Sire, il y avait autrefois un pêcheur fort âgé, et si pauvre qu'à peine
pouvait-il gagner de quoi faire subsister sa femme et trois enfants dont
sa famille était composée. Il allait tous les jours à la pêche de grand
matin; et chaque jour, il s'était fait une loi de ne jeter ses filets
que quatre fois seulement.
Il partit un matin au clair de la lune, et se rendit au bord de la mer.
Il se déshabilla, et jeta ses filets. Comme il les tirait vers le
rivage, il sentit d'abord de la résistance: il crut avoir fait une bonne
pêche, et il s'en réjouissait déjà en lui-même. Mais un moment après,
s'apercevant qu'au lieu de poisson il n'y avait dans ses filets que la
carcasse d'un âne, il en eut beaucoup de chagrin...
Scheherazade, en cet endroit, cessa de parler, parce qu'elle vit
paraître le jour. Ma sœur, lui dit Dinarzade, je vous avoue que ce
commencement me charme, et je prévois que la suite sera fort agréable.
Rien n'est plus surprenant que l'histoire du pêcheur, répondit la
sultane; et vous en conviendrez la nuit prochaine, si le sultan me fait
la grâce de me laisser vivre. Schahriar, curieux d'apprendre le succès
de la pêche du pêcheur, ne voulut pas faire mourir ce jour-là
Scheherazade. C'est pourquoi il se leva, et ne donna point encore ce
cruel ordre.