On a remarqué déjà que les Japonais voyaient sans déplaisir les
photographes, correspondants de journaux ou représentants d'entreprises
cinématographiques, fixer sur le gélatino-bromure les péripéties de la
campagne actuelle,--au moins en tant qu'elles peuvent servir leur
gloire.
C'est ainsi qu'un cliché, d'ailleurs fort amusant à analyser, nous
montre le général Oku suivant, d'un observatoire, la marche de l'attaque
de Chu-San-Pao. Le général est assis sur une bien banale chaise, très
européenne, en bois courbé, à fond canné. Devant lui, à terre, la carte
du champ de bataille de la région est étendue. Les officiers de
l'état-major sont dispersés derrière de petits remblais, assis sur du
millet, et parmi eux, au premier plan, le prince Nashimoto, cousin de
l'empereur.
[Illustration: Un cinématographe en position sur le passage d'un convoi
de blessés. _Phot. Hare. Copyright by Collier's Weekly_.]
C'est ainsi encore que nous voyons opérer, ci-contre, le cinématographe,
au passage d'un convoi de blessés.
La troisième de ces photographies n'eut pas l'heur de plaire aux
autorités japonaises, à la censure militaire, plus exactement, qui
fonctionne tout aussi ponctuellement qu'en Russie. Elle nous arriva,
complètement recouverte d'un épais papier vert collé sur toute sa
surface. Mais la meilleure colle ne vaut pas, pour masquer les choses
qui ne doivent pas être lues ou vues, le bon «caviar» de la police
russe. Nous pûmes dégager cette image et la retrouver telle que la
voici, montrant un amas de huit cadavres de soldats autour du corps du
lieutenant Chokichi Yoshimi, du 16e d'infanterie.
Mais quelle idée avait traversé la cervelle du fonctionnaire japonais?
Est-il donc si subversif de montrer que les guerriers nippons meurent
aussi, comme les autres?
[Illustration: UN GROUPE DE CADAVRES DU 16e REGIMENT D'INFANTERIE
JAPONAISE APRÈS LA BATAILLE DE TA-CHE-KIAO
_Dans les revues japonaises cette gravure a été, par ordre de la censure
militaire, recouverte d'une épaisse bande de papier soigneusement
collée._]