Mon premier devoir, en touchant la terre de France, est de renouveler
l'expression de toute ma gratitude à la main protectrice qui, secondant
les hautes vues du roi pour l'avancement des études historiques, m'a
généreusement fourni les moyens d'accomplir la série des recherches que
la science montrait encore à faire dans l'Égypte entière et sur le sol
de la Nubie. Je me suis efforcé, par mon complet dévouement à
l'importante entreprise que vous m'avez mis à même d'exécuter, de ne
point rester au-dessous d'une si noble tâche et de justifier de mon
mieux les espérances que les savants de l'Europe ont bien voulu attacher
à mon voyage.
L'Égypte a été parcourue pas à pas, et j'ai séjourné partout où le temps
avait laissé subsister quelques restes de la splendeur antique; chaque
monument est devenu l'objet d'une étude spéciale; j'ai fait dessiner
tous les bas-reliefs et copier toutes les inscriptions qui pouvaient
fournir des lumières sur l'état primitif d'une nation dont le vieux nom
se mêle aux plus anciennes traditions écrites.
Les matériaux que j'ai recueillis ont surpassé mon attente. Mes
portefeuilles sont de la plus grande richesse, et je me crois permis de
dire que l'histoire de l'Égypte, celle de son culte et des arts qu'elle
a cultivés ne sera bien connue et justement appréciée qu'après la
publication des dessins qui sont le fruit de mon voyage.
Je me suis fait un devoir de consacrer toutes les économies qu'il m'a
été possible de réaliser à des fouilles exécutées à Memphis, à Thèbes,
etc., pour enrichir le musée Charles X de nouveaux monuments; j'ai été
assez heureux pour réunir une foule d'objets qui compléteront diverses
séries du musée égyptien du Louvre; et j'ai enfin réussi, après bien des
doutes, à faire l'acquisition du plus beau et du plus précieux
_sarcophage_ qui soit encore sorti des catacombes égyptiennes. Aucun
musée de l'Europe ne possède un si bel objet d'art égyptien. J'ai réuni
aussi une collection d'objets choisis d'un très-grand intérêt, parmi
lesquels se trouve une statuette de bronze d'un travail exquis,
entièrement incrustée en or, et représentant une reine égyptienne de la
dynastie des Bubastites. C'est le plus bel objet connu de ce genre.
Je me hâterai, autant que l'obligation de la quarantaine et l'état de ma
santé pourront me le permettre, de me rendre à Paris le plus tôt
possible, afin d'avoir l'honneur de mettre sous vos yeux, Monsieur le
baron, tous les résultats de mon voyage. Je m'estimerais heureux si vous
vouliez bien voir en eux une marque de mon zèle pour le service du roi,
et en même temps une preuve de la vive reconnaissance et du respectueux
dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur le baron,
votre, etc.