa présence, on coula, à la grande fosse
des fours Martin, un lingot cylindrique d'acier de 720 millimètres de
diamètre, d'un poids approximatif de 18.750 kilogrammes, destiné à la
fabrication d'éléments de canons de 164mm,7 pour la marine française.
Penché vers la fosse d'où rayonnait une rougeoyante lueur, le prince
Ferdinand suivit avec la plus vive attention toutes les péripéties de
l'opération, et s'émerveilla de sa précision comme de sa beauté.
[Illustration: Le _Lebaudy_, ayant à bord la commission militaire des
essais, évolue au-dessus de Toul, le 24 octobre.]
Nous signalions récemment l'installation du dirigeable _Lebaudy_ à Toul.
On l'y a logé dans un des manèges du 39e d'artillerie, dont on a dû
abattre le mur de fond et surtout creuser profondément le sol, afin de
remédier à l'insuffisance de hauteur.
Le _Lebaudy_ a effectué depuis, tout autour de la place forte de Toul,
et sous le contrôle de l'autorité militaire, des expériences qui ont
admirablement réussi. Mardi dernier, M. Berteaux, ministre de la
Guerre--qui avait déjà été témoin d'une des ascensions du dirigeable--a
tenu à se rendre compte par lui-même des conditions dans lesquelles il
fonctionnait. Et, en compagnie du commandant Gossart, son officier
d'ordonnance, il a pris place dans la nacelle pour effectuer, sous la
direction de M. Juchmès, le pilote habituel du _Lebaudy_, une
reconnaissance circulaire de la place.
[Illustration: Le _Lebaudy_, vu de l'arrière, dans le manège militaire
de Toul, transformé en aérodrome.]
[Illustration: M. Berteaux, ministre de la Guerre, montant à bord du
dirigeable.]