FIG. 4. — Bords d’un marigot de la zone guinéenne.]

_Mamabougou. — Serké (17 kilomètres)._

_Samedi 6 mai._ — Partis de Sikasso à 4 heures du soir, nous sommes

arrivés à Serké à 8 heures et demie. De Sikasso à Serké, presque tous

les terrains sont en _lougans_ et l’on est en ce moment en train de les

préparer pour la culture du mil. Une partie des ensemencements sont déjà

faits autour de Sikasso. Les premières tornades annoncent aux noirs

l’arrivée de l’époque des semailles. Dans les lougans, les terres sont

déjà profondément ravinées par les pluies. C’est pour cette raison que

l’on fait des buttes sur lesquelles on plante le mil et le coton.

Dans les anciens lougans abandonnés, on observe de grands _Calotropis

procera_ Ait. Ils atteignent la taille de ceux du Sénégal, ayant 2 à 3

mètres de hauteur ; le tronc, gros comme le bras, ligneux à la base, est

protégé par un liège fendillé, épais, de couleur cendrée, recouvrant des

fibres résistantes. A 2 ou 3 kilomètres de Sikasso, on traverse un

marigot rempli d’une Characée, bordé de _Pandanus Heudelotianus_ Balf. ;

ces arbres, quand ils sont âgés, atteignent 5 à 6 mètres de hauteur,

avec 3 ou 4 rameaux terminés par une couronne de feuilles ; le tronc en

est blanchâtre et présente de nombreuses cicatrices annulaires, laissées

par la chute des feuilles ; il offre quelques épines à la base et est

porté souvent par un groupe de racines adventives faisant saillie de 50

centimètres hors du sol ou de l’eau. Je revois cette Monocotylédone

jusqu’à Pénia, puis encore en allant de Pénia à Sindou.

Vers 7 heures, j’arrive au bord d’un marigot très boisé d’où les animaux

aquatiques font entendre un bruit assourdissant. Au-dessus, dans la

feuillée, les cigales modulent leurs notes stridentes. Avant d’entrer au

village de Serké, il faut traverser deux fois un marigot assez large

bordé de grandes tables de grès. De nombreux arbres en fleurs y

répandent un parfum agréable.

En traversant la brousse, je distingue pour la première fois un parfum

analogue à l’encens qui serait produit (d’après les officiers de

Sikasso) par les cendres d’un arbre qui serait le _oro_ (_Terminalia

macroptera_ Guill et Perr.) d’après un boy. M. Laville, commerçant à

Sikasso, a acheté plusieurs kilos d’encens. Il n’a pu en connaître la

provenance. M. Krisberger m’a dit qu’il existait dans le nord de la

boucle de Niger une résine, recueillie par les Touaregs, qui possède

aussi le parfum de l’encens. Cet arbre du Nord est sans aucun doute le

_Commiphora africana_ Endl. qui n’existe pas dans le territoire de la

Volta. C’est le _Bdellium_ d’Afrique.

_Mantira, Diassa, Sfaraiso._

_Dimanche 7 mai._ — Nous partons de Serké à 6 heures. A une distance

d’environ 3 ou 4 kilomètres, on longe un marigot bordé de grands arbres

en fleurs, des _coso_ (_Berlinia_) dans lesquels des bandes de singes

prennent leurs ébats. Enfin, nous traversons un plateau sur lequel les

lianes à caoutchouc sont assez communes.

A 1 kilomètre avant Mantira, il existe au bord de la route un groupe de

quelques arbres dans lequel s’élèvent de hauts _goïn_, au tronc énorme,

formant un buisson qui sert de _bois sacré_ au village. La place est

nettoyée, et quand je passe, on vient d’égorger un poulet, probablement

pour éloigner les maléfices que je pourrais apporter. Le sang et les

plumes blanches sont placés sur un petit monticule au pied des lianes.

Pour arriver à Mantira, il faut traverser un beau marigot bordé de hauts

_banans_ donnant un ombrage épais. Dans tout le village se trouvent de

grands arbres ; les finzans (_Blighia sapida_ Kon.) sont en grande

quantité. Il y a quelques gros baobabs. A côté de leur tronc et les

enveloppant parfois presque entièrement, croissent des _doubalés_ dont

plusieurs atteignent déjà de puissantes dimensions.

Diassa n’est qu’un petit groupe de quelques cases de cultures. Je trouve

à côté un pied de _diagabéré_ (_Colocasia antiquorum_ Schott). Un petit

marigot passe là. Le superbe _Kaempferia æthiopica_ Benth., à grandes

fleurs violettes ou roses, est très commun dans la brousse et couvre

d’un tapis de pourpre les sous-bois à claire-voies.

Nous croisons un troupeau de gazelles qui s’enfuient. Nous rencontrons

aussi des femmes qui reviennent de la brousse avec des charges de fruits

de _Karité_.

_Ouétiéra, Penia._

_Lundi 8 mai._ — Nous partons de Sfaraiso à 6 heures et demie. Le ciel

est couvert ; il tombe quelques gouttes d’eau. A la sortie des lougans,

dans un terrain sablonneux semé seulement de cailloux ferrugineux, il y

a une grande quantité de lianes _goïn_. Des pieds âgés, gros et très

élevés, n’ont pas encore été saignés. Leur densité est aussi grande que

dans les régions les plus favorisées du Sankaran. J’ai revu la grande

Monocotylédone à fleur de lys (_Pancratium_).

La belle Scitaminée aux larges périanthes d’un violet intense

(_Kaempferia æthiopica_) est toujours commune. Depuis Sikasso, toujours

dans les lieux ombragés, d’autres Monocotylédonés en fleurs croissent

également. Le _saba_ manque partout. Le long des marigots, le _cobi_

n’est pas rare. Le _ban_ est répandu autour des villages, il en existe

de très nombreux noyaux. Le _sé_ est très abondant.

Accumulés dans la brousse, souvent les fruits de cet arbre sont en

partie tombés et non recueillis. Les animaux ont mangé fréquemment la

pulpe mince extérieure et les noix tapissent le sol comme des marrons

sortis de leurs capsules.

Une partie des habitants d’Ouétiéra se sont enfuis à l’arrivée du

convoi. Le chef vient pourtant me saluer. La chose la plus intéressante

à noter est l’existence, en dehors de la tata, d’un village de forgerons

très important. Il comprend quatre hauts-fourneaux à la partie

supérieure desquels on accède par un escalier extérieur en terre. Il est

approvisionné de tas de minerai de fer et de tas d’un charbon spécial

servant à réduire le minerai de fer et à rougir le métal pour le

travailler.

Tous les abords du village sont entourés de gros blocs de scories formés

d’une agglomération de déchets et de charbon ; ils sont encore fort

riches en fer.

Le village a la spécialité de fabrication des _dabas_ et de véritables

pelles semblables aux nôtres comme forme. J’assiste au travail de

fabrication de ces pelles et de ces dabas. Dans une case, il existe un

soufflet construit en terre sèche comme les cases, ayant environ 2 m. 50

de long. A sa partie supérieure est ménagée une ouverture circulaire,

formée en partie par une peau d’âne bombée. Un enfant assis sur

l’appareil presse alternativement sur la peau ; l’air s’échappe par une

conduite qui aboutit à un foyer de charbon de bois allumé qu’un autre

enfant active en projetant de temps en temps dessus, de l’eau maintenue

dans une petite flaque en argile, comme font encore nos forgerons de

campagne.

Chaque soufflet est logé dans une case spéciale ; il en existe deux où

l’on travaille constamment. Le morceau de fer à forger étant rouge-

blanc, on le retire avec des pinces en fer et on le porte rapidement sur

une grosse enclume de même métal. Trois ouvriers, placés autour de cette

enclume et tenant en main une grosse masse de fer cubique, frappent

alternativement avec beaucoup d’adresse sur le fer rougi. L’objet est de

nouveau porté au foyer tandis qu’on en apporte un autre du deuxième

foyer. Les fers de l’enclume et des pilons ont pris un aspect brillant

comme nos fers doux d’Europe.

Autour du village, on trouve quelques _finzans_ et surtout de beaux

_toungués_ (_Cordia Myxa_ L.), ayant des proportions d’arbres. De

Ouétiéra à Pénia, le _goïn_ est bien moins commun. A mi-chemin, je

rencontre un petit village de cultures où j’observe des patates

cultivées.

Les cotonniers sont très chétifs et actuellement en fleurs. Les fleurs

épanouies sont jaunes, les fleurs fermées sont rougeâtres. A l’entrée du

village de Pénia, il existe un filon, aligné presque perpendiculairement

au chemin (à 100 mètres du ruisseau) d’une roche éruptive, noirâtre,

ayant l’aspect de diabase[4]. Dans le lougan entourant le village se

trouvent quelques beaux arbres : _finzans_, _baobabs_, _sanans_.

Comme à Ouétiéra, les habitants de Pénia se sauvent à mon arrivée. Le

chef m’apporte de l’eau d’un blanc laiteux, analogue au lait de chaux.

C’est une boisson non fermentée faite avec du petit mil pilé et des

piments. La case de l’un des chefs du village est remplie de gris-gris

étranges. Les murs sont bariolés de figures bizarres, rouges et

blanches : silhouettes de caïmans, d’oiseaux, carrelages à carrés

bicolores, divisés suivant la diagonale. Un certain nombre de figurines

sculptées en bois, représentant des hommes et des femmes, sont groupés

dans cette case et environnés de mets variés qu’on leur apporte chaque

semaine.

_Folo. — Kangala._

_Mardi 9 mai._ — Après avoir traversé, à 3 kilomètres de Pénia, un

marigot au bord duquel croissent des fougères du genre _Aspidium_, on

tombe dans une plaine marécageuse semblable à nos landes des climats

tempérés. On y trouve des _Drosera_, le _Lycopodium cernuum_ et un autre

Lycopode à rhizome tubéreux, quelques Orchidées et quelques

Commélynacées. Au sortir de Pénia, Morifin tue un serpent que j’ai

rapporté dans le formol. Les Bambaras l’appellent _Nalayoulou_ sa

morsure, d’après Morifin, fait du mal, mais n’occasionne pas la mort.

A 6 kilomètres de Pénia, j’observe une liane _goïn_ qui a 1 m. 30 de

circonférence à la base. Là, elle se divise en plusieurs troncs (10

environ), énormes eux-mêmes, décrivant de nombreuses circonvolutions.

Pas plus que les autres lianes communes dans les environs, elle n’a été

saignée.

Après Taranoro, on retrouve la lande à _Drosera_ et à _Lycopodium_.

Nous arrivons à Kangala à 10 heures 1/2. Il y a ici plusieurs soukalas

fort espacés et placés sur des mamelons. On aperçoit des lougans

étendus, couverts de beaux arbres : baobabs, _sanans_, _finzans_,

_doubalés_, _nétés_, _sés_, _toros_. Les habitants du village s’adonnent

à l’agriculture. Tous les captifs sont occupés à préparer les terres.

Des arachides, semées peu de temps avant notre passage, commencent à

fleurir. On prépare les terres actuellement pour le mil. Il y a deux

sortes d’instruments aratoires : la _dababa_ en forme de pelle et la

_dabani_ en forme de pioche (houe à une dent de nos paysans).

Le pays est très pittoresque ; un joli marigot coule auprès du village

au milieu de rochers de grès stratifiés horizontalement, et tombe de

terrasse en terrasse. A 150 mètres avant d’arriver à ce village, on

trouve sur la droite un petit ruisseau qui glisse de cascade en cascade

vers la rivière. L’une de ces chutes a environ 2 m. 50 de haut. L’eau,

dans sa chute, est pulvérisée en fines gouttelettes et forme un

véritable brouillard épais. Le tout est profondément encaissé dans les

rochers au bord desquels se trouvent des buissons de goïns, etc.

Quelques mousses croissent sur les parois. De magnifiques buissons de

_Mussaenda elegans_ Schum. et Thönn. aux éclatantes corolles pourpres,

et un petit jasmin aux fleurs blanches, bordent ce ruisseau.

_Sindou._

_10-12 mai._ — Sindou est situé dans le plus beau site qu’il m’ait été

donné de voir jusqu’à présent au Soudan. Vers l’Est, à 200 mètres du

village, une haute muraille de rochers de 60 à 80 mètres (peut-être 100

mètres) de hauteur, découpée comme une fine dentelle, ferme l’horizon.

Cette muraille, qui est la continuation ininterrompue des rochers de

Sindoucoro, se dresse subitement dans la plaine et n’a pas plus de 50

mètres de largeur. Au delà, c’est la plaine également.

Ces rochers affectent des formes extrêmement pittoresques. Quelques-uns

ressemblent à des clochetons élégants aussi pointus que ceux des

cathédrales. Certaines de ces pointes sont couronnées par un bloc énorme

qui tient en équilibre par le plus grand des hasards. Ces pitons sont

parfois très rapprochés, de sorte que le même bloc est posé en équilibre

sur plusieurs cimes entre lesquelles passent des filets de lumière. On

dirait un dolmen de géants. D’autres cimes sont découpées en nombreuses

arêtes pointues.

La paroi latérale de ces rochers, tantôt à pic, tantôt étagée par

gradins, parfois en surplomb, présente de nombreuses anfractuosités

formant grottes. Elle est noirâtre par suite des thalles de lichens

accumulés à sa surface, corrodée par l’action lente du temps et la

disparition d’un grand nombre d’énormes galets détachés et tombés à la

base. L’âge de ces rochers a été indéterminable pour moi, mais ils sont

certainement bien plus récents que la plupart des grès qu’on rencontre

dans le Soudan et qui sont probablement primaires. L’existence de ces

rochers atteste la puissance de l’érosion. On ne peut, en effet, les

regarder comme produits par une faille, car ils sont parfaitement

horizontaux et il n’y a aucun indice de mouvement de terrain dans les

environs.

Ces grès sont à grain fin ou gros, se désagrégeant facilement, riches en

quartz cristallisé ; ils contiennent de nombreux rognons ovoïdes, de

taille variable. Il y en a de la grosseur d’un œuf de poule et de plus

gros que la tête. Ils sont formés de roches diverses : quartz blanc

laiteux ou légèrement teinté, roches éruptives granitoïdes ou

porphyroïdes indéterminées, blocs d’un grès dur certainement plus

ancien ; parfois les corrosions qui ont raviné la surface de la roche

ont laissé seulement une trace ferrugineuse.

Les sables situés à la base et qui abondent dans tout le vallon de

Sindou, contiennent de petits morceaux de quartz blanc, du mica blanc.

Il n’y a pas trace de paillettes d’or. Quelques trouées dans ces rochers

permettent de passer d’un versant à l’autre. Ce sont d’étroits couloirs

souvent presque infranchissables par suite des soubassements qu’il faut

escalader. Ces couloirs sont entièrement envahis par les _goïn_ qui

croissent jusque dans les fentes des rochers et s’élèvent parfois à une

grande hauteur. Les fruits de cette liane à caoutchouc commencent à

mûrir. Dans ces couloirs, on trouve aussi en grande quantité une belle

Aroïdée aux feuilles découpées. Du côté ensoleillé (côté du village) il

n’y a pour ainsi dire aucune végétation dans les rochers. J’ai récolté

seulement une petite fleur blanche, odorante, de la famille des

_Acanthacées_.

Ces rochers sont peuplés de petits singes gris. Au moment où je veux

photographier le site, de longues files passent devant moi et vont

escalader les cimes les plus infranchissables. Pour arriver au pied de

ces rochers, il faut franchir un petit marigot, le seul qu’il y ait aux

environs. Il est bordé de quelques _elis_. Une jeune bananeraie est

plantée au bord.

En se dirigeant vers les rochers surplombant ce ruisseau, on voit devant

soi quelques blocs de pierre placés debout comme des menhirs, dans une

large trouée d’une centaine de mètres. En s’approchant de plus près, on

constate que ces blocs constituent un énorme monolithe s’élevant à plus

de 30 mètres de hauteur. Une large plate-forme surélevée, d’une dizaine

de mètres au-dessus du sol, est bordée de hauts piliers et couverte d’un

dôme de rochers. Des aiguilles fines de roches surmontent les piliers.

Pour atteindre la plate-forme, il faut gravir des marches naturelles,

entaillées dans le roc. De là, on découvre Sindou, ses beaux arbres, ses

hauts palmiers, les montagnes qui limitent la vue à l’horizon.

Tout près de là, placé en face du monolithe en terrasse, un énorme bloc

pointu, haut d’une vingtaine de mètres, s’élève droit et léger comme le

tronc d’un arbre énorme dont la cime aurait été emportée par les orages,

véritable obélisque naturel et témoin imposant de la puissance de ces

grès horizontaux qui couvrirent toute l’Afrique avant les grandes

érosions, grâce auxquelles se sont constitués plus tard les grès et

poudingues ferrugineux. Le pied de ces rocs est envahi par les _goïn_ et

les _saba_ qui foisonnent tout autour. Un chemin de dioulas franchit cet

admirable paysage.

La plate-forme est fort fréquentée par des visiteurs si l’on en juge par

les innombrables débris de cuisine qui s’y trouvent. Elle sert d’abri

contre les tornades et dans la journée protège du soleil grâce aux

lianes qui l’environnent de toutes parts. Les abords de ces rochers sont

assez nus.

C’est l’interminable lougan qui dans cette région de Sindou s’étend d’un

village à l’autre. On y trouve quelques _ntabas_ en fruits, quelques

Acacias aux rameaux horizontaux, actuellement dénudés, de beaux buissons

de _goïn_ qui s’obstinent à pousser en abondance malgré les mutilations

de toutes sortes qu’ils ont à subir : feux de brousse et surtout de

lougans, déracinage à la _daba_, cueillette des fruits par les

indigènes.

Le village de Sindou est assis au pied des rochers, entre le petit

marigot aux _ntés_ qui coule au pied, et les mamelons montagneux de

l’Ouest. Il est entouré de beaux arbres : baobabs qui commencent à se

couvrir de leurs feuilles d’un vert tendre et laissent pendre leurs

grandes fleurs près de s’épanouir ; _banians_ au tronc gigantesque de 15

à 20 mètres de circonférence, actuellement habités par des tribus

entières d’ibis qui font un bruit infernal. L’ombrage épais de l’un de

ces arbres sert d’abri à ma table de travail assez isolée, à mes

plantes, à tous les hommes, à une partie des habitants de la _soukala_,

aux enfants du village qui jouent là tout près, à un tisserand qui a

pourtant un métier bien encombrant, enfin à tout un troupeau de chèvres.

Les _finzan_ sont communs dans les lougans. Au marché on vend les fruits

privés de la partie non comestible. J’ai vu encore vendre des oignons,

des graines de _nété_, des _tigani_ (_Voandzeia subterranea_ Thou.), des

boules de _nété_, du _carapa_, du _tabac_, des fruits de _sé_, du sel. A

l’intérieur du village, j’observe un seul papayer, assez vigoureux mais

sans fruits, quelques _doubalés_ assez nombreux mais jeunes, un Acacia

actuellement en fleurs (_Acacia arabica_ Willd.). Le village est divisé

en nombreuses soukalas agglomérées, séparées par des murs dans la

construction desquels les canaris vides paraissent jouer un grand rôle.

Il y a, en effet, une quantité prodigieuse de ces vases sur la crête et

dans la maçonnerie des murs de _tata_ et de _soukala_.

Les forgerons habitent une soukala spéciale, située à 200 mètres du

village. Il y a un haut-fourneau, une forge avec soufflet. L’appel de

l’air se fait par le gueulard, muni du soufflet. C’est à 100 mètres de

là, plus près du village, que les femmes des forgerons font sécher les

canaris, les vernissent et y tracent des hachures assez élégantes.

Le travail des lougans bat son plein en ce moment. Tous les matins,

entre 5 et 6 heures, tous les captifs : hommes, femmes, enfants, se

rendent dans les lougans en passant devant ma case, avec des dabas, des

haches, des calebasses, des gourdes d’eau, des tisons allumés, du mil.

On ne revient au village, que le soir, à la tombée de la nuit. Dans la

journée, le chef va faire une tournée dans son lougan pour surveiller le

travail.

Le mil commence à lever çà et là. Il a été semé sur les monticules dont

j’ai parlé ou sur le sommet de véritables sillons à arêtes vives. Il y

en a de 1 à 3 pieds à chaque point ; ils sont espacés de 70 centimètres

environ. Au coin de chaque pièce de terre cultivée, on trouve

généralement un bloc de pierre plate, sur laquelle on a tracé une croix

en noir. C’est certainement un gri-gri pour préserver le champ des

mauvais génies. A l’entrée des villages, on aperçoit de vieux pagnes, de

vieux bonnets, des feuilles sèches, des bouts de cordes, des paquets de

mil, des os d’animaux, des brins d’herbes qui doivent préserver

l’étranger entrant dans le village, des mauvais génies, qui sans cela ne

cesseraient de le tourmenter.

Les petites gazelles abondent dans le pays ; j’en ai vu tous les jours

en venant de Sikasso. Il s’en trouve dans le lougan même de Sindou. Le

_fosso ni kouna_ (_Cleome pentaphylla_ L.) est très visité le soir, par

les abeilles ; il n’y en a pas durant le jour.

Le chef du village est jeune, intelligent et dévoué. C’est un beau type

bambara. Les habitants du village, m’ont paru d’ailleurs bien au-dessus

de la moyenne intellectuelle des bambaras. Ils sont presque tous

musulmans.

_Tourouni — Soukouraba_

_Samedi 13 mai._ — Au départ, on traverse une assez grande étendue de

lougans, plantés de baobabs, banans, etc. Je vois pour la première fois

le baobab à fleurs ouvertes et pendantes. Dans les lougans nouvellement

ensemencés, on laisse les arbustes à soie végétale (_Calotropis_). Je

n’ai pu savoir pourquoi. Les indigènes me disent que cette plante ne

leur sert à rien. La terre cultivée est disposée en sillons écartés de

70 centimètres. Les travailleurs bêchent activement : leur _daba_ est

très incommode mais ils s’en servent avec adresse. Les _dabas_ sont ici

l’objet d’un commerce important. J’ai vu pour la première fois, en

fruits mûrs jaune d’or, le _nougouniéné_ que les indigènes mangent

(_Anona senegalensis_ Pers.).

Pour aller à Tourouni, il faut suivre sur l’autre versant les rochers

que l’on voit en venant de Sindou et franchir un contrefort. De Sindou à

Tourouni, il faut aussi escalader à quatre reprises des rochers très

pittoresques.

A 6 kilomètres de Sindou, nous passons un marigot bordé de hauts

_nétés_. A côté du marigot suivant, j’observe, dans un endroit

marécageux, une grande quantité de petites fleurs émaillant les herbes

basses et leur donnant l’aspect des pays d’Europe au printemps. A mon

arrivée à Tourouni, je vois le village tout bouleversé. C’est le jour du

marché ; il y a autour du banan 300 personnes environ, appartenant à

divers territoires. Ils ont tous un aspect hideux avec leurs barbes

incultes. Plusieurs femmes n’ont pour cacher leur nudité qu’une feuille

de _n’taba_ retenue par un filament de _ban_. Les hommes ont du moins le

pagne rudimentaire, sorte de ceinture étroite nouée autour des reins.

Ces gens presque nus sont les _Touroucas_ ou _Turcas_. Quelques-uns

portent au menton, sur le milieu de la lèvre inférieure, une petite

baguette couleur corail.

A mon arrivée, tous se préparent à fuir. Quelques-uns ont déjà placé

leurs marchandises sur la tête. Plusieurs sont armés de lances. Le chef

du village s’est sauvé en voyant passer le convoi. Je fais appeler un

notable (Karamotro), qui est le frère du chef. Je lui dis aussitôt

d’ordonner aux gens du marché de rester, car je ne viens pas pour leur

faire du mal. Puis, je demande qu’on m’apporte du _dolo_. Le frère du

chef fait venir plutôt en rechignant du _dolo_ et du _bangui_, et,

pendant que mes hommes se reposent et boivent à l’ombre d’un _finzan_,

il nous observe du coin de ses petits yeux sournois. Il a plutôt l’air

d’une brute que d’un homme et il diffère beaucoup du chef de Sindou, au

regard franc et intelligent, bon musulman, ne buvant jamais de dolo et

faisant salam le soir.

Accompagné de Codiou Idilié, mon tirailleur, je me dirige de nouveau

vers le marché pour voir ce qui est en vente. Une nouvelle tentative de

fuite, bientôt calmée, se produit. Je vois sur ce marché : du mil,

diverses galettes de mil, du savon, des boules et des graines de _nété_,

des feuilles et fruits de _n’goyo_, des fruits de _focoro_, beaucoup de

_dabas_, des nattes en _ban_, de petites corbeilles plates et de petits

paniers en feuilles de _Raphia_ assez élégamment tressés, plusieurs

calebasses de beurre de vache et de fruits de _sé_, de nombreux poulets

(quelques-uns très jeunes), renfermés dans de petites cages tressées en

_Raphia_. On vend aussi des _niébés_, des _tigas_, des feuilles de

baobab desséchées pour mettre dans le couscous (_cira-bourou_), des

patates, et enfin une boisson blanc-clair contenue dans un grand

_canaris_ et qu’une _mousso_ débite avec une petite calebasse à poignée.

Cette boisson fermentée est légèrement acidulée ; elle est agréable au

goût. On la prépare avec des fruits de _goïn_ d’où son nom de _poporon

gui_ ou _goïn dolo_. Elle n’est fabriquée que dans cette région du

Soudan.

On prépare encore une boisson fermentée avec les fruits de _tingué_

qu’on trouve autour du village : c’est le _tingué-dolo_. Enfin Morifin

m’apprend que dans son pays Bissanougou, on boit encore un autre dolo

analogue au _tingué_, mais préparé avec le _nté_. C’est le _gui dolo_ ou

_ntégui_.

Au sortir du village, il faut traverser un joli marigot étendu, qui

coule sur les rochers avec de nombreux rapides. Il est assez large, et

son passage la nuit serait dangereux. L’eau, en effet, en tombant de

bloc en bloc, a creusé des entonnoirs, dont on n’aperçoit pas le fond ;

elle vient s’y engloutir en bouillonnant. On longe pendant quelque temps

ces rochers et ce marigot ; la végétation au bord est chétive, mais la

fougère aquatique de _Fincolo_ est commune entre les fentes des pierres

submergées ou émergeant de l’eau. On franchit ensuite un plateau

ferrugineux, puis deux marigots avant d’arriver au village de

Soukouraba.

Tous les hommes de Soukouraba se sont enfuis en apprenant mon arrivée.

Il reste seulement 4 ou 5 mâles sur 600 à 800 habitants. Je fais dire au

chef du village que s’il n’est pas rentré dans une heure avec les

principaux notables, je préviendrai le grand chef des blancs de Sikasso

qui lui infligera une forte amende. En peu de temps tout le monde

revient dans les soukalas, comme par enchantement, et l’on m’apporte des

poulets, des œufs et du dolo.

_Samorokiri. — Guiri_

_Dimanche 14 mai._ — Nous partons de Soukouraba à 6 heures du matin, et

nous traversons le lougan actuellement en pleine culture. J’aperçois

l’Orchidée commune, à fleurs violettes. Le _goïn_ est encore assez

commun dans la brousse ; quelques pieds en ont été détruits dans les

lougans. A 2 ou 3 kilomètres, on voit encore des rochers élevés sur la

gauche, mais durant toute l’étape, nous n’en aurons pas à franchir.

A l’entrée du village de Samorokiri, je puis signaler des _banans_, des

_finzans_ et des _coros_. Le coton cultivé est assez beau. J’observe

pour la première fois un bel arbre à tronc cylindrique, élevé, creux à

la base, à écorce cendrée, à feuilles ovales pointues : c’est le _caba

iri_ à port de hêtre.

Au sortir du village, à environ 3 kilomètres, il faut passer un marigot

assez difficile, dont le lit est encombré de branchages et creusé de

fosses profondes. Dans les endroits les moins profonds, l’eau vient

jusqu’au poitrail des chevaux. J’ai trouvé au bord du sentier, dans les

lougans, une Papillionacée à fleur violette, et, au bord du sentier de

la brousse, un _Cyperus_ à inflorescences blanches. J’ai remarqué aussi

dans les endroits un peu ombragés, une Labiée subligneuse haute de 50

centimètres à 1 mètre, à fleurs d’un blanc-verdâtre avec deux étamines

fertiles, en épis terminaux, et à feuilles verticillées par trois.

Je rencontre plusieurs femmes revenant avec des paniers pleins de _sé_.

J’en vois quelques-unes, perchées sur des sés élevés en train de faire

tomber les fruits avec une gaule, pendant que d’autres les cueillent

sous les arbres.

Nous traversons successivement, à 3 kilomètres de distance, deux

marigots fort boisés, bordés de _bili_ en fruits, de _cobi_, de

_codoudou_. Le premier marigot possède une jolie chute d’eau ; j’y

remarque une Muscinée. Au deuxième, je récolte deux plantes

intéressantes. Le village est à 500 mètres de ce marigot. Nous

traversons le lougan où j’observe quelques touffes de _goïn_ qui

semblent avoir été ménagées. Quelques-unes, très belles, grimpent dans

les _nétés_.

Le village de Guiri est entouré d’une quantité considérable de rôniers

(_Borassus flabelliformis_ Murr.) ; ils sont très serrés, comme s’ils

avaient été plantés, et viennent jusque dans les rues du village. La

couronne de feuilles de ces arbres est fort endommagée par suite des

feuilles coupées pour retirer le _gouégui_. On m’apporte de ce vin de

palme qui n’est pas désagréable.

Tous les habitants de Guiri se sont enfuis, ayant appris la nouvelle de

mon passage. Il reste seulement trois hommes. Je suis obligé de palabrer

longtemps pour qu’on m’apporte un poulet, du couscous et surtout pour

qu’on aille chercher dans le lougan, le chef du village et le chef des

cases. Les tisserands eux-mêmes ont quitté leurs métiers.

Dans le village il y a quelques beaux arbres à vers à soie (_Zizyphus

orthacantha_), de grands banans, des finzans, dont on récolte les

fruits. Un marigot desséché se trouve au bord même du village. Je

remarque sur les bords le _bili_ et le _cobi_. On cultive aussi le

_diéfa_ et le _diaba_. Je trouve, enfin, en train de sécher devant la

case du chef, des fruits d’une cosse, noirs, luisants, un peu tortueux,

longs de 15 à 20 centimètres. Ce sont des fruits de _saman cara_

(bambara) ou _rou cogo_ (sénoufo). Les graines épluchées et pilées

servent à tuer les poissons dans les marigots, comme le _diéfa diaba_.

_Dousogo. — Nialé. — Sérékéné_

_Lundi 15 mai._ — Entre Guiri et Sérékéné, les _goïn_ sont encore assez

communs. J’ai vu aussi quelques _sabas_, _coundani_, _codoudou_, _bili_.

Le _cobi_ est très commun au bord des marigots ; ses fruits sont mûrs et

souvent sur l’arbre. Les fruits de _bembé_ sont mûrs également. Ils sont

formés d’une petite baie gluante avec un gros noyau à l’intérieur, à

peau verdâtre d’un côté et rouge noirâtre de l’autre, avant la maturité

du fruit. Mes porteurs en cueillent des bouquets le long de la route et

en mangent les fruits.

Le village de Dousogo est à 6 kilomètres de Guiri. J’y remarque un pied

de manioc, quelques beaux bananiers et des patates. Chaque Soukala est

entourée de bosquets de _rôniers_ exploités pour le vin de palme. Les

_ntés_ sont communs au bord du marigot ; ils ne paraissent pas avoir été

soignés. La plupart des rôniers souffrent de l’exploitation.

De Dousogo à Sérékéné, il faut franchir plusieurs montées assez raides.

Les plateaux ferrugineux réapparaissent et occupent de grandes étendues.

L’horizon est toujours bordé de tous côtés par des croupes élevées. Près

de la dernière soukala de Dousogo, je remarque une touffe de l’Euphorbe

cactiforme, des environs de Kankan. Après avoir dépassé Dousogo de 1

kilomètre environ, je trouve un grand plateau sablonneux, cultivé en

partie en lougan, tout émaillé de la Muscinée décrite plus loin, et qui

est en fleurs. Le sable est jonché de _Méloé_.

A Nialé, je suis bien accueilli. Les notables du village viennent me

saluer. Ils appartiennent à un fort beau type et sont bien taillés. Ils

ont, de plus, l’air fort intelligent à l’encontre des habitants de Guéri

et de Sérékéné. D’ailleurs ils ne semblent pas appartenir à la même

tribu. Les cases bambaras dominent. Pendant le palabre, j’observe un

_bilacao_ qui a pris un _margouillet_ et lui lie les pattes pour le

faire griller et le manger. Dans presque tout le Soudan, ces lézards

sont ainsi mangés par les enfants. Le fils du griot vient nous

accompagner jusqu’à Sérékéné.

Il faut encore franchir plusieurs montées avant d’arriver. Nous

traversons notamment un plateau étendu, formé par une argile jaune dure.

Ce n’est que sur un massif qui la dépasse un peu, que je retrouve les

roches ferrugineuses (exploitées à Nialé pour l’usage des forgerons).

A 1 kilomètre de Sérékéné, je passe un petit marigot à chutes d’eau. Le

village de Sérékéné est assez grand et les soukalasy sont agglomérées.

Il est noyé dans une véritable forêt de _sibis_. Ces arbres très beaux

et rapprochés les uns des autres donnent au village un aspect

pittoresque. Le _gouégui_ est activement exploité. On retire le vin des

feuilles non encore épanouies. Pour atteindre à la cime de l’arbre, on

se sert d’échelles formées de deux longs rachis de _ban_ écartés de 15 à

20 centimètres et liés de 30 en 30 centimètres avec des lanières de

_Raphia_ en guise d’échelons ; ces échelles sont appliquées contre les

palmiers à saigner. D’autres, présentent de distance en distance des

billettes enfoncées dans le tronc normalement à son axe et permettant

d’y grimper jusqu’au haut.

Pour retirer la sève, on pratique, au milieu du rachis d’une vieille

feuille, une incision profonde, de manière à atteindre le cœur de

l’arbre. Le liquide s’écoule par un tube de bambou qui vient faire

saillie au dehors. Une courte calebasse est liée autour de l’arbre pour

recueillir le liquide. On la recouvre souvent, en partie, pour empêcher

l’évaporation.

Le village est entouré de beaux _banans_, de baobabs et de _finzans_. On

trouve aussi, cultivés autour du village, de beaux _Strophantus_ jaunes

(_koumarou_). Quelques-uns ont le tronc cendré ; il atteint la grosseur

de la cuisse. Ces arbres sont encore en fleurs. J’aperçois dans le

village quelques beaux bananiers sans régimes et des citronniers portant

des fruits assez gros, exquis. Les forgerons possèdent des hauts-

fourneaux et des forges importants. Toutes les cases du village sont

carrées, couvertes de _seco_ (terre) et un peu au-dessous du niveau du

sol. Pour y pénétrer, il faut passer par un trou un peu surélevé au-

dessus du sol et tout juste suffisant pour qu’une personne puisse

entrer. Les habitants sont indolents (quoique leurs lougans soient

importants) et presque tous abrutis. Ils parlent une langue qui n’est ni

le bambara ni le senoufo et mes hommes les comprennent difficilement. Le

chef du village et son fils, sans autres vêtements qu’une étroite

ceinture, sont tellement abrutis qu’une de leurs moussos est obligée de

venir leur expliquer ce que je veux. Ces populations appartiennent à la

famille des Tousans (différente des Tourcas ou Touroucas).

Il existe là un usage dont je n’ai encore trouvé trace nulle part.

Lorsqu’une femme est restée un an mariée sans concevoir, elle va dans la

brousse chercher des bambous. Si elle enfante dans l’année qui suit (ce

qui arrive presque toujours) elle installe auprès de sa case un petit

autel formé par quatre piquets fourchus, hauts de 1 mètre environ,

fichés en terre, en carré de 70 centimètres de côté environ. Sur ces

piquets, elle dispose des branchages et notamment des rameaux feuilles

de _bouré_. Tout cela est pour remercier Dieu d’avoir exaucé son vœu.

Ces autels encombrent les alentours de toutes les cases. Je suis obligé

d’en démolir plusieurs pour installer mon lit, au grand scandale de tout

le monde et spécialement de mon tirailleur, persuadé qu’il arrive

malheur « quand on dérange grigri appartenant à d’autres. » Sous ces

autels, il existe ordinairement un petit monticule sur lequel sont

fichées des plumes. On a sacrifié un coq blanc.

Il a fait très chaud toute la journée ; aussi, suis-je obligé de coucher

dehors. Le soir, il fait beaucoup de vent, ce qui produit, par le

frôlement des feuilles des rôniers entre elles, un bruit remarquable de

ferrailles.

_Kouni, Guigonéla, Kassa, Soubaramidouzou._

_Mardi 16._ — Nous partons de Sérékéné à 6 heures du matin et nous

traversons successivement les villages de Kouni, Guigonéla et Kassa. Ces

villages sont formés de soukalas isolées et fort espacées, séparées par

de véritables forêts de _sébis_. Ces sébis sont parfois rapprochés de

moins d’un mètre et dans le sous-bois qu’ils forment, croissent de

nombreux jeunes pieds prêts à se développer. Ils s’étendent au loin dans

la brousse et dans presque tous les lougans, ce qui donne un aspect très

spécial aux villages. On rencontre, en outre, aux environs, de beaux

_banans_, des _finzans_ (dont une grande partie des fruits tombent ou

sont sur le point de tomber), des baobabs.

A Guigonéla, une partie des cases sont détruites. Ce sont les sofas de

Bademba qui sont venus faire des incursions dans le pays et enlever les

captifs. Les notables du village viennent me saluer en apportant deux

grandes calebasses de gouégui. Chacun d’eux porte, en outre, sa petite

gourde du capiteux liquide et pendant que mes hommes se reposent en

buvant le gouégui, les gens du village, accroupis autour de nous, vident

à longs traits leurs gourdes. Je crois que si ces gens sont si abrutis,

en général, cela tient en grande partie à la consommation importante

qu’ils font de vin de palme. Tout leur travail se réduit à deux choses :

1o culture des lougans ; 2o entretien des _sébis_ et récolte du vin.

Dans ces villages, les autels remarqués la veille sont de plus en plus

nombreux, plus élevés et plus solidement construits.

A Kassa, les habitants s’enfuient à mon arrivée. Il reste seulement

quatre ou cinq individus, nus, couchés sur des feuilles fraîches de

rôniers. Ils ressemblent plutôt à des brutes qu’à des hommes. Je ne puis

arriver à leur arracher une parole. Ils nous considèrent avec des yeux

hagards. C’est une femme (comme à Sérékéné) qui nous remarque sur le

chemin. Les femmes, en général, sont dans ce pays plus intelligentes que

les hommes. Cela tient à ce que beaucoup sont étrangères, étant donné

qu’elles comprennent et parfois parlent bambara, à l’encontre des

hommes. Enfin, elles ne boivent pas de gouégui comme eux.

A Guigonéla, je remarque de beaux _Strophantus_ autour du village.

Soubaramidouzou est un village entièrement _tousan_ : il est environné

de très nombreux _rôniers_. Toutes les cases sont couvertes en

_argamasses_. On m’apporte du _m’boin_ et des œufs. Le chef vient même

me saluer et me promet du couscous pour les hommes. Ne trouvant pas de

case habitable, je me suis installé sous un énorme _banan_. L’arrivée

d’un agent politique qui vient prélever l’impôt et demander des _cories_

met tout le village en fuite. Nous attendons toujours le couscous. Je

suis obligé d’aller menacer les moussos du chef, seules restées ; enfin,

vers trois heures, le couscous est préparé. Les tirailleurs et les

porteurs le trouvent mauvais, n’étant pas préparé avec leur _tô_

traditionnel. Une tornade survient à ce moment et nous force à nous

réfugier dans le village ; je trouve une case qui est juste assez grande

pour contenir mon lit. Je m’y installe avec mes collections pour ne pas

etre trempé. Après la pluie, je puis faire une petite promenade dans le

village.

Il existe plusieurs soukalas assez éloignées, toutes séparées par des

bois de _titis_. Les _finzans_ sont nombreux. On me montre aussi deux

beaux citronniers dont les fruits sont récoltés. Il n’y a pas de

jardins, me dit-on, dans le village. L’entretien des _rôniers_ et la

récolte du vin paraissent constituer presque toute l’occupation des

indigènes.

Une grande partie des arbres sont munis d’une petite calebasse allongée.

On saigne les palmiers dès qu’ils ont une taille de 2 mètres. Les plus

hauts, atteignant jusqu’à 20 mètres, sont également saignés. La récolte

se fait indifféremment sur les pieds mâles ou femelles. Pour faire cette

récolte, on incise en son milieu la gaine d’une feuille déjà avancée,

qui entoure le bourgeon végétatif terminal de manière à pouvoir arriver

à ce bourgeon en sectionnant les feuilles jeunes, non développées, qui

constituent le bourgeon, sans atteindre le point végétatif, de façon que

le palmier continue à se développer. La blessure ainsi pratiquée est

assez large. Cette rigole vient déboucher dans la petite calebasse liée

par des cordes autour du palmier. On laisse la calebasse plusieurs jours

dans cette position et on remplit la profondeur de la blessure de

feuilles de finzan pour que l’évaporation ne soit pas trop rapide. Une

partie des rôniers sont actuellement en fruits, d’autres commencent à

fleurir.

Il a fallu les menaces (et peut-être aussi des coups de corde) de

l’agent politique pour que le _douzoutique_ m’apporte un poulet. Je veux

lui donner des kolas en échange, mais il ne les connaît pas. Un morceau

de sel paraît lui faire plaisir. Ce chef est aveugle et âgé. Au lieu de

s’enfuir, comme les autres, il s’était caché. L’agent l’a découvert. Le

chef et le village sont misérables. J’ai fait installer mon lit dehors

sous un _finzan_, mais au milieu de la nuit une tornade s’abat sur le

village en moins de trois minutes. On entend des roulements lointains

ininterrompus ressemblant à des salves d’artillerie. L’eau tombe à

grosses gouttes. Le tonnerre s’approche et j’ai à peine le temps de me

réfugier dans l’horrible antre étroit, long de 2 mètres environ, où je

passe un reste de nuit horrible, dévoré par les moustiques, visité par

de grandes chauves-souris qui, dès que la pluie a cessé, viennent se

réfugier dans la case pourtant barricadée, plutôt mal que bien, avec des

nattes.

_Kountseni._

_Mercredi 17._ — Nous sommes partis assez tard de Soubaramidouzou, le

chef du village ayant fait attendre le guide promis. Vers six heures et

demie, le départ a eu lieu. La route est monotone. Çà et là, je remarque

l’Orchidée et la Liliacée à grande fleur en lis, puis l’autre jolie

Liliacée décrite plus loin.

A 4 kilomètres environ de Soubaram, le tirailleur tue une gazelle de

belle taille que nous sommes forcés de laisser dans la brousse, personne

ne pouvant la transporter. Il a fallu envoyer six porteurs de Kountseni

pour la faire dépecer sur place et la rapporter.

_Petites mares des plateaux ferrugineux._

Les plateaux ferrugineux constituent le station la plus aride et la plus

sèche du Soudan, quoique les plantes grasses ou Crassulacées y soient

rares ou nulles. Dans les endroits les plus arides, la roche demeure

constamment nue. La végétation est réduite à quelques plantes basses

subligneuses qui croissent entre les fentes de la roche. Dans les

endroits couverts d’une mince couche de sables ferrugineux et de petits

galets, la terre se revêt à l’hivernage de petites Graminées et de

Monocotylédones bulbeuses : oignons de panthère, petite Liliacée.

Dans les dépressions de ces plateaux rocheux, l’eau s’accumule à la

suite des tornades et forme de petites mares temporaires bientôt

desséchées après les premières pluies ; elles sont espacées les unes des

autres, mais persistantes en plein hivernage. Dès les premières

tornades, le sol, au bord de ces mares, se couvre d’une végétation

grêle, verdoyante, qui se dessèche et meurt dès l’assèchement des mares.

Ce phénomène se renouvelle plusieurs fois jusqu’à ce que les pluies

deviennent persistantes. Il se perd ainsi une quantité considérable de

graines qui germent, mais n’arrivent pas à leur complet développement.

C’est seulement à l’époque où les pluies deviennent fréquentes que cette

végétation peut fleurir ou fructifier.

Parmi les plantes qui croissent dans cette région, je remarque un jeune

_Marsilea_ polymorphe. Cette plante est très abondante sur la vase

noire au bord de ces mares. Souvent les embryons forment de véritables

lignes de verdure là où les vagues ont accumulé des brindilles sèches et

autres détritus légers de toutes sortes. La plantule présente à sa base

un petit tubercule cendré brillant. Outre ce _Marsilea_, j’ai remarqué

encore au bord de ces mares une petite plante (Cypéracée) à feuilles

filiformes et souche un peu tuberculeuse. Je trouve encore deux autres

plantes aquatiques à feuilles vertes, minces, flottantes ou exondées,

graminiformes.

La faune paraît assez variée. Après chaque pluie, dès que la mare est

constituée, elle se remplit immédiatement (la tornade étant à peine

finie) de crapauds de toutes grosseurs faisant un bruit infernal. J’ai

remarqué encore un petit vist rougeâtre très agile, une petite sougous,

un petit crustacé renfermé dans une coquille bivalve mince entr’ouverte,

de petits coléoptères noirs à reflets métalliques. Ces mares sont

visitées par des oiseaux de rivage.

_Kouni-Bobo._

_19 mai._ — Le départ de Toukoro a lieu à 4 heures du matin. Nous

arrivons à Kouni vers 7 heures 1/2. Le village est entouré à une grande

distance de _sibis_ espacés. Je remarque aussi dans la brousse beaucoup

de _kobis_ qui croissent dans les lougans et paraissent y avoir été

plantés. On voit toujours quelques _ntés_ dans les dépressions et

surtout au bord des marigots. Le village de Kouni est assez important.

Il n’y a pas de _soukalas_ isolées, mais toutes sont agglomérées. Les

habitants sont complètement nus. Ils n’ont que quelques ficelles passées

entre les jambes et qui servent à attacher les feuilles tenant lieu de

vêtement. Les cases sont carrées, couvertes en _argamasses_ et

surmontées d’un petit donjon.

Des pieux sont plantés en terre auprès de chaque case et soutiennent des

gradins grossiers permettant d’arriver jusqu’au haut.

Les femmes sont, en ce moment, occupées à la préparation du beurre de

karité. Il y a autour de chaque case des monceaux de fruits de _sé_ en

train de sécher.

Au delà du village coule un beau marigot, large, que l’on franchit sur

un pont solide construit par le cercle. A proximité, se trouvent les

cases des passagers, bâties dans un joli site, à l’ombre de grands

arbres couverts presque tous de lianes _goïn_ d’une belle ampleur. Une

montée ferrugineuse qui part du marigot en s’élevant vers Bobo, contient

une assez grande quantité de ces lianes. Au bord du marigot je remarque

encore des bambous. A partir de là, jusqu’à Bobo, le chemin est fort

monotone. Les arbres qui dominent sont : le _sé_, le _néré_, le _cobi_

(dans le lougan), le _sounsoun_, parfois le _tingué_. Les _sébis_ sont

assez abondants, mais deviennent de moins en moins communs quand on

approche de Bobo.

En somme, tous les terrains compris entre Kouni et Bobo sont des lougans

qui, çà et là, retournent à l’état de brousse, en attendant que les

indigènes y mettent encore une fois le feu, la jachère finie, pour

cultiver de nouveau. J’ai vu à Kouni un cotonnier élevé, _diefa diaba_.

Le pourpier est assez commun dans les rues du village. La roche

constituant le sol de Bobo à Kouni est un grès tendre. Le sol présente

de nombreux petits morceaux de quartz blanc, non roulé, ainsi que des

paillettes de mica. J’ai remarqué çà et là des blocs de roche noire

éruptive.

A Bobo, il existe, à 700 mètres du poste, sur la rive droite d’un petit

marigot, plusieurs points où les lianes _goïn_ abondent (700 environ par

hectare). Elles fournissent des pousses hautes de 3 à 4 mètres, à

rameaux groupés de façon à former des buissons en boules. Comme à

Sindou, et plus encore, les goïn constituent là le fond de la

végétation. La maturité des fruits est bien moins avancée que dans les

terrains parcourus aux environs de Sindou. Il existe quelques _sabas_,

mais ils sont rares et clairsemés. Le terrain sur lequel se trouvent ces

lianes est un plateau ferrugineux très dénudé. A part les lianes, on ne

trouve guère dans cette région que le _n’goulé_. Ces terrains

ferrugineux recouvrent immédiatement les grès à grain fin (parfois

colorés par l’oxyde de fer). On voit bien cette superposition sur les

bords du marigot, au-dessous du marché. Le petit ruisseau qui côtoie les

bords du poste coule presque toujours sur ces grès ; il présente çà et

là de petites chutes ainsi que des cuvettes profondes creusées dans la

roche. J’ai remarqué quelques algues, dont une blanche allongée au fil

de l’eau, des vertes, et une bleue ; des mousses, quelques _ntés_, des

_cosos_.

_Visite des jardins du poste, le 20 mai._ — Les _Cearas_ sont très

beaux. Je remarque des plants d’indigotier, des cotonniers de Virginie

et des ricins. Les concombres et melons réussissent bien dans le jardin.

Les haricots et les pois viennent mal ; les salades et choux,

médiocrement. Les citronniers réussissent mais on n’a pu faire prospérer

les semis de kolatiers. Une bananeraie de belle venue est plantée sur

les bords du marigot ; il n’y avait rien, il y a deux ans, maintenant

elle rapporte ; on l’a étendue beaucoup ces temps derniers en plantant

des _drageons_ tout le long du marigot, à côté duquel est installée une

cressonnière. On a creusé une large fosse où l’on a amené l’eau du

ruisseau qui coule constamment en formant seulement une mince couche. La

cressonnière est recouverte en dessus par une paillotte portée sur des

piquets, qui la mettent à l’abri des rayons solaires. Sa réussite est

assurée.

_De Bobo-Dioulasso à San par le Minianka._

_Mardi 6 juin 1899._ — SAKAMI. — BANANKALIDORO. — Nous partons de Bobo à

6 heures du matin. Le sous-lieutenant m’accompagne jusqu’à Sakami.

Sur toute la longueur de la route, le pays est assez monotone, occupé

presque partout par des lougans ou par des emplacements de lougans où

croît une maigre végétation. Quelques karités ont encore des fruits.

Tous les nétés, sans exception, sont dépouillés de leurs gousses. Le

_oro_ et le _saba_ constituent parfois le fond de la végétation. Je

remarque l’Orchidée à fleurs violettes qui est très commune ; quelques

touffes croissent dans l’humus, remplissant les anfractuosités (exposées

à la lumière) des vieux arbres. Ses feuilles commencent à se développer.

La Monocotylédone à fleurs liliiformes croît çà et là ; quelques

individus ont leurs fruits (non mûrs).

A Bobo, Sakami et Banankalidoro, les indigènes travaillent activement à

leurs lougans ; presque partout l’ensemencement est terminé depuis une

huitaine de jours. Dans tous ces lougans, j’ai vu planter le mil en

place. La terre bien débarrassée des herbes n’est ni labourée, ni

bêchée. Le planteur de mil porte à la main une petite corbeille

contenant des graines et de l’autre une daba à manche court, à lame

étroite. Il donne à sa droite et à sa gauche un coup de houe, pour

enlever une motte de terre, laisse tomber de deux à six graines (souvent

trois) et rabat rapidement la terre. L’opération étant faite à droite et

à gauche, le noir avance d’un pas et continue ainsi, restant toujours

courbé vers le sol. Malgré cette position fatigante, qu’il garde

constamment, l’indigène effectue son travail rapidement. Les trous sont

espacés de 70 à 80 centimètres aussi bien dans un sens que dans l’autre

et disposés en lignes assez régulières.

Ce serait une erreur de croire que les indigènes ne fument pas leurs

lougans. Ils transportent dans leurs champs les ordures de l’intérieur

des villages : débris de cuisine, nettoyage des cases, fientes de

moutons, de chèvres, crottin de cheval et même excréments humains. Ces

engrais sont disposés dans les champs, quelque temps avant

l’ensemencement, en petits tas de 20 centimètres de diamètre aux points

où on déposera des graines. J’ai vu fumer ainsi le mil à Bobo, à

Banankalidoro. Le mil lève en quatre jours par un temps humide, mais il

est bien plus long à germer par un temps sec. La semence peut même être

perdue si la chaleur persiste. Les jeunes pieds (et les graines) sont

enfoncés dans le sol de 3 centimètres environ. J’ai vu de jeunes

plantules, germées depuis quelques jours seulement et possédant quatre

feuilles, avoir les deux inférieures déjà couvertes de la rouille du

mil. Pour l’ensemencement des lougans, les moindres places sont

utilisées : l’emplacement des cases démolies, les places mêmes, les

abords des cases. Ces terrains, beaucoup plus riches en humus que les

autres, produisent le mil en plus grande abondance.

A Bobo, pendant mon séjour, on ensemençait autour du marché, à

l’intérieur même de la ville. A Sikasso, on utilisait la partie détruite

de la ville. Les femmes ensemencent aussi, mais leur travail avance

moins et elles ne font souvent qu’une rangée de trous à la fois.

Lorsque, par suite des pluies, il s’est développé trop d’herbes dans la

terre avant l’ensemencement, on les arrache toutes. Dans tous les champs

de Banankalidoro, les habitants sont en ce moment occupés à arracher un

_Cyperus_ en fleurs qui pousse en telle quantité dans le lougan, qu’il

en constitue à lui seul la végétation. C’est après sa destruction

seulement qu’on fera l’ensemencement.

Dès que les jeunes mils sont sortis de terre, on commence le sarclage en

arrachant encore toutes les mauvaises herbes qui lèvent. Plus tard,

l’opération du binage sera pratiquée. Il n’y a, je crois, que

l’ensemencement du mil qui tire les indigènes de leur torpeur et de leur

apathie. Ils le soignent certainement avec plus de sollicitude que notre

paysan soigne son blé. Chaque fois que Guimbi, la sœur du roi de Hong,

venait nous voir, elle parlait de son mil, et se lamentait quand l’eau

était plusieurs jours sans tomber.

Le palmier rônier _sibi_ est commun autour des villages de Sakobi et

Banankalidoro. Son tronc ici n’est généralement pas moniliforme. Cela

tient, je crois, à ce que l’on en saigne les arbres bien plus rarement.

La plupart, en effet, offrent une belle couronne de feuilles (une

trentaine par arbre). Ces palmiers existent aussi çà et là dans les

vieux lougans. Leur tronc est souvent très étroit dans la moitié

inférieure et devient brusquement plus gros dans la moitié supérieure.

Le tronc est fréquemment couvert de plaques de lichens (non fructifiés).

Quand la base du pied est un peu déterrée, on aperçoit un court cône de

racines adventives, noires, rayonnant à la base.

A Banankal, il y a d’assez nombreux finzans encore chargés de fruits,

quelques fromagers ; quelques Acacias à cime aplatie en ombelle large, à

écorce blanche ; quelques baobabs, un exemplaire de l’arbuste à fleurs

blanches, bicomposées, planté à Kayes et Saint-Louis. Les habitants du

village ont chacun un coin de terre (jardin) entouré d’un enclos de

tiges entières de mil tressées. Dans l’un des enclos, j’observe des

maniocs cultivés et des jeunes pieds de mil. Dans un coin de lougan, je

remarque aussi de jeunes plants de maïs. Les trous de mil et de maïs

alternent. Il y a de trois à cinq plantules par trou. Le maïs commençant

à lever est facile à distinguer du mil ; ses jeunes feuilles sont bien

plus larges.

Au milieu des lougans, on observe des pieds de :

_Tingué_ (presque tous les fruits sont tombés) ;

_Strophantus_ : l’espèce à longs fruits très velus. Les feuilles sont

souvent rongées, érodées par les insectes.

_Fafetone_ appelé _baga_ (dioulas). Son latex associé au Strophantus

sert à empoisonner les flèches ;

_Indigué bagani_ : les fruits servent aussi à empoisonner les flèches.

Le pourpier est assez commun dans le village. On emploie, pour faire la

sauce de couscous, le _quiquiri_, le _tombi_, les jeunes pousses de

l’Amaranthe sauvage.

_Bama._

_7 juin 1899._ — Les terrains dénudés (plateaux ferrugineux et autres)

se couvrent en ce moment d’une végétation abondante (Graminées et

Cypéracées) mais courte et tenue. J’observe pour la première fois une

petite Cypéracée à inflorescences blanches, haute de quelques

millimètres.

Nous passons la Baoulé, une des branches de la Volta. Au bord il existe

de très beaux arbres. Les bambous commencent à se couvrir de feuilles,

qui sont en ce moment d’un beau vert. J’aperçois encore, fleuri, le

Strophantus à fleurs pourpres. Le _saba_ en fleurs (var. glabre) est

commun. On trouve aussi maintenant, tout le long du chemin, de

nombreuses enveloppes de fruits qui ont été mangés par les dioulas ; la

route est en effet très fréquentée. J’ai rencontré une dizaine de

petites caravanes d’ânes, de bœufs et d’esclaves, transportant des

barres de sel vers Bobo.

Il existe dans les lougans quelques beaux rejets de coton. Ce sont

d’anciennes touffes sur lesquelles il se développe en ce moment des

repousses non encore en fleurs. Dans le village de Bama, j’ai vu de

beaux plants de mil et de maïs déjà avancés, et un pied de ricin. Les

_sibis_ deviennent bien plus rares ; il n’y en a ici que quelques petits

groupes. On ne trouve pas de baobabs dans le village mais de beaux

_doubalés_ et _banans_ presque tous arbres fétiches, entourés de

tessons, canaris et calebasses. A l’une des entrées du village, au bout

de deux bâtons, une coquille est suspendue comme fétiche.

Les tirailleurs se plaignent de la mauvaise qualité du couscous, dont la

sauce au lieu d’être faite avec du _gon_, est préparée avec du _nanogo_.

_Samandini. — Campement sur les bords de la Volta._

Au départ de Bama, on traverse des lougans de grande étendue. Tous les

jeunes pieds de mil, sans exception, sont couverts sur leurs cotylédons

et leurs feuilles, de la _rouille des Graminées_. Cette maladie se

retrouve aussi fréquente à Dandéla et à Samandini. Elle se développe dès

que la petite feuille cotylédonaire est étalée. Sur les pieds déjà âgés,

les feuilles les plus récentes portent le champignon à leur extrémité ou

elles n’en ont pas du tout. Mais à ce moment, les premières feuilles

sont déjà complètement mortes, tuées par le champignon. Une rouille

analogue se trouve sur les jeunes pieds de maïs. Je l’ai observée à

Samandini. Des rouilles noires se trouvent en quantité sur les vieux

chaumes morts des Graminées de la brousse, utilisés comme paille. La

toiture des cases bambaras, les paillottes ont parfois, à distance,

l’aspect gris noirâtre à cause du grand nombre de ces rouilles noires.

De Bama à Samandini, le terrain est bien plat, bien uniforme. Les pieds

de _oro_ prennent une grande importance par endroits. Ce sont de

véritables arbres avec de gros troncs présentant de fortes croûtes de

liège cendré, profondément fendu dans le sens de la longueur. Les

feuilles de certains individus atteignent de grandes dimensions ; une

forme a les feuilles glaucescentes, l’autre les a franchement vertes.

Les Karités sont communs. Leur écorce est presque toujours profondément

fendue dans le sens de la longueur. Les plaques allongées qui en

résultent sont elles-mêmes divisées en rectangles par des échelons de

bâtons transversaux, s’étendant seulement sur la longueur d’une plaque.

Le _boy_ me montre un petit arbuste de 1 mètre de haut environ, appelé

_tomagny_, dont les feuilles pilées se mangent dans le couscous. Je

retrouve dans le lougan du village la Solanée de Bobo, qui croît, çà et

là, au Sénégal et au Soudan. Les bambaras de Sono l’appellent _sisé

bansan_. Les fruits sont d’un beau jaune[5]. Quelques baobabs existent

dans le village. On met encore, pour assaisonner le couscous, les

feuilles de _gombadé_, commun dans ce village.

A l’endroit où nous passons la Volta, elle est large de 8 à 10 mètres.

Les bords en sont très escarpés et s’élèvent d’une dizaine de mètres au-

dessus du niveau actuel de l’eau. Au milieu, le fleuve est profond de 2

ou 3 mètres. Le passage s’effectue sans difficultés, en bac, le cheval

traversant à la nage. La Volta est ici remplie de caïmans. J’en fais

rentrer plusieurs dans le lit du fleuve. Cette rivière est très

poissonneuse. Les caïmans viennent jusqu’à l’endroit où passe le bac. Un

porteur qui se baigne en voit un près de lui et retourne précipitamment

sur le rivage. Nous campons dans la brousse au bord meme du fleuve. Je

couche dehors. Le soir, de nombreux insectes viennent se faire prendre à

la lampe. La nuit, une hyène vient rôder sur le bord du fleuve en face

de nous.

Les rives du fleuve sont bordées de Cypéracées, de Graminées dont le

pied baigne dans l’eau. Les bords, à pic, sont ombragés par de grands

arbres, penchés la plupart vers le lit du fleuve et ordinairement

enlacés par de grandes lianes. Ces arbres sont des _bogos_, Sterculiée à

grandes feuilles ovales couvertes de pubescences. Je remarque aussi des

buissons de _crana_, à fleurs blanches odorantes, la liane à pétiole

ailé appelée _bourou-mendé_ (Bobo-Dioulasso). Les autres plantes

observées sont : le _naforo-fila_, Convolvulacée à grandes fleurs

pourpres ; le _tongou-cayogo_, _Cyperus_ commun dans les lougans ; la

_dama-téré_, à petite fleur jaune gluante ; le _foutougou_, la petite

Orchidée à fleurs blanches ou roses, à gros éperon court, obtus, au

sommet d’un jaune d’or pointillé de pourpre à l’intérieur. Le _oulaman

sognia_ (Bobo-Dioulasso) est la grande Orchidée rencontrée à Fincolo.

Elle est maintenant en fruits ; ses feuilles sont la plupart épanouies.

J’observe aussi le _tacca_ de Samandini en fleurs non épanouies et un

Mimosa à feuilles doublement composées, à fleurs blanches en grappes

rameuses dressées ; c’est le _sama-néré_. Le sol où croissent toutes ces

plantes, au bord de la Volta, est un terrain argileux, blanchâtre. Les

grandes Graminées desséchées y sont communes, les feux de brousse

n’ayant pas été mis là.

Au soir, un habitant de Samandini apporte plusieurs gros champignons

(_Boletus_) et des fruits de _dama-téré_ pour faire du _dolo_. Dans la

nuit une tornade survenant, nous oblige à rentrer dans la cahutte en

paille construite par le dernier convoi de la colonne du Minianka.

_Dandée ou Dandela. — Koundougou._

On traverse plusieurs régions marécageuses avant d’atteindre Dandée et

des espaces dénudés, étendus, véritables plaines où croissent des

plantes bulbeuses : la Liliacée à grande hampe, à fleurs blanches, à

fruits à trois lobes ; la Narcissée à fleurs blanches, qui paraît suivre

les mouvements du soleil ; elle est tournée le matin vers l’Est. La

Liliacée à grandes fleurs liliformes uniques, existe aussi dans cette

région. Ces plantes paraissent avoir leurs stations préférées ; elles

croissent rarement ensemble. Aussi, les plateaux, ou plutôt les plaines,

sont-elles parfois couvertes entièrement, tantôt de l’une, tantôt de

l’autre de ces plantes. A trois ou quatre kilomètres avant d’arriver à

Dandela, nous traversons un marigot dont les abords sont verdoyants,

très boisés. Le village de Dandela offre, dans les lougans, aux

alentours, d’assez beaux arbres, surtout une _Acanthacée_ vue à Bobo et

à Sindou, quelques baobabs, des _nétés_, des _finzans_, très peu de

_sibis_.

A Dandée, je prends dans ma case une espèce de bousier d’une taille

énorme. Les habitants sont des Bobos-Oulés. Ils paraissent fort pauvres,

se livrent actuellement à la préparation de leurs lougans pendant que

les moussos font sécher les fruits de _sé_ au soleil. Les cases sont

profondément creusées, carrées, couvertes en _ban_. L’étage inférieur

est une vraie demeure souterraine ; l’étage supérieur, élevé de 1 m. 50

à 2 m. 50 seulement, est facile à atteindre et on peut se promener sur

les toits d’un bout à l’autre du village. Dans quelques lougans

ombragés, d’anciens pieds de mil ont fourni de belles repousses très

vigoureuses.

_Fô_

_9 juin._ — Le campement de Koundougou est situé à côté du village, sous

un gros _banan_. Dans une anfractuosité, du côté du nord, je trouve deux

mousses fructifiées. Des cotonniers très beaux, à feuilles très velues,

à fleurs jaunes, sont cultivés. Une grande partie du coton n’a pas été

récoltée. Les soies ont environ 20 mm et sont très blanches. En

soumettant ces cotonniers à une taille réglée, on obtiendrait

d’excellents résultats. Les pieds actuels ont 1 m. 50 de haut et sont

très rameux.

Le sol est riche en humus ; le sous-sol est ferrugineux. Une grande

partie des terrains situés entre le massif montagneux de Fô et la Volta

conviendrait très bien à la culture du coton (sauf les plateaux pierreux

ou les cuvettes comblées avec des argiles). Il existe, sur la route de

Koundougou à Dandée, des lieux boisés très riches en humus, inondés en

partie au moment des pluies, où on obtiendra des résultats assurés. Le

tabac à feuilles crépues est également très beau dans ces terrains. La

récolte est faite en ce moment. Les troncs coupés ont encore 1 m. 50 de

haut. La montagne commence à six kilomètres environ du passage difficile

sur la gauche. Les lougans sont remplis de karités dont on récolte

maintenant les fruits. Les fruits de _torogoué_ sont aussi récoltés. Le

sol est jonché de fruits de _kounan_. On ne les ramasse pas. Les beaux

_kounans_ ont un tronc de 1 à 2 mètres de circonférence, une hauteur de

15 mètres ; l’écorce est cendrée, peu fendue. C’est un arbre à port

élevé, d’une belle ampleur. L’Orchidée appelée _foulougou_ près de Bobo-

Dioulasso est commune dans les lieux herbeux non brûlés. L’aloès est

également commun. Les pousses en végétation sont placées latéralement

par rapport à la vieille tige desséchée.

Le massif montagneux de cette région est orienté du Sud au Nord, puis il

dévie vers l’Est et se dirige ensuite de nouveau vers le Nord, formant

deux collines espacées de 100 à 1.000 mètres, entre lesquelles est situé

le chemin. La charpente du massif est formée de blocs éboulés et de

roches en place constituées par des grès à grain assez fin, sans galets,

ordinairement teintés de rouge, à surface plus ou moins corrodée par les

eaux. Tout à fait au pied, on trouve de petits cailloutis issus de ces

grès de quartz blanc laiteux ou teinté, ou blanc avec veinules noires.

On trouve, au-dessus du grès compact, des grès plus tendres, alternant

avec des lits peu épais de schistes gris ou blanchâtres facilement

décomposables. Au-dessus de ces alternances, se trouvent les grès ayant

la plus grande importance comme puissance. Ils sont, la plupart, rosés

avec de gros grains de quartz et offrent des galets de diverses roches

(notamment de grès rouge inférieur et de quartz). Ces galets sont

ordinairement ovoïdes, bien roulés, de taille variable (d’une petite

noisette à la grosseur de la tête). Des lits plus importants et placés

presque horizontalement, alternent avec ce grès proprement dit ; ces

lits sont alors d’une épaisseur de 50 centimètres à 1 mètre et formés de

gros galets blanchâtres (quartz) et très corrodés. Des blocs énormes de

cette dernière roche se sont détachés et éboulés. Le sentier qu’on suit

pour arriver à Fô est lui-même taillé dans ce grès tendre. Sur la droite

et la gauche, de puissantes murailles attestent toute la force énorme

qu’il a fallu pour que les eaux se creusent ce passage à l’époque

quaternaire, car il n’y a point de marigot, maintenant. Le poudingue

supérieur de Fô est l’analogue du terrain constituant les roches de

Sindou. Je serais tenté de considérer cette roche comme formée à

l’époque quaternaire et produite aux dépens du grès inférieur rouge. Il

y aurait eu ainsi, en quelque sorte, nivellement de véritables massifs

montagneux constitués par ces grès primaires, le poudingue se serait

formé en même temps que se constituaient ailleurs, aux dépens de roches

différentes, les plateaux ferrugineux dont on ne trouve pas de trace

ici. Ce qui me porte à faire cette supposition, c’est que j’ai vu, par

places, les poudingues chevauchant sur les grès et schistes, alternant

et formant, à la manière de la roche ferrugineuse, de véritables

coulées.

Les poudingues quaternaires de Fô (comme ceux de Sindou) ont subi

ensuite et subissent encore une action destructive interne sous l’action

des pluies et des tornades. Aussi la puissance de ce terrain, qui

atteint jusqu’à 50 mètres de haut par endroits, est loin de son état

primitif. Tout le vallon est semé de gros blocs qui ont roulé du haut ou

qui, plus durs que les masses environnantes, ont mieux résisté à

l’action des pluies. Tout ce terrain est malheureusement sans fossiles.

La _goïn_ (_Landolphia Heudelotii_) est assez commune, mais bien moins

abondante que sur la même roche à Sindou. En somme, la _goïn_ n’a pas de

préférences pour le sol ferrugineux.

Le chef du village de Fô me dit que la _poponi_ est commune aux

alentours, mais qu’on n’a pas l’habitude d’en récolter le caoutchouc.

Cependant, les quelques troncs que j’ai vus sont entièrement criblés

d’incisions mal faites. Il y a peu de fruits dans ces lianes et ils ne

sont pas mûrs. Le _saba_ (_Landolphia senegalensis_) est plus commun ;

il a les fleurs glabres. Dans la brousse, ses fruits commencent à mûrir.

Depuis trois jours, j’en rencontre des fruits dont l’intérieur a été

mangé par les caravanes de passage. Mes porteurs eux-mêmes, à chaque

pose, s’empressent de grimper aux arbres où se montrent les _tobis_. En

mangeant tous les fruits de la brousse (même le _kounan_ dont le noyau

est énorme), le noir en avale la totalité sauf la peau. Les autres

fruits vus à Fô sont : la petite prune jaune (_Ximenia americana_ L.) et

le fruit gluant pour le dolo.

Sur les roches croît l’Euphorbe habituelle maintenant couverte de

feuilles, et une autre Euphorbiacée vue ici pour la première fois. Il y

a encore, dans cette région, quelques beaux _finzans_, des baobabs

jeunes, d’autres assez âgés, déjà couverts de fleurs et de jeunes fruits

et offrant en même temps des boutons non épanouis et même peu avancés.

Je viens de faire une excursion dans la montagne environnante après la

tornade survenue vers 4 heures. En escaladant les terrains formant

parfois de véritables balcons ou des escaliers tournant autour de ces

rocs, on parvient à leur sommet. On aperçoit, à une grande distance, le

cirque de ces rocs. L’aspect en est plutôt tourmenté. On voit, de toutes

parts, de vastes espaces gris absolument dénudés qui sont parfois des

tables de pierres, ravinées, creusées d’anfractuosités, de fentes vives,

de blocs, derniers survivants des rocs qui ont surmonté ces tables. Çà

et là, des rochers subsistent encore et ont pris, sous l’action des

eaux, des aspects extrêmement variés. Ce sont tantôt d’énormes prismes

couronnés parfois de verdure, d’autres fois des pyramides noirâtres

comme toute la roche (recouverte de croûtes de lichens), surmontées

d’une masse blanche qui est un bloc de quartz plus dur qui a résisté

davantage à l’action des eaux. D’autres fois, ce sont de longues

murailles crénelées ou festonnées comme à Sindou, puis encore de grands

espaces désolés où il n’y a rien comme végétation, mais où sont

creusées, parfois, des cuvettes très peu profondes où l’eau s’accumule

après les tornades. Ces rochers sont souvent creusés de grottes assez

vastes, autrefois habitées si l’on en juge par les débris de charbons

encore en place et par la richesse en humus de l’entrée de ces grottes

qui aujourd’hui servent seulement de repaires à d’énormes chauves-

souris.

La partie du village tournée vers le nord est longée par un bas-fonds

qui sépare le village des rochers. Ce bas-fond est très riche en

alluvions, aussi le terrain est-il partagé entre tous les habitants et

cultivé par eux en jardin. Ces lopins de terre se touchent tous et sont

sépares par des fossés profonds. Ces jardins sont en outre souvent

limités par des palissades en tiges de mil. Ils ont quelquefois plus

d’un are d’étendue. On y cultive des piments : _gon_, _ngoyo_, _soso_,

etc. des plants de mil et de mais. Ils sont assez bien entretenus, et

purgés des Cypéracées qui ne manquent pas de s’y développer si on les

abandonne sans soins.

_Falamana (en passant par Dorona et Bambé)._

_10, 11 et 12 juin._ — Nous sommes partis de Fô à 4 heures 1/2 du matin.

Au lever du soleil, vers 5 heures 3/4 nous sommes à côté d’une mare

remplie de Graminées et de Cypéracées et bordée d’un champ planté en

calebassiers. Les fruits mûrs sont jaunes et les tiges desséchées sont

appliquées directement sur le sol. A la halte, vers 6 heures, nous

traversons une ceinture de petites roches qui n’est que la continuation

des rochers de Fô. Ces rochers sont rendus entièrement grisâtres par un

lichen non développé. Il y a quelques mousses au pied. Les _sanans_ et

les _dialas_ sont communs sur la route.

_Zamblara. — Tiédiana._

_15 juin._ — Nous partons à 6 heures. La route est assez monotone. Elle

est occupée presque d’un bout à l’autre par d’anciens lougans où de

maigres futaies ont repoussé. Çà et là seulement un _nété_, un _sé_ ou

un _sanan_ à gros troncs dominent cette maigre végétation. Zamblara est

entouré d’une _tata_. Les plants de _doubalés_ ont repris au bord du

chemin. Je remarque quelques cultures de _Gossypium_ et d’_Indigofera_.

Les bords de la route sont entièrement semés de fruits de _douda_ et

seulement de quelques karités. Je rencontre aussi, pour la première

fois, le _sié_. L’Orchidée violette existe toujours ainsi que la petite

Liliacée à fleur unique jaune. Je remarque quelques touffes seulement de

_Tacca_. L’Aroïdée à fruits souterrains est commune. Au bord du chemin

se trouvent plusieurs _termitières_ coniques à nombreux clochetons ayant

jusqu’à 4 et 5 mètres de haut. Elles sont éventrées ; l’intérieur est

creux. La paroi en terre durcie a seulement 20 ou 30 centimètres

d’épaisseur ; elle est très dure, difficile à démolir. De telles

constructions doivent avoir des siècles d’existence. Hier, le lieutenant

me faisait remarquer qu’on ne trouvait jamais de termitières de cette

forme en voie de construction. Les insectes qui y sont actuellement

logés seraient cantonnés seulement sur le sol de l’intérieur de la

cavité. On ne remarque même pas de galeries montant à l’intérieur et à

l’extérieur du dôme. Les galeries, s’il y en a, sont enfermées dans les

murs proprement dits.

A Zamblara, il existe une case carrée (murs de 1 mètre 80 de haut) non

couverte, remplie de tessons de calebasses. C’est la case grigri du

dehors du village. Il y en avait une identique hier à Kaledougou.

Le campement à Tiédiana est très confortable, installé à l’ombre de

magnifiques baobabs, actuellement en pleine floraison et dont quelques-

uns ont une quinzaine de mètres de circonférence au tronc. Ces troncs

présentent les aspects les plus variés ; les uns ont des contreforts à

la base, analogues aux piliers des fromagers, les autres sont couverts

de verrues de dimensions variables ; quelques-uns présentent des sortes

de chancres sur leurs troncs ; beaucoup sont munis d’échelons enfoncés

dans l’arbre et qui permettent aux habitants d’aller récolter les

feuilles qui constituent ici la base de la sauce du couscous.

C’est aujourd’hui jour de marché. Il se tient sous un arbre en dehors du

village. J’y remarque une certaine quantité de petit mil et de gros mil

blanc, beaucoup de belles arachides. C’est la partie principale des

produits apportés au marché. Elles se vendent 0 fr. 50 les 5 litres.

L’arachide paraît réussir merveilleusement dans les territoires que j’ai

parcourus depuis Bobo. Les jeunes pieds qui, dans beaucoup de lougans,

commencent à fleurir, sont très vigoureux. A cette époque avancée de

l’année où le mil fait défaut dans un grand nombre de villages après les

semailles, on trouve encore à un prix raisonnable des arachides. Les

autres produits observés sont : des feuilles de tabac en paquets, des

graines de _nété_, des feuilles de _da_, des piments frais n’appartenant

pas au petit _foroto_ habituel, des calebasses de _kounanguis_, deux

grands paniers de tubercules de _diabéré_ (courouba), des fruits de

_saba_ (4 pour 5 cories) et de _douda_, des pois secs de _soso_, des

_tiga ni gouélé_, des fibres de _sibi_ pour raccommoder des calebasses

(le raccommodeur travaille sur le marché), des poissons secs, quelques

poulets, quelques écheveaux de laine, coloriés en rouge, venant de

Bandiagou.

Dans les jardins, il y a en ce moment de jeunes pieds de _n’goyo_, de

vieux troncs de tabac, quelques _gans_, un arbuste d’introduction

européenne, couvert de fleurs et de fruits. Des ricins, en quantité,

lèvent dans une partie inculte. Dans le village, je remarque quelques

pieds de _doubalés_. Autour du village, la culture du manioc occupe une

assez grande superficie. Presque partout, les terrains sont plantés de

manioc et de rangs de _tigani_. Le mil est levé. Le village paraît

riche. On apporte des œufs, du lait, des poulets en abondance. Les

habitants mangent ici le _baliman_. Je trouve un petit bois où on en a

déterré récemment une grande quantité. Diverses Ampélidées existent ici

et commencent à pousser. Enfin, je trouve deux espèces de Dioscorées

sauvages comestibles : le _niambi_ ou _diambi_ ou _niami_ à longs

rameaux latéraux étalés horizontalement, le _fassaca_ à grandes

feuilles, à rameaux latéraux courts. L’Aroïdée à fleurs souterraines est

commune sous les arbres ainsi que le _Tacca_[6] qu’on ne récolte pas.

Dans l’intérieur du village, il y a plusieurs petites cases gris-gris

fétiches. L’une d’elles sert à remiser les gris-gris du chef de village,

liés avec une corde et suspendus dans l’espace. Une autre sert à trouver

une femme pour le mariage.

Le garçon qui veut se marier vient, le soir, verser, dans la case à toit

conique, par le sommet (recouvert en temps ordinaire par une calebasse

renversée mais qui peut être retournée) du couscous ou du riz et s’en

retourne persuadé que l’obtention d’une femme est ensuite chose facile.

[Illustration : FIG. 5. — Un _Pterocarpus erinaceus_ au Soudan

français.]

_Djenné._

Djenné est occupé par les Français depuis le 3 janvier 1893. La

population de cette ville est très industrieuse et très intelligente.

Les Diénékés étaient sous la domination des Toucouleurs. Le nombre des

habitants est actuellement de dix mille. Ils sont très soumis, pacifiés

et ils payent régulièrement l’impôt, surtout en cories. Djenné est la

plus belle ville de tout le Soudan français. Toutes les constructions

sont en terre, mais elles sont larges, spacieuses. Les maisons sont

carrées ; elles ont presque toutes un étage (quelques-unes en ont deux)

et possèdent des promenoirs en terrasse en dessus avec une sorte de

parapet en terre. Ces maisons s’élèvent de 10 à 15 mètres au-dessus du

sol. Quelques-unes ont le rez-de chaussée à 1 mètre au-dessous du niveau

du sol. Les fenêtres sont rectangulaires. Il existe parfois (notamment

au poste) de véritables cloîtres promenoirs cintrés au premier étage, où

l’on est à l’abri du soleil une grande partie de la journée. Le poste

est large, spacieux, extrêmement confortable avec de vastes bâtiments

offrant une véritable architecture. Je remarque la salle à manger avec

ses décorations en terre, ses niches destinées à recevoir de grands

cierges en cire, placés dans des boîtes en fer-blanc.

Le palais du roi toucouleur Ahmadou est occupé aujourd’hui par les

bureaux du cercle. J’ai visité également la maison où habita René

Caillié ; la maison des passagers est extrêmement confortable. Dans la

ville, il faut visiter le marché et la place qui précède le poste,

plantée de nombreux doubalés déjà vigoureux, les ruines de l’ancienne

mosquée, la mosquée actuelle, le cimetière européen récent où l’on voit

une dizaines de tombes. Il est entouré de hauts murs ; les allées en

sont bordées de bouteilles. Un monument élevé au centre porte les mots :

Honneur et Patrie. Les tombes sont des tables en terre durcie avec une

croix médiane couchée et une petite croix en fer à la tête. Les

cimetières indigènes forment de petits groupes de quelques tombes dont

les unes sont entourées d’un mur en terre peu élevé. Ces cimetières sont

éparpillés dans la ville et tout autour sur les petits mamelons qui ne

sont pas atteints par les eaux au moment de l’hivernage. On observe sur

ces tombes des sortes de vases funéraires ayant la forme d’un tube un

peu évasé au sommet. Elles sont munies d’ornements et s’élèvent à une

hauteur de 40 à 50 centimètres au-dessus du sol.

_Dendé._

Nous arrivons à Dendé à 11 heures. C’est un village habité par des

bozos, des peulhs et quelques diénonkès. De magnifiques troupeaux de

vaches pâturent au bord du fleuve. Le village (en terre) a été détruit ;

il n’y a plus que des cases toucouleurs. Le cotonnier pousse en

abondance autour du village. Les touffes arborescentes, très rameuses

dès la base, atteignent 2 mètres de haut. Elles sont complètement

vivaces. Sur le même pied, j’ai remarqué des fleurs jaunes et des fleurs

pourprées. Les fleurs pourprées paraissent les plus âgées. On trouve

aussi en assez grande quantité autour du village des indigotiers à

feuilles un peu argentées et à fleurs verdâtres. Les arbres donnant de

l’ombrage qui existent dans le village, sont des _nongos_, des

_tongoués_, des _cobos_.

_Guibira._

Ce village situé sur la rivière est formé de cases en terre et habité

par des bozos. Il est sur une plate-forme élevée de 4 à 5 mètres au-

dessus de la plaine environnante qui doit être inondée pendant

l’hivernage. Je remarque quelques beaux arbres : le _nogo_, le _nonno_,

le _sebé_, le _cobo_, le _toro_. La plaine est couverte de quelques

Graminées à rhizome rampant et de quelques _Cyperus_. La Composée à

disque jaune est abondante dans cette région qui est très herbeuse. Au

bord du fleuve, un peu en aval, existe un petit mamelon sur lequel je

remarque quelques beaux arbres avec de nombreux arbustes et des lianes.

L’ensemble forme un buisson assez épais où se reposent un grand nombre

d’oiseaux : une compagnie de perdrix ; des gendarmes, de la grosseur

d’un moineau et dont le plumage est jaune sur le corps et noir sur la

tête ; des pigeons de Djenné au plumage cendré. Ce pigeon est très

commun à Djenné ; il niche dans la ville et dans les villages situés le

long du Bani. Les palmiers _sébé_ sont en ce moment couverts de régimes

dont les fruits ne sont pas mûrs. Je remarque aussi un jeune pied de

_djemeni_. Beaucoup de fruits de _sébé_ sont mûrs. Le bosquet bordant le

Bani sert de cimetière. Il y a quelques tombes récentes de bosos

entourées de piquets.

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Voyage scientifique à travers l'Afrique occidentale · 第 9 / 19 题