Alexandrie, le 30 septembre 1829.
Depuis dix jours nous sommes à Alexandrie; nous avons reçu de M. Mimaut,
le nouveau consul général de France, l'accueil le plus gracieux, et je
ne saurais assez me louer des soins et des attentions dont il m'honore
depuis que je suis chez lui; j'en suis pénétré de la plus vive
reconnaissance. Ma santé et celle de mes compagnons est des meilleures;
il ne manque à notre bonheur que de voir naître et s'élever de l'horizon
la voile du vaisseau que M. le ministre de la marine a bien voulu
envoyer pour nous ramener en France; mais depuis six semaines la mer est
déserte, pas même un vaisseau marchand! et notre patience s'use par
secondes.
Je n'ai quitté le Caire qu'après avoir fait une longue visite à
Ibrahim-Pacha, qui nous a reçus au mieux. Je l'ai beaucoup entretenu
d'un voyage aux _sources du Nil_, et j'ai affermi en lui l'idée qu'il
avait déjà, d'attacher son nom à cette belle conquête géographique, soit
en favorisant largement les voyageurs qui la tenteraient, soit en
préparant lui-même une petite expédition de voyageurs qu'il ferait
soutenir par quelques hommes d'armes. C'est là une semence jetée en
bonne terre pour l'avenir, et le pacha comprend tout l'intérêt de cette
entreprise et de son succès.
J'ai aussi présenté mes respects au vice-roi Mohammed-Aly, et lui ai dit
toute notre gratitude pour la protection officieuse qu'il nous a
accordée; le vice-roi est toujours bon et aimable pour les Français;
c'est dire qu'il l'a été infiniment pour nous.
Je profite de l'attente à laquelle je suis condamné pour mettre en ordre
mes papiers et dessins. Je dis que c'est immense, et j'espère que vous
en jugerez de même.
Mes jeunes gens passent leurs loisirs forcés à peindre des décorations
pour un théâtre que des amateurs français vont ouvrir incessamment; un
théâtre français à Alexandrie d'Égypte dit bien haut que la civilisation
marche; nous serons donc forcés de nous divertir en attendant
l'embarquement.