Eusèbe comprenait qu'il ne comprenait pas. Les divagations du
peintre parmi lesquelles se trouvaient de bonnes et belles
vérités, n'étaient pas assez simples pour pénétrer dans son
esprit. Il se trouvait humilié de ne pas saisir le sens de
certaines phrases, de certains mots. Paul Buck, qui avait plutôt
besoin d'un auditoire que d'un adepte, ne se donnait pas la peine
d'expliquer à son provincial ami les singularités qui ornaient
l'exposition de ses théories.
Ce langage inintelligible pour celui qui l'écoutait, peut-être
plus encore peur celui qui le tenait, donnait peu d'attrait aux
heures qu'Eusèbe venait dépenser dans l'atelier de Paul. Le
peintre s'en aperçut et conduisit le provincial dans un estaminet
peuplé d'artistes, de modèles, de femmes et de désœuvrés, pensant
qu'il trouverait à se distraire parmi ses camarades.
Mais là on parlait un langage encore plus incompréhensible pour le
jeune homme que ne l'était celui de Paul. C'étaient--comment dire
cela pour ne pas rester longtemps dans ce mauvais lieu--c'étaient
des dissertations touchant l'esthétique dans les arts, entremêlées
d'argot et de réflexions philosophiques.
Eusèbe accompagna son ami deux ou trois fois. Il aurait
indubitablement fini par entendre la langue hétéroclite des
compagnons de Paul et se serait habitué à fréquenter l'artistique
café, si le hasard ne lui eût trouvé une autre occupation qui le
préserva de cet immense danger. Il quitta Scylla pour tomber dans
Capoue.