Les lettres dont j'offre aujourd'hui une nouvelle édition au public ont
été écrites par mon père, Champollion le jeune, pendant le cours du
voyage qu'il fit en Égypte et en Nubie, dans les années 1828 et 1829.
Elles donnent ses impressions sur le vif, au jour le jour, et c'est
encore, au dire des personnes compétentes, le meilleur et le plus sûr
guide pour bien connaître les monuments et l'ancienne civilisation de la
vallée du Nil. Elles furent successivement adressées à son frère et
insérées en partie dans le _Moniteur universel_, pendant que mon père,
poursuivant sa mission, rassemblait les richesses archéologiques qu'on
admire au musée égyptien du Louvre, dont il fut le fondateur, et
recueillait les documents précieux qu'il n'eut pas le temps de mettre en
lumière, puisque tout jeune encore, en 1832, il fut enlevé à la science
et au glorieux avenir qui lui était réservé.
En 1833, mon oncle, M. Champollion-Figeac, alors conservateur au
département des manuscrits de la Bibliothèque royale, publia, chez
Firmin Didot, une édition de ces lettres dont il possédait les
originaux. C'est cette édition, épuisée depuis longtemps déjà, que je
reproduis dans le présent volume.
Les savants qui ont marché dans la voie de Champollion le jeune m'ont
attesté que, malgré les progrès obtenus depuis trente ans dans la
science qu'il a fondée, ces lettres étaient encore d'une utilité
sérieuse et d'un grand intérêt; c'est cette conviction, unie à un vif
sentiment de respect pour la mémoire de mon père, qui m'a engagée à
faire cette nouvelle édition.