Vers 8886-8932. (Voir la note 39 du prÈsent tome.)

Note 95, pages 290-291.

Vers 8887-8935. ThÈophraste, natif d'ErËse. Il Ètoit fils de MÈlanthe le

Foulon. Il fut disciple de Leucippe, puis de Platon, et enfin

d'Aristote. Il [p. 439] s'attacha ‡ ce dernier, et il devint son

successeur au LycÈe. Aristote lui changea son nom de Tyrtame en celui de

ThÈophraste, ‡ cause de son Èloquence, qui avoit quelque chose de divin.

ThÈophraste composa prËs de deux cents volumes, dont la plupart sont

perdus. Voil‡ ‡ peu prËs ce qu'en dit DiogËne LaÎrce.

L'ouvrage le plus connu de ThÈophraste est son _TraitÈ des caractËres_,

traduit par La BruyËre; ce sont eux qui ont servi de modËle ‡ ceux qu'il

a donnÈs sous le titre: _CaractËres de ce siËcle_, qui sont autant de

satires contre les FranÁois, ‡ l'imitation de ThÈophraste, qui n'avoit

point ÈpargnÈ les AthÈniens dans les portraits qu'il en avoit faits.

Dans l'Èdition de 1613, faite ‡ Leyde, des oeuvres de ThÈophraste, on ne

trouve point le _TraitÈ des noces_, o˘ Jehan de Meung a puisÈ la

meilleure partie de ce qu'il a dit sur cette matiËre: c'est apparemment

un de ces ouvrages qui ont ÈtÈ perdus. Jean de Sarrisbery, ÈvÍque de

Chartres, en a fait mention dans son _Polycraticon_, lib. VIII, cap. XI,

o˘ il dit: _Fertur authore Hieronimo, aureolus Theophrasti liber de

Nuptiis, in quo quaerit an vir sapiens ducat uxorem; et cum dissinisset,

si pulchra esset, si bene morata, si honestis parentibus orta; si ipse

sanus et dives, sic sapientem aliquando inire matrimonium, statim

intulit: Haec autem raro in nuptiis amcordant universa. Non est igitur

uxor amenda sapienti_. ThÈophraste en allËgue les raisons, que l'auteur

du _Roman de la Rose_ a fort bien expliquÈes dans ce qu'il dit contre le

mariage.

Les Romains, les Spartiates, les Grecs et Lycurgue ont pensÈ sur cet

article tout autrement que ThÈophraste, puisque parmi eux il y avoit des

rÈcompenses pour ceux qui se marioient, et des peines [p. 440] contre

ceux qui passoient leur vie dans le cÈlibat. (Voyez _Alexandrum in

Alexandro_.) (Lantin de Damerey.)

Note 96, pages 294-295.

Vers 8958-9004. Il est curieux de rapprocher ici Voltaire de son

devancier. Dans le roman de _l'IngÈnu_, la belle Saint-Yves meurt de

douleur, ne pouvant surmonter la honte d'avoir obtenu la dÈlivrance de

son amant au prix de sa vertu. Elle lui avoue sa faute au moment

d'expirer, et il s'Ècrie: ´Qui? vous coupable! Non, vous ne l'Ítes pas!

Le crime ne peut Ítre que dans le coeur; le vÙtre est ‡ la vertu et ‡

moi.ª

Note 97, pages 300-301.

Vers 9038-9084.

_Rara avis in terris, nigroque simillima cygno_.

(JuvÈnal, _Satyr_. VI, carm. 164.)

Note 98, pages 300-301.

Vers 9043-9089.

...._Tarpeium limen adora_

_Pronus, et auratum Junoni coede juvencam;_

_Si tibi contigerit capitis matrona pudici_.

(_Ibit_., carm. 47.)

_Vache dorÈe_. Avant de la conduire au sacrifice, les anciens lui

doroient les cornes, sans doute pour la rendre plus prÈcieuse ‡ leurs

divinitÈs. (Lantin de Damerey.)

[p. 441]

Note 99, pages 302-303.

Vers 9069-9115.

...._Uxorem, Posthume, ducis?_

_Die qu‚ Tisiphone, quitus exagitare colubris?_

_Ferre potes dominam salvis tot restibus ullam,_

_C˘m pateant altae caligantesque fenestrae,_

_C˘m tibi vicinum se praebeat Aemilius pons_.

(_Satyra_ VI, vers. 28 et seq.)

Note 100, pages 302-303.

Vers 9077-9123. PhoronÈe, second roi d'Argos, succÈda ‡ son pËre Inachus

l'an du monde 1228, 1807 ans avant J.-C. Ce fut lui qui rassembla dans

la ville d'Argos les Argiens dispersÈs, et leur donna des lois.

Le dÈluge d'OgygËs arriva de son temps. C'est le plus ancien roi grec

dont l'histoire nous apprend quelque chose de certain. (MorÈri.)

Note 101, pages 302-303.

Vers 9091-9137. Pierre Abailart. Ses amours avec HÈloÔse n'ont pas moins

contribuÈ ‡ le rendre cÈlËbre dans l'histoire que sa profonde Èrudition,

qui l'a mis au nombre des plus grands docteurs du XIIe siËcle.

Innocent II l'appeloit _Magistrum Petrum_, ‡ cause de sa science.

Pierre le VÈnÈrable, abbÈ de Cluny, fit pour honorer la mÈmoire de ce

savant homme une Èpitaphe dont voici les deux derniers vers:

[p. 442]

_Est satis in titulo, Petrus jacet Abeilardus,_

_Cui soli patuit scibile quicquid erat_.

Victime infortunÈe de l'amour et de ses ennemis, il mourut l'an 1142, le

21 avril, ‚gÈ de 63 ans. Il fut enterrÈ ‡ Saint-Marcel, abbaye situÈe

prËs de Ch‚lons-sur-SaÙne. (Lantin de Damerey.)

NOTA. Son tombeau a ÈtÈ transfÈrÈ de cette abbaye au MusÈe franÁais,

dans l'an VIII. (MÈon.)

Note 102, pages 308-309.

Vers 9164-9210. Saint Julien, surnommÈ l'Hospitalier, vivoit au IVe

siËcle; les pËlerins s'adressoient ‡ lui pour avoir un bon gÓte. La

Fontaine, dans le conte intitulÈ: _l'Oraison de saint Julien_, a mis

heureusement en oeuvre la confiance qu'on avoit en ce saint. (Lantin de

Damerey.)

Note 103, pages 308-309.

Vers 9166-9212. Saint LÈonard, vulgairement appelÈ saint LiÈnard, mort

vers le milieu du VIe siËcle, prËs de Limoges, employoit ‡ racheter

les captifs le produit de la terre que lui avoit donnÈe ThÈodebert, roi

d'Austrasie, ‡ qui le Limousin obÈissoit alors.

Note 104, pages 308.

Vers 9177. _AtaÔne_, querelle, chagrin, f‚cherie, jalousie, animositÈ.

_AtaÔneux_, querelleur. _AtaÔner_, quereller, chagriner, faire de la

peine. Vient du grec [p. 443] _atË_, qui est le nom d'une dÈesse que

l'on nomme en franÁois _AtË_. Elle est de l'invention d'HomËre. C'est ‡

elle qu'Ètoit confiÈ le soin d'exciter parmi les hommes les noises et

les querelles.

Rabelais s'en est souvenu dans ses _Fanfreluches antidatÈes_:

MaugrÈ AtË ‡ la cuisse hÈronniËre.

En Bourgogne, les paysans disent _Ètener_ pour fatiguer jusqu'‡ l'excËs,

ce qui est une corruption _d'ataÔner_. (Lantin de Damerey.)

Note 105, pages 308.

Vers 9193. _Druerie. Drue_, au masculin _dru_, se prenoit autrefois pour

_fÈale_, amie; mais du temps de saint Louis on prit ce terme en mauvaise

part, et on l'appliqua aux amours dÈshonnÍtes. On en fit autant du

substantif _druerie_, qui signifioit: fidÈlitÈ, amitiÈ, courtoisie,

amour, galanterie. _DruÎ_ ou _druhe_, Ètoit aussi la mÍme chose que

jeune femme. _Si quis puellam quae druhie dicitur, ad maritum in vi‚

adsalierit, et cum ipsa violenter Maechatus fuerit_, viij _denar.

culpabilis judicetur_. (Tit. 14, legis salicae, art. 10.) (Lantin de

Damerey.)

Note 106, pages 314-315.

Vers 9273-9321. Alcibiade, un des grands capitaines de la GrËce. Il fut

le plus bel homme de son siËcle; voil‡ pourquoi Jehan de Meung en fait

mention. Ce qu'il en dit est pris du troisiËme livre de la _Consolation_

de BoÎce, son auteur favori. _Quod si ut [p. 444] Aristoteles ait

linceis oculis homines uterentur, ut eorum visus obstentia penetrarent.

Nonne introspectis visceribus illud Alcibiadis superficie pulcherrimum

corpus, turpissimum videretur_? (Lantin de Damerey.)

Note 107, pages 314-315.

Vers 9288-9336.

_Lis est form‚ magna pudicitiae_.

(Ovid., _…pist_. XVI, carm. 288.)

Note 108, pages 316.

Vers 9310. _A vertus_, traduction littÈrale, _‡ force_. M. Francisque

Michel met ‡ _vertus_ une majuscule. On serait donc forcÈ de traduire:

´Forcent ChastetÈ de servir ‡ Vertu leur dame, qui a en horreur les

honnÍtes femmes.ª Ce serait un contre-sens et une absurditÈ.

Note 109, pages 320-321.

Vers 9364-9416.

_Spectatum veniunt, veniunt specientur ut ipsae_.

(Ovid., _De Art. am_., lib. I, carm. 99.)

Note 110, pages 326-327.

Vers 9465-9525. Saint Arnoult. Baillet, au tome II de la _Vie des

Saints_, en admet trois qui portËrent ce nom. Le premier, contemporain

de saint Remi, au VIe siËcle, laissa, dit-on, sa femme vierge; elle

Ètoit [p. 445] niËce de Clovis. Saint Arnoult fit plusieurs

pËlerinages, et fut enfin assassinÈ par des anciens valets de sa femme,

irritÈs de ce qu'il lui avoit fait prendre le voile des vierges

consacrÈes ‡ Dieu. D'autres traditions portent que des voleurs, f‚chÈs

de ne lui avoir point trouvÈ d'argent, l'avoient battu cruellement, et

qu'il Ètoit mort de ses blessures. On l'a mis au rang des martyrs, et

l'…glise cÈlËbre sa fÍte, dans le diocËse de Reims, le 18 de juillet.

L'autre saint Arnoult, qui fut mariÈ, vivoit vers l'an 580. Il avoit

ÈpousÈ une fille nommÈ Dode, dont il eut deux enfants. Elle prit dans la

suite le voile dans un monastËre de TrËves, et saint Arnoult mourut

ÈvÍque de Metz, environ l'an 640.

Je ne prÈtends pas dÈcider lequel de ces deux saints doit Ítre le

Seigneur des coux ou cocus. Peut-Ítre Jehan de Meung a-t-il cru qu'il

suffisoit d'Ítre mariÈ pour Ítre de cette confrairie, et qu'en rÈduisant

‡ l'acte la possibilitÈ, une pareille hypothËse n'auroit rien d'absurde.

Cet auteur Ètoit d'ailleurs assez prÈvenu contre le beau sexe, pour ne

point aller chercher bien loin des explications ‡ son passage.

Coquillart a pensÈ ainsi que Jehan de Meung sur le compte de saint

Arnoult; voici comment il s'en explique au monologue des perruques:

Coquins, niays, sots, joquesus,

Trop tost mariÈz en substance,

Seront tous menÈs au-dessus

Le jour Sainct Arnoult ‡ la dance.

Saint Vincent FerriËres n'adopte point le sentiment de Jehan de Meung

sur le patron des cocus; car dans son sermon sur la luxure, il fait

mention de deux autres en ces termes:

[p. 446]

_Fuit mercator; et c˘m ejus uxor esset mortua, venerunt amici et

parentes ut darent sibi uxorem. Dixit eis quod nolebat, quia vel dabitis

uxorem juvenem vel antiquam. Si juvenem habeam, spernet me c˘m sim

antiquus, et timeo quod faceret me de confratri‚ sancti Cuculli: si

autem antiquam accipiam, ego sum antiquus et calvus, et sic unus non

poterit juvare aliam. Dixerunt amici: Compater, non curetis quia non

dabimus vobis uxorem antiquam, sed juvenem; et si faciat vos de

confratri‚ cucullorum, facietis de confratri‚ sancti Lucae_. (Lantin de

Damerey.)

Note 111, pages 326-327.

Vers 9470-9530. _Hurtebillier_. Ce mot, dont le sens n'Èchappera ‡

personne, ne pouvait se traduire que par un mot empruntÈ ‡ l'argot de la

populace. Nous avons cru prudent de le reproduire simplement. Au

surplus, la racine en est fort douteuse. Doit-on voir dans

_hurtebillier_ un composÈ de _hurter_ et de _bille_, hurter du b‚ton, de

la verge? Cette version nous avait sÈduit tout d'abord, et nous avions

mis: ´Toutes se font recheviller.ª Mais au dernier moment nous nous

sommes dÈcidÈ ‡ conserver le mot de Jehan de Meung.

Note 112, pages 326-327.

Vers 9478-9540. _Rafaitier_. Il y a de l'apparence que le mÈtier que

JuvÈnal appelle refattier est _far l'atto venereo_. Cet acte, selon le

mÍme auteur citÈ par Jehan de Meung, est le moindre des crimes que la

force du tempÈrament fait commettre aux femmes.

[p. 447]

_Faciunt graviora coactae_

_Imperio sexus, minimunque libidine peccant_.

(_Satyra_ VI, carm. 134 et 135.)

Une autre raison en faveur de mon explication, c'est que la Vieille, qui

raconte ‡ Bel-Accueil comment un homme qu'elle aimait Èperdument la

battoit et la maltraitait, dit:

J‡ tant dit honte ne m'Èust,

Que de pez ne m'amonestast,

Et que lors ne me rafaistast

Si r'avions et pez et concorde.

Ovide, qui Ètoit maÓtre en l'art d'aimer, nous apprend que c'est l‡ le

moyen le plus s˚r pour apaiser une femme irritÈe.

_Pax omnis in uno concubitu_

_C˘m bene saevierit, cum certa videbitur hostis,_

_Tunc pete concubitus foedera, mitiserit_.

(Lantin de Damerey.)

Nous avons traduit _rafaitier_ par _forniquer_. Que le lecteur nous

pardonne l'emploi de ce mot un peu trop ... comment dire? un peu trop

sacrÈ ... non, un peu trop liturgique; mais nous avons pensÈ que le mot

_pÈchÈ_, qui se trouve ‡ la ligne suivante, nous y autorisait dans une

certaine mesure. (P.M.)

Note 113, pages 328-329.

Vers 9490-9552. La rÈponse que fit Jehan de Meung aux dames de la Cour,

offensÈes avec raison d'une sentence si injuste, est tirÈe d'un livre

italien, intitulÈ: _Cento novelle Antich. A Guilielmo di Bergdam_. C'est

le Guilhem de Bargemon, gentilhomme [p. 448] et poËte provenÁal du

temps de Raimond BÈranger, et par consÈquent plus ancien que Jehan de

Meung. Jean de Notre-Dame a fait mention de Guilhem ou Guillem au

chapitre 48 des poËtes provenÁaux.

Le mot, que l'on donne ‡ l'un et ‡ l'autre, est une imitation un peu

forcÈe de celui de J.-C. pour sauver la femme adultËre. (Voyez le

_Menagiana_ de 1715, tome IV.)

Note 114, pages 330-331.

Vers 9530-9592.

_Quem non mille ferae, quem non Sthenelius hostis_

_Non potuit Juno vincere, vincit amor_.

(Dejanira Herculi, HeroÔdum.)

Note 115, pages 330-331.

Vers 9537-9601. YolÈ, fille d'Eurite, roi d'Oecalie. Hercule en devint

amoureux, et emmena cette princesse prisonniËre, aprËs avoir tuÈ son

pËre qui la lui avoit refusÈe en mariage. Il la donna dans la suite ‡

son fils Hillus. (Lantin de Damerey.)

Note 116, pages 332-333.

Vers 9555-9619. _Pestel_, b‚ton. M. Francisque Michel s'est cru autorisÈ

‡ remplacer ce mot par _pestax_, avant-bras, pilon. Nous trouvons cette

version beaucoup trop savante, d'autant plus qu'‡ la fin du prÈsent

chapitre, le mari menace sa femme d'un b‚ton (pestel) et d'une lance,

hallebarde, ou simplement broche (haste).

[p. 449]

Note 117, pages 332.

Vers 9570. _Pautonier_. Autrefois on appeloit ainsi un homme qui n'a

point de profession fixe, qui est prÍt ‡ tout faire, qui est employÈ par

le premier venu aux ouvrages les plus abjects, mÍme ‡ faire de mauvaises

actions, un bandit, un scÈlÈrat, un homme qui court et frÈquente les

femmes de mauvaise vie, qui les soutient; homme prÍt ‡ tous ÈvÈnements,

disposÈ et prÍt ‡ maltraiter quelqu'un, mÍme ‡ l'assassiner; un homme de

mauvaise vie, de mauvaises moeurs, dÈrangÈ dans ses habitudes, un

crocheteur, un portefaix, mÍme un bedeau, ou bedel, qui, dans les

siËcles reculÈs, Ètoient des gens prÈposÈs pour arrÍter les malfaiteurs,

qui les conduisoient en prison et au supplice, ce que font aujourd'hui

les archers. C'Ètoit un valet de bourreau.

Note 118, pages 334-335.

Vers 9588-9652. Ce vers et le prÈcÈdent, ayant ÈtÈ oubliÈs par le

compositeur dans l'Èdition de M. Francisque Michel, celui-ci, trop

scrupuleux, les a intercalÈs deux pages plus loin, au beau milieu d'une

phrase, o˘ ils ne signifient absolument rien.

Note 119, pages 336-337.

Vers 9642-9708. _Solers ‡ liens, decopez ‡ las_, c'est-‡-dire lacÈs.

BenoÓt Baudoin, d'Amiens, a fait un traitÈ sur les souliers, sous le

titre _De Calceo antiquo et mystico_, o˘ il remarque que Dieu donnant ‡

Adam [p. 450] des peaux de bÍtes pour se couvir, il ne le laissa point

aller les pieds nus; que dans la suite des temps on fit des souliers de

genÍt, de papier, c'est-‡-dire de la plante dont on tiroit le papier qui

croissoit en …gypte. Il y avoit des souliers de lin, de soie, de bois,

de fer, d'argent et d'or. Ils ont souvent changÈ pour la figure, pour

les ornements et pour la couleur; il y a eu des souliers longs, des

souliers unis, et d'autres qui Ètoient tailladÈs et dÈcoupÈs.

On lit au livre VII des _AntiquitÈs franÁoises_ du prÈsident Fauchet que

les moines de Saint-Martin de Tours, vivant dÈlicieusement, Ètoient

vÍtus de soie, et portoient des souliers, _vitrei coloris_ (ce dit

l'abbÈ Odon). Un autre dit des mirouers ‡ leurs souliers, pour

contempler leurs beaux habits, mÍme dans l'Èglise. (Lantin de Damerey.)

Note 120, pages 338.

Vers 9662. _Despendre_, dÈpenser. M. le duc de Bellegarde, qui Ètoit

Gascon, et qui entendoit la raillerie, ayant demandÈ ‡ Malherbe lequel

Ètoit mieux dit de _depensÈ_ ou de _dependu_, il rÈpendit que _depensÈ_

Ètoit plus franÁois, mais que _dependu, pendu_ et _rependu_ Ètoient plus

propres pour les Gascons. (Lantin de Damerey.)

Note 121, pages 342-343.

Vers 9726-9796. _Jonglierre, janglerre, jongleur, joingleur_ et

_jonglÈor_, du latin _jaculator_, signifient un bouffon, un bateleur, un

trompeur. [p. 451]

A la cour des comtes de Flandre, les poÎtes Ètoient appelÈs _jongleurs_;

‡ la cour de nos rois, _fatistes_, du mot _faire. Fatiste_ Ètoit aussi

un bateleur, suivant Borel. _Fat_ vient de _fatiste_.

Chez les comtes de Provence, on appeloit les poÎtes des _troubadours_ ou

_trouvËres_: la Provence se nommoit alors _la boutique des troubadours_.

Les anciens poÎtes grecs ont chantÈ les louanges des dieux et des rois,

comme le remarque HÈrodote dans la _Vie d'HomËre,_ dont les poÈsies

furent chantÈes piËce ‡ piËce dans les maisons des seigneurs, ce qui a

fait nommer _rhapsodies_ les poÈsies d'HomËre, non pas dans le sens que

nous donnons aujourd'hui ‡ ce terme.

Nos trouvËres, ‡ l'exemple de ces poÎtes, empruntant leurs sujets des

belles actions des grands hommes, alloient par les cours des princes,

chantant leurs gestes et leurs hauts faits pour les divertir. Les

_jongleurs_, c'est-‡-dire les mÈnestriers, avoient aussi le mÍme emploi,

chantant avec la viole. Les uns composoient, comme les _trouvËres_ ou

_conteurs_; les autres chantoient les inventions d'autrui, comme les

_chanterres_ et les _jongleurs_, et parce qu'ils avoient besoin les uns

des autres, ils se trouvoient ensemble aux grandes assemblÈes et aux

festins des princes. Le temps o˘ ils fleurirent le plus fut celui des

Croisades. (Voyez Fauchet, _De la langue et poÈsies franÁaises_, liv.

I.)

´Lorsque les bons trouvËres vinrent ‡ manquer, les _jongleurs_ n'ayant

plus rien de beau ‡ raconter, on se moqua d'eux; et leurs contes Ètant

mÈprisÈs ‡ cause des menteries trop Èvidentes et trop lourdes, quand on

vouloit parler de quelque chose folle et vaine, on disoit: ´Ce n'est que

jonglerieª; Ètant [p. 452] enfin _jongler_ ou _jangler_ pris pour

bourder et mentir.ª (Fauchet, _Ibid_.) (Lantin de Damerey.)

M. Levesque de la RavaliËre propose une nouvelle Ètimologie de ce mot,

qui a pour elle une ressemblance frappante.

Les premiers instruments de musique que les hommes aient connus ont ÈtÈ

la harpe et la lyre, dont on tire les sons avec les doigts et les

ongles; ne se peut-il pas que du mot _ongle_ on ait dit _ongler,

jongler, jongleur_, pour exprimer l'action de jouer de la harpe et de la

lyre? L'usage ayant Ètabli la signification de _jongleur_, on a continuÈ

‡ nommer ainsi tous les joueurs d'instruments, quels que fussent les

instruments dont ils jouoient. (MÈon.)

LittrÈ, d'accord avec tous les linguistes, fait dÈriver _jongleur_ du

latin _joculator_. (P.M.)

Note 122, pages 350-351.

Vers 9853-9923. Doris, nymphe marine, fille de l'OcÈan et de ThÈtis,

ayant ÈtÈ mariÈe ‡ son frËre NÈrÈe, mit au monde cinquante nymphes qui

furent appelÈes NÈrÈides, du nom de leur pËre. Souvent les poËtes

emploient le nom de Doris, pour signifier la dÈesse de la mer, et

quelquefois pour la mer elle-mÍme. (MorÈri.)

Note 123, pages 352-353.

Vers 9868-9938. _Dol_. Le mot _Barat_, que nous traduisons ici par

_Dol_, signifie proprement _fraude_, et jusqu'ici nous l'avions toujours

traduit ainsi. Mais Jehan de Meung personnifiant toutes les passions et

[p. 453] les transformant en acteurs, nous nous sommes trouvÈ fort

embarrassÈ par ce personnage masculin de _Barat_. Aussi avons-nous ÈtÈ

forcÈ de modifier notre traduction suivant les circonstances, tantÙt

mettant _fraude_ et ailleurs _Dol_ ou _mensonge_. L'inconvÈnient n'est

pas bien grave, attendu que ce personnage ne joue aucun rÙle direct dans

l'action du _Roman de la Rose_.

Note 124, pages 352.

Vers 9880. _Pesme_, c'est-‡-dire trËs-mauvaise, la plus mauvaise, par

sincope, du latin _pessima_, ainsi que notre _mÍme_ est sincopÈ de

l'italien _medesimo_, et _carÍme_ de _quaresima_. Je dois cette remarque

au R.P. Oudin, l'un des plus savants JÈsuites de son siËcle en tout

genre de littÈrature.

Cette explication est d'autant plus s˚re que je l'ai retrouvÈe depuis

dans le Glossaire de Du Cange sur l'histoire de Villehardouin, o˘ les

passages qu'il rapporte confirment le sentiment du P. Oudin. Guillaume

de Nangis, parlant du roi des assassins, dit: ´Icil trËs pesme Roy, et

malvoulant seigneur.ª Et Philippe Mouskes, en la vie de Philippe I:

Dont fut une trËs grant gelÈe

Trop piesme et trop dÈmesurÈe.

(Lantin de Damerey.)

Nous ne reproduisons cette note que pour montrer que la science

philologique Ètait encore dans l'enfance au XVIIIe siËcle. En effet,

_pesme_ vient de _pessima, mÍme_ de _metipsimus_, et _carÍme_ de

_quadragesima_.

[p. 454]

Note 125, pages 352-353.

Vers 9889-9959. _Laverne_. C'est la dÈesse que les voleurs avoient prise

pour leur patrone. Horace nous a conservÈ la priËre qu'on lui adressoit:

_Pulchra Laverna,_

_Da mihi fallere, da justo sanctoque videri_

_Noctem peccatis, et fraudibus objice nubem_.

(_…pist_. XVI, libro primo.)

(Lantin de Damerey.)

Note 126, pages 358.

Vers 9994. _ListÈ_. FermÈ avec une barriËre qu'on appeloit _lista_. Je

ne crois pas que dans aucun cas on puisse expliquer ce terme par

_mortifiÈs_ qui se trouve dans certain glossaire. Ce que le roman nomme

_palais listez_, ce sont des palais fermÈs avec des barriËres. _Palais,

‡ palando_, du verbe _palari_, aller par-ci par-l‡; ou bien de _palus_,

qui signifie un pieu, dont Du Cange dÈrive le verbe _palissader_, garnir

de pieux: Ètymologie qui remplit parfaitement l'idÈe attachÈe aux trois

corps de troupes ou camps-volants de nos premiers FranÁois, qui Ètoient

sans sÈjour fixe sous des tentes, munis seulement d'une enceinte de

pieux dont on fait encore usage dans la guerre. Par l‡ se forme du mot

_palais_ une idÈe toute diffÈrente de celle que l'on en a vulgairement.

De la mÍme Ètymologie, _palor_, pour _errer_, se tirent certainement les

mots _palatins_ et _paladins_, ou chevaliers errants, dont les combats

et l'amour faisoient toute l'occupation. (Lantin de Damerey.)

[p. 455]

_Palais_ vient tout simplement de _palatum, palatium_, qui veut dire:

maison du prince; on trouve _palatium_ dans Varron.

Note 127, pages 362.

Vers 10028. _Guerpir_, abandonner, du verbe _werpir_, qui signifioit

autrefois: livrer et ensaisiner l'hÈritage que l'on appeloit _werp_ ou

_guerp_, comme on le voit dans les notes de Hierome Bignon sur Marculfe.

_DÈguerpir_, c'Ètoit Ùter, dÈlaisser; mais dans la suite, le simple et

le composÈ ont signifiÈ la mÍme chose, c'est-‡-dire abandonner. (Lantin

de Damerey.)

Note 128, pages 366-367.

Vers 10111-10187.

_Pauper amet cautË: timeat maledicere pauper.

Multaque, divitibus non patienda, ferat_.

(Ovid., _De Art. am_., lib. II, carm. 167.)

Note 129, pages 368-369.

Vers 10137-10211.

_Sed neque fulvus aper medi‚ tam saevus in ira est,

Fulmineo rabidos c˘m votat ore canes,

Nec lea, c˘m catulis lactentibus ubera praebet,

Nec brevis ignaro vipera laesa pede,

Fomina quam socii deprens‚ pellice lecti

Ardet, et in vultu pignora mentis habet_.

(Ovid., De _Art. am_., lib II, carm. 373.)

[p. 456]

Note 130, pages 376-377.

Vers 10266-10342. Les quatre vers suivants se trouvent dans quelques

manuscrits:

Salemon qui tout esprouva,

En mil homes un bon trova;

MËs des fames ne trova nule,

Ne plus qu'en trueve mere mule.

Note _131, pages_ 378-379.

Vers 10315-10391.

_Quod natura dedit, nemo tollere potest_.

Au vers prÈcÈdent se trouve le mot _surgÈure_, saut, la _science de

surgÈure_, la science de sauter. Ne pouvant traduire ce mot par un mot

en _ure_ pour rimer avec _nature_, nous nous sommes permis de substituer

‡ _surgÈure_ le mot _Ègratignure_, qui traduit exactement la pensÈe de

l'auteur, sinon le mot.

[p. 457]

Le roman de la rose - Tome II · 第 60 / 64 题