Enfin il m'est permis de dire adieu à ma terre sainte, à ce pays de
merveilles historiques; je quitterai l'Égypte comblé des faveurs de ses
anciens et de ses modernes habitants, vers le 2 ou le 3 décembre. Mon
fidèle aide de camp, Salvador Cherubini, ne me quittera pas; MM. Lhôte,
Lehoux et Bertin resteront ici après nous, pour avancer un grand travail
qu'ils ont commencé, _le Panorama du Caire_, pour lequel ils ont fait
sur les lieux toutes les études nécessaires; ils veulent le terminer
ici, et ils ont cent fois raison, car ce sera une magnifique chose. Pour
moi, je pars bien résolu contre les bourrasques et coups de vent qui ne
nous manqueront certainement pas dans ce temps-ci; mais la France est à
ce prix: je l'accepte.
Cette lettre voguera par les soins obligeants d'un fort aimable et
excellent homme, M. Ouder, aide de camp de M. le général Guilleminot,
qui monte le brick _l'Éclipse_, et dont l'arrivée précédera la mienne
d'une dizaine de jours, son brick marchant bien mieux que notre
_Astrolabe_, corvette à l'épreuve de la bombe et des fureurs de l'Océan,
qu'elle a bravées plusieurs fois dans ses voyages autour du monde. Je ne
serai donc à Toulon que du 20 au 25 décembre, et sur pays chrétien que
vers le milieu de janvier, à cause de la quarantaine de trois à quatre
semaines que je ferai à Toulon, si je ne la fais pas à Malte dans
l'intention de gagner quelques jours. Dans tous ces calculs, je crois
fermement que la fin de mon drame sera aussi heureuse que les quatre
premiers actes; l'idée _France_ en constitue l'unité requise par la
vénérable antiquité.... Adieu.