Note 1, pages 2-3.
Vers 4287-4299.
Ainsi comme je treuve.
Cette phrase prouve surabondamment ce que nous annoncions en tÍte des
notes du premier volume, que les titres des chapitres n'Ètaient pas de
l'auteur, mais de simples notes marginales des copistes ou Èditeurs de
manuscrits.
Note 2, page 5.
Vers 4331.
Et pourtant que demande-t-elle?
Qu'au coeur qui lut reste fidËle
Tout vienne au grÈ de son dÈsir.
Ce dernier vers est amphibologique. A quoi se rapporte _son_? ‡ _elle_
ou ‡ _coeur_? Nous nous sommes vu plusieurs fois contraint de laisser
subsister certaines tournures de phrases qu'une analyse rigoureuse
condamne; mais ‡ moins de passer son existence entiËre ‡ retoucher une
oeuvre aussi considÈrable, il est impossible que, soit lassitude, soit
inadvertance, [p. 388] quelques nÈgligences n'Èchappent. Ainsi, au
dÈbut du Roman, page 21, tome I, on lit:
Elle essaierait d'apetiser
Au moins son los et sa prouesse
Par sa fourbe et par son adresse.
En donnant le bon ‡ tirer, nous avions changÈ le dernier vers par
celui-ci:
En dessous les minant sans cesse,
qui rendait mieux la pensÈe de l'auteur et Ètait plus correct.
L'imprimeur tira sans faire la correction. Un seul des deux exemplaires
sur peau de vÈlin put Ítre corrigÈ ‡ temps. Du reste, on n'Ètait pas si
scrupuleux au XIIIe siËcle, comme on en peut juger par le _Roman de
la Rose_, en particulier.
Note 3, pages 16-17.
Vers 4508-4520. _Sire_, s. m., selon Guillaume BudÈ, vient du latin
_herus_. Pasquier le dÈrive du mot [grec: _chyriost_].
Les anciens, en parlant de Dieu, l'appeloient Sire.
Le titre de _sire_ ne se donnoit autrefois qu'‡ Dieu; mais, dans la
suite, les peuples, qui regardent les rois comme ce qui approche le plus
de la DivinitÈ, leur donnËrent le nom de _Sire_. Les grands seigneurs
s'arrogËrent aussi ce surnom; nous avons des maisons qui affectent de le
prendre: le sire de Pont, le sire de Montmorency, le sire de Coucy. On
disoit de ce dernier:
Je ne suis roy ne prince aussi,
Je suis le sire de Coucy.
[p. 389]
Enfin, ce titre devint si commun, qu'on le donnoit aux marchands.
ClÈment Marot, dans ses Èpigrammes, appelle ainsi deux de ses
crÈanciers:
Sire Michel, sire Bonaventure.
Le _messire_ que les gens de qualitÈ ajoutent ‡ leurs titres est composÈ
de _mon_ et de _sire_: il faut observer que si le _messire_ mis devant
un nom de baptÍme n'est pas suivi du nom propre, il dÈsigne presque
toujours un roturier. Les personnes de qualitÈ se sont imaginÈ que le
_Monsieur_ suivi du nom de famille produisoit ‡ peu prËs le mÍme effet;
et quand ils parlent ‡ un bourgeois titrÈ (comme ils l'appellent
trËs-improprement), ils ne manquent jamais de lui dire: _Bonjour,
Monsieur un tel_. Cet abus n'est pas nouveau. MÈnage, fort alerte sur
les biensÈances, s'en plaignoit dÈj‡; il dit: ´Qu'un seigneur qui
faisoit une chËre fort dÈlicate l'invitoit souvent ‡ sa table, mais
qu'il avoit la mauvaise habitude de l'appeler toujours par son nom,
comme s'il e˚t craint qu'il ne l'oubli‚t.ª
Les gens de fortune, qui sont les singes des grands, en usent souvent
ainsi avec des personnes ‡ qui ils doivent du respect.
J'observerai, avant que de finir cet article, que le _messire_ est
devenu si commun, que des gens dont les pËres ont passÈ les trois-quarts
de leur vie, et quelquefois leur vie entiËre dans la roture, croiroient
informes les actes qu'ils passent, si le _messire_ ne prÈcÈdoit pas
d'autres titres aussi chimÈriques que leurs marquisats ou leurs comtÈs.
(Lantin de Damery.)
Nous ne nous permettrons d'ajouter qu'un mot [p. 390] ‡ cette note dÈj‡
bien longue: c'est que _messire_ n'est point formÈ de _mon_ et de
_sire_, mais bien de _mes_ et de _sires_, au singulier, comme on le voit
ici: _il est mes sires_. Enfin _sinre, sire_, vient de _senior;
seniorem_ a formÈ: _seigneur_.
Note 4, pages 16-17.
Vers 4509-4521. _Homme-lige._ Vassal qui tient un fief qui le lie envers
son seigneur d'une obligation plus Ètroite que les autres.
_Homo ligius_, dans la basse latinitÈ. L'Amant Ètoit devenu l'Homme-lige
de l'Amour, et lui avoit rendu hommage de la bouche et des mains,
c'est-‡-dire qu'il ne lui Ètoit plus permis de rien dire, ni de rien
faire contre le service de ce Dieu. Telle Ètoit la forme qui s'observoit
dans les hommages du temps de saint Louis: ´Le Seigneur prenoit entre
ses deux paulmes les mains de son vassal jointes, lequel ‡ genoux, nuÎ
tÍte, sans manteau, ceinture, ÈpÈe ne Èperons, disoit: ´Sire, je deviens
vÙtre homme de bouche et de mains, et promets foy et loyautÈ, et de
garder vÙtre foy ‡ mon pouvoir, ‡ vÙtre semonce ou ‡ celle de vÙtre
bailly ‡ mon sens.ª Cela dit, le seigneur baisoit le vassal sur la
bouche.ª (Fauchet, _Des Fiefs, selon l'usage du Ch‚telet de Paris_.)
On trouve dans le _Roman de Lancelot_ que lorsqu'on prenoit possession
d'un fief, et que l'on en Ètoit revÍtu, on s'agenouilloit devant le
seigneur-lige, et on lui baisoit le soulier, et le vassal qui Ètoit
investi du fief recevoit le gand de son seigneur; et au vers 2003 de ce
Roman, on lit que l'Amour refusa un pareil hommage. Il est rapportÈ dans
une [p. 391] Cronique ´que Raoul, en faisant hommage de la Normandie ‡
Charles-le-Simple, ne voulut mettre le geno¸il en terre pour baiser le
pied du Roi; il fallut que Charles le lui apport‚t ‡ la bouche:ª ce qui
est une marque des anciens hommages, tels qu'on les rendoit dËs le temps
de Charles-Magne. (Fauchet, _AntiquitÈs franÁoises_, livre XI.) (Lantin
de Damerey.)
Note 5, pages 18-19.
Vers 4539-4549. _Charybde_. …cueil fameux par un grand nombre de
naufrages. Il est entre la Calabre et la Sicile. Les poËtes ont feint
que _Charybdis_ fut en son temps la plus grande friponne du pays, et
qu'ayant dÈrobÈ les boeufs d'Hercule, elle fut foudroyÈe par Jupiter, et
prÈcipitÈe dans la mer, o˘ elle conserve toujours son ancienne
inclination. (Lantin de Damerey.)
Note 6, pages 20-21.
Vers 4554-4566. M. Francisque Michel traduit _piteuse_ par _misÈrable_,
ce qui est absurde.
Note 7, pages 20-21.
Vers 4568-4584. _Bureau_, grosse Ètoffe faite en laine: c'est la mÍme
chose que la bure, qui, suivant la dÈfinition de Borel, est une Ètoffe
velue de couleur rousse ou gris‚tre, en latin _burellus_, ainsi qu'il
est nommÈ dans le testament de saint Louis: _Item, legamus DC. libras ad
burellos emendos pro pauperibus [p. 392] vestiendis_. Le bureau est
cependant un drap plus fort. Quoique les gens du commun soient plus
souvent vÍtus de cette Ètoffe que les gens de qualitÈ (qui se vÍtaient
d'un drap fin de couleur foncÈe, _brunete_), ils n'en ressentent pas
moins le pouvoir de l'amour; c'est ce qu'a voulu dire Jehan de Meung
dans les deux vers suivants:
Comme ausinc bien sunt amoretes
Sous buriaus comme sous brunetes.
Cela signifie aussi que les gens de basse extraction ont souvent autant
d'honneur et de vertu que ceux qui comptent une longue suite de nobles
aÔeux; c'est peut-Ítre ce qui a donnÈ lieu au proverbe: ´Bureau vaut
bien Ècarlate,ª qui est une allusion que fit, en 1518, Michel Bureau,
natif du bas Maine et ÈvÍque de Hieropolis, parlant au cardinal de
Luxembourg, pour lors ÈvÍque du Mans, avec qui il Ètoit en procËs; en
quoi l'on voit l'Èquivoque de son nom, Bureau, pour blanchet ou drap qui
n'est pas teint, avec l'habit de cardinal, estimÈ la plus riche teinture
en draps de laine. (BibliothËque de la Croix du Maine.)
La Fontaine a rendu ‡ peu prËs la pensÈe de Jehan de Meung, dans
l'endroit o˘ Joconde veut persuader ‡ Astolphe de s'attacher une femme
de qualitÈ:
Rien moins, reprit le Roi; laissons la qualitÈ:
Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beautÈ
Que sous les juppes des coquettes.
(Lantin de Damerey.)
[p. 393]
Note 8, pages 22-23.
Vers 4581-4595. Pour la premiËre fois paraÓt ce personnage de _GÈnius_,
incompris jusqu'ici de tous les commentateurs, personnification de
l'amour humain, ennemi implacable des amours honteux, cet ignoble
Ègarement des sens, aussi bien que de l'amour mystique, ce dÈplorable
Ègarement de l'imagination, en un mot, de tous les amours contre nature.
Comme GÈnius arrive l‡ brutalement, sans prÈparation, acteur inconnu
jusqu'ici, et qui doit jouer un si grand rÙle dans le dÈno˚ment du
Roman, il est supposable qu'une partie du passage fut rajoutÈe aprËs
coup.
Note 9, pages 24-25.
Vers 4636-4650. Molinet ne faisant aucune mention des vers suivants, et
ne les ayant pas trouvÈs dans les plus anciens manuscrits, je suis fondÈ
‡ soupÁonner qu'ils ont ÈtÈ rajoutÈs par quelque copiste du XVe
siËcle, et j'ai cru devoir, par cette raison, les retirer du texte de
l'auteur. (MÈon.)
MÈismement en cest Amour
Li plus sage n'i scevent tour.
MËs or entens ge te dirai,
Une autre Amour te descrirai;
De cele voil-ge que por t'ame
Tu aimes la trËs douce Dame,
Si cum dit la sainte Escripture.
Amors est fors, Amors est dure,
Amors sostient, Amors endure,
Amors revient et tous jors dure,
[p. 394]
Amors met en amer sa cure;
Amors leal, Amors sÈure
Sert, et de servise n'a cure;
Amors fait de propre commun,
Amors fait de divers cuers un,
Amors enchausce, ce me semble;
Amors dÈpart, Amors assemble,
Amors joint divers cuers ensemble;
Amors rend cuers, Amors les emble;
Amors despiece, Amors refait;
Amors fait pez, Amors fait plait,
Amors fait bel, Amors fait lait
Toutes heures quant il li plait;
Amors atrait, Amors estrange,
Amors fait de privÈ estrange;
Amors seurprent, Amors emprent;
Amors reprent, Amors esprent:
Il n'est rien que Amors ne face,
Amors tost cuer, Amors tost grace;
Amors deslie, Amors enlace,
Amors occist, Amors alace;
Amors ne crient ne pic ne mace;
Amors ne crient riens c'on lui face.
Amors fist Diex nostre char prendre,
Amors le fist en la croix pendre,
Amors le fist ilec estendre,
Amors li fist le costÈ fendre;
Amors li fist les maus reprendre,
Amors li fist les bons aprendre;
Amors le fist ‡ nous venir,
Amors nous fait ‡ li tenir.
Si cum l'Escripture raconte,
Il n'est de nule vertu conte,
S'Amors ne joint et lie ensemble;
Il m'est avis, et voir me semble
Que pou vaut foi et espÈrance,
Justice, force, n'atrempance,
Qui n'a fine Amors avec soi.
L'Apostre dit, et ge le croi,
[p. 395]
Qu'aumosne faite, ne martire,
Ne bien que nulli sache dire,
Ne vault riens s'Amors i deffaut;
Sans Amors tretout bien deffaut;
Sans Amors n'est homme parfait,
Ne par parole, ne par fait.
Ce est la fin, ce est la somme,
Amors fait tout le parfait homme.
Amors commence, Amors asomme,
Sans Amors n'est mie fait homme.
Amors les enserrÈs desserre,
Amors si n'a cure de guerre;
Fine Amor qui ne cesse point,
A Diex les met, ‡ Diex les joint:
Loyal Amor fait ‡ Diex force,
Car Amor de l'amer s'efforce.
Quant Amor parfondement pleure,
Li vient trËs-grant douceur en l'eure,
Et fine Amor d'amer est yvre,
Car grant douceur Amor enyvre;
Lors li convient dormir ‡ force,
Quant en dormant d'amer s'efforce:
Car Amor ne puet estre oisive,
Tant cum el soit saine ne vive;
Lors dort en mÈditacion,
Puis monte en contemplacion.
Ilec s'aboume, ilec s'esveille,
Ilec voit mainte grant merveille.
L‡ voit tout bien, l‡ voit tout voir,
L‡ trueve tout son estouvoir.
L‡ voit quanque l'en puet vÈoir,
L‡ scet quanque l'en puet savoir.
L‡ aprent quanqu'en puet aprendre,
L‡ prent du bien quanqu'en puet prendre;
MËs quant plus prent et plus aprent,
Et plus son desirier l'esprent,
Tous jors li croist son apetit,
Et tient son assez ‡ petit.
En Amor n'a poirit de clamor,
Chascun puet amer par Amor,
[p. 396]
Quant d'Amor ne te puËs clamer,
Par Amor te convient amer.
De tout ton cueur, de toute t'ame
Veil que aimes la douce dame;
Quant Amor amer la t'esmuet,
Par Amor amer la t'estuet.
Donc aime la vierge Marie,
Par Amor ‡ li te marie;
T'ame ne veult autre mari.
Par Amor ‡ li te mari;
AprËs Jesu-Christ son espous,
A li te doing, ‡ li t'espous,
A li te doing, ‡ li t'otroi,
Sans desotroier t'i otroi.
Note 10, pages 26-27.
Vers 4650-4665. _Saillent_, que nous traduisons par _s'aiment._ La
vÈritable traduction serait: saillir, s'accoupler, consommer l'acte
vÈnÈrien.
Nous avons reculÈ devant I'expression propre, combien que _s'aiment_
affaiblisse l'idÈe de l'auteur. Six vers plus haut, le mÍme cas s'est
prÈsentÈ pour: _Quiconques ‡ fame gÈust_, quiconque couche avec une
femme. Ce sont des expressions intraduisibles dans notre poÈsie moderne.
Nous en rencontrerons bien d'autres, car nous voil‡ loin du douce‚tre
Guillaume. Peut-Ítre avons-nous eu tort, car, pour reculer devant
l'image, le lecteur verra par la suite que nous n'avons pas reculÈ
devant le mot.
Note 11, pages 28-29.
Vers 4682-4696.
Ou se rend dans quelque couvent.
[p. 397]
_Se rend_ signifie: se fait moine. On disait: nonnain rendue, pour:
religieuse converse, religieuse laie. Nonnain rendue se trouve encore
dans ClÈment Marot.
Note 12, pages 28-29.
Vers 4683-4697. _Franchise_ veut dire ici _libertÈ_. On dit encore: _les
franchises_, dans ce sens. A propos de ce mot, nous ferons observer que
pour le vers 4616-4628, la traduction est insuffisante. La vÈritable
traduction serait: _Libres entre eux_, comme dans l'original,
c'est-‡-dire n'ayant aucun lien entre eux, ni de parentÈ, ni de mariage.
L'auteur dÈmontrera plus loin que l'amour aime la libertÈ et qu'il ne
saurait vivre une heure en esclavage. C'est pourquoi on ne voit jamais
de vÈritable amour rÈsister ‡ l'Èpreuve du mariage, et que les plus
heureux amants font les plus mauvais Èpoux.
Note 13, pages 30.
Vers 4715.
Mais Viellesse les en rechasce,
Qui ce ne scet, si le resache.
…videmment, ici s'est glissÈe une erreur d'inadvertance ou d'impression,
commise par MÈon, et que M. Francisque Michel s'est empressÈ de
reproduire. La rime l'indique assez. A notre avis, il faut _resache_ aux
deux vers. Dans le premier cas, _resache_ sera le subjonctif de
_resachier_, retirer, et dans le second le subjonctif de _resavoir_.
[p. 398]
Note 14, pages 38-39.
Vers 4847-4861. _Hostelas_, du verbe _hosteler_, loger quelqu'un; de ce
verbe sont dÈrivÈs _hostel_ et _hostelerie. Hostel_ signifioit _maison_.
Dans la ballade de Villon ‡ sa mie, on lit _l'hÙtel des Carmes_; et dans
l'Amant rendu Cordelier ‡ l'observance d'Amours, on lit pareillement
_hÙtel_. Ce nom ne se donne qu'aux maisons des grands seigneurs: les
juges datent quelquefois de leur _hÙtel_; mais c'est plus par honneur
pour la justice que pour le juge. On donne aussi ‡ Paris le nom
_d'hÙtel_ aux auberges qui ont de l'apparence; si ce titre flatte
l'ambition de ceux qui donnent tout ‡ la vanitÈ des noms, les
provinciaux trouvent souvent de quoi la rabattre lorsqu'il faut compter
de la dÈpense, qui est ordinairement plus grande dans un hÙtel que dans
une hÙtellerie, qui n'en est que le diminutif. Ce que nous appelons
_hÙte_ Ètoit autrefois le nom que l'on donnoit ‡ celui qui venoit loger
dans un _hÙtel: Majores nostri hostem eum dicebant, quem nunc perigrinum
dicimus._ On l'appeloit aussi _hospes_, terme qui convenoit ‡ celui qui
venoit loger dans un endroit, et ‡ celui qui donnoit retraite ou
l'hospice ‡ cet Ètranger.
_Non hostes ab hospite tutus_.
(Ovid., _MÈtamorph_., I.)
Le droit d'hospitalitÈ Ètoit en grande recommandation chez les paÔens.
Jupiter en Ètoit le dieu tutÈlaire; il Ètoit nommÈ _Xenius, seu
hospitalis_: lorsqu'on recevoit un hÙte, on commenÁoit par offrir un
sacrifice ‡ ce Dieu.
On voit dans la Genese de quelle maniËre Abraham [p. 399] reÁut les
trois anges qui vinrent loger chez lui. Chacun sait comment Lot se
comporta pour garantir ses deux hÙtes des brutalitÈs de ses concitoyens,
et comment ManuÈ, au livre des Juges, chap. 13, reÁut l'ange qui Ètoit
venu lui annoncer la naissance de son fils Samson.
_Apud Lucanos lege cavebatur, ut si quis sole occaso divertentes
hospites notos ignotosque domo exigeret [grec: _kakoxeniast_] teneretur,
mulctamque eo nomine pendere cogeretur_. (Alexander ab Alexandro.)
Dans les anciennes lois des Bourguignons, titulo 38: De hospilitate non
negand‡. _Quicumque hospiti venienti tectum, aut focum negaverit, trium
solidorum inlatione mulctetur_.
Et par un dÈcret du concile de Clermont en Auvergne, tenu l'an 544, il
fut enjoint aux prÍtres d'avertir leurs paroissiens de recevoir les
passants, et de ne pas leur vendre les vivres plus cher qu'au marchÈ.
Enfin, ce devoir de charitÈ envers les Ètrangers Ètoit si fort
recommandÈ, que la rËgle de saint BenoÓt, chap. 53, porte: _Frangatur
jejunium propter hospitem ‡ priore_, si ce n'est pas un jour de je˚ne
principal ou ecclÈsiastique. _Si enim quoslibet advenientes jejunio
intermisso reficio, non solvo jejunium, sed impleo charitatis officium_,
dit saint Prosper, lib. 2, _de Vit‚ contemplativ‚_.
Le livre des Usages de CÓteaux, chap. 20, suppose aussi que l'abbÈ doit
rompre le je˚ne en faveur de ses hÙtes.
Anciennement on n'avoit pas des auberges comme ‡ prÈsent; il falloit
aller loger chez des particuliers; chacun savoit o˘ il trouverait un
gÓte; on se rendoit la pareille dans l'occasion.
[p. 400]
Les anciens, comme le remarque Plaute, donnoient la moitiÈ d'une piËce
de monnoie, ou d'une autre marque qu'on appeloit _tessera_; celui qui la
portoit Ètoit reÁu comme un ami de la maison ou comme un ancien hÙte; on
la conservoit prÈcieusement, et elle passoit des pËres aux enfants. Ce
droit d'hospitalitÈ avoit donnÈ lieu ‡ l'Ètablissement des hÙpitaux, en
faveur des passants qui n'avoient point de connoissance dans les
endroits o˘ leurs affaires les appeloient: ces maisons publiques leur
servoient de retraites; mais dans la suite les hÙpitaux, en Europe, sont
devenus la retraite des seuls pauvres, comme l'observe Borel. (Lantin de
Damerey.)
Note 15, pages 46-47.
Vers 4992-5008. _Quoi justum est petito_, etc.
Note 16, pages 50-51.
Vers 5058-5073. _Cers ramages_. M. Francisque Michel traduit par _cerf
sauvage. Ramages_ signifie bien gÈnÈralement _sauvage_, habitant des
bois; mais quand il s'applique au cerf, il dit: Cerf qui a son bois,
cerf ramÈ: _Cervus ramagius, cervus ramosis cornibus ornatus, cui cornua
enascuntur_, dit Du Cange dans son Glossaire.
Note 17, pages 56-57.
Vers 5172-5190. _Omni tempore diligit, qui amicus est_.
Pour le vers prÈcÈdent: _Fortune en eus rien n'a [p. 401] mis_, la
traduction est un peu trop libre, nous le reconnaissons; mais tenant
absolument ‡ conserver au prÈcepte: _Toujours aime qui est amis_, sa
forme concise et Ènergique, nous avons prÈfÈrÈ sacrifier le vers
prÈcÈdent, d'autant plus que le sens reste rigoureusement le mÍme.
Note 18, pages 58-59.
Vers 5190-5210. _Verus amicus prastantior auro_. (C'est aller chercher
bien loin les rÈminiscences.)
Note 19, pages 62-63.
Vers 5267-5287. _Pythagoras_ naquit ‡ Samos vers la 47eolympiade,
environ 590 ans avant J.-C. Il Ètoit fils de Mnesarcus, et, selon
d'autres auteurs, de Marmacus ou de Mnermacus. Ce fut lui qui le premier
prit le nom de philosophe. Sa secte fut nommÈe _l'Italique._ Il
parcourut l'…gypte; il fut en CrËte, ‡ LacÈdÈmone, o˘ il se fit
instruire dans les lois de Lycurgue et de Minos. De l‡ il passa en
Italie, o˘ il ramena ‡ une vie frugale les peuples de Crotone, qui
vivoient dans le luxe; il mourut ‡ MÈtapont, auprËs de Tarente, o˘ on
prÈtend qu'il fut tuÈ dans une Èmeute populaire.
Pythagore eut un grand nombre de disciples; une des rËgles qu'il leur
faisoit observer Ètoit de garder le silence pendant cinq ans; aprËs ce
rude noviciat, ils Ètoient alors admis dans la maison de leur maÓtre, et
alors ils avoient le plaisir de jouir de sa prÈsence et de le regarder
fixement.
Le prÈjugÈ de ses disciples sur sa science Ètoit si [p. 402] violent,
que son autoritÈ toute seule leur tenoit lieu de raison, et lorsqu'ils
soutenoient un sentiment, et qu'on leur en demandoit la preuve, ils se
contentoient de rÈpondre: ´Il l'a dit,ª c'est-‡-dire Pythagore.
(CicÈron, _De la nature des dieux_, traduction de M. l'abbÈ d'Olivet.)
Pythagore soutenoit la mÈtempsicose, ou la transmigration d'une ‚me dans
un autre corps; c'est un sentiment qu'il avoit puisÈ chez les
Gymnosophistes, qui croyoient que la production du monde consistoit en
ce que toutes choses sont sorties du sein de Dieu, et que l'univers
pÈrira par un retour de ces mÍmes choses ‡ leur premiËre origine. Les
Brachmanes du pays de Coromandel soutenoient que le monde pÈrit et se
renouvelle dans certaines pÈriodes de temps. (_Diction. de Bayle_, t.
II, Èdit. de 1715.)
Pythagore, qui se regardoit comme petit monde, prÈtendoit avoir essuyÈ
ces diffÈrentes rÈvolutions, et que son ‚me avoit passÈ du corps
d'Aetalides dans celui d'Euphorbes, tuÈ au siËge de Troie par MÈnÈlas;
qu'elle avoit animÈ les corps d'Hermosine et de Pyrrhus, surnommÈ le
_PÍcheur_, et que de Pyrrhus il Ètoit devenu Pythagore. (_Diogenes
Laerce_, livre VIII.)
On prÈtend que les vers attribuÈs ‡ ce philosophe, qui sont les
principes de sa morale, ont ÈtÈ mis sous cette forme par Lysis, un de
ses disciples, Pythagore n'ayant point laissÈ d'Ècrits: ces vers sont au
nombre de 71; on les appelle dorÈs, pour marquer que dans ce genre c'est
ce qu'il y a de plus excellent et de plus divin; c'est par cette raison
qu'on a donnÈ le titre de _l'Ane d'or_ ‡ l'histoire d'ApulÈe, ‡ cause de
la richesse de son style. On trouve ces prÈtendus vers dorÈs dans le
_Recueil des [p. 403] poËtes grecs_. Hierocles, qui d'athlËte devint
philosophe, fit un commentaire sur les vers de Pythagore. (Lantin de
Damerey.)
Note 20, pages 64-65.
Vers 5282-5304. On voit ici que Jehan de Meung songeait dÈj‡ ‡ faire la
traduction de BoÎce, son auteur favori. (P.M.)
Anicius Manlius Torquatus Severinus Boetius naquit l'an de l'Ëre
chrÈtienne 455. Il fut trois fois consul, et il eut pendant ce temps-l‡
part ‡ la confiance de ThÈodoric, roi des Goths. Il la perdit par la
jalousie de Basile, d'Opilio et de Gaudence, dÈlateurs inf‚mes. BoÎce
fut conduit dans les prisons de Ticino, aujourd'hui Pavie. Ce fut l‡ o˘
il composa son traitÈ, intitulÈ: _Consolatio philosophiae_, divisÈ en
cinq livres, avec d'autres traitÈs de thÈologie.
BoÎce (selon Berthier, _in Praefatione Boethii) fuit logicus
acutissimus, theologus gravissimus, mathematicus solertissimus,
mechanicus artificiosissimus, musicus suavissimus, adhuc orator et poeta
optimus_. En effet, il a Ècrit dans tous ces genres de science.
ThÈodoric lui fit trancher la tÍte, l'an 524, aussi bien qu'‡ Symmachus,
dont BoÎce avoit ÈpousÈ la fille. Ce prince ne survÈcut guËre ‡ un acte
si cruel. Peu de temps aprËs cette exÈcution, on servit sur sa table la
tÍte d'un poisson Ènorme. Il crut que c'Ètoit celle de _Symmachus_ qui
le menaÁoit; un tremblement s'empara de tous ses membres; on le mit dans
son lit, o˘ il mourut agitÈ par les remords de sa conscience, confessant
qu'il avoit eu tort de faire mourir BoÎce et Symmachus sans avoir
apportÈ, [p. 404] en les condamnant, l'attention qu'il donnoit
ordinairement ‡ ses sujets. (Procopius, _Hist. gothica_, lib. primo.)
(Lantin de Damerey.)
Note 21, pages 64-65.
Vers 5295-5318. On lit dans un acte de 1377, rapportÈ par Sauval, qu'‡
cette Èpoque les boucheries de Saint-Marcel Ètoient dÈj‡ trËs-anciennes.
(Lantin de Damerey.)
Note 22, pages 64-65.
Vers 5296-5317. _Pipe_: pipeau, chalumeau, paille, fÈtu. (Voir le
Dictionnaire de FuretiËre.)
Note 23, pages 66-67.
Vers 5324-5346. Nous ferons remarquer ici que, pour la seconde fois, est
nommÈe la Seine. (Voir au dÈbut de la partie de Guillaume.)
Pourquoi ces deux auteurs, natifs tous deux des pays arrosÈs par la
Loire, n'ont-ils pas choisi ce fleuve? L'exemple e˚t ÈtÈ plus frappant
encore, la Seine n'Ètant nommÈe en ces deux cas que pour sa grandeur.
Nous nous croyons autorisÈ ‡ conclure que nos deux auteurs vivaient ‡
Paris, ‡ la cour sans doute, et que le roman tout entier fut Ècrit dans
la capitale, pour charmer les loisirs des grands seigneurs et des hautes
dames de l'aristocratie.
Ainsi s'expliquerait l'absence de manuscrits OrlÈanais anciens, quand il
en subsiste encore un si grand nombre en dialecte picard ou bourguignon.
[p. 405]
Note 24, pages 66-67.
Vers 5333-5355. _Phisicien_. On donnoit autrefois ce nom ‡ ceux qui
exerÁoient la mÈdecine, parce qu'on les supposoit devoir Ítre habiles
dans la science de la nature, en grec _physis._
Les seuls ecclÈsiastiques se mÍloient de mÈdecine en France, et il n'y
eut point de mÈdecins mariÈs dans ce royaume avant l'an 1452. Par une
ordonnance de Philippe de Valois, il ne devoit y avoir en cour qu'un
physicien, ‡ 20 sous tournois par jour. (Pasquier, liv. VIII, chap. 26.)
Ce poste, quoique fort beau, seroit moins recherchÈ, si on agissoit ‡
l'Ègard du physicien comme Gontran, roi d'OrlÈans, qui fit mourir les
deux mÈdecins de la reine Austregisilde, sa femme, qui le lui avoit
recommandÈ en mourant, parce qu'elle croyoit mourir par leur faute. (Du
Tillet, _Recueil des rois de France_.)
Il paroÓt, par ce que dit Jehan de Meung de l'aviditÈ des mÈdecins et
des avocats de son temps, qu'elle approchoit fort de celle que l'on
remarque aujourd'hui parmi quelques-uns de ceux qui professent ces deux
arts. Ceux qui les exercent avec honneur et dÈsintÈressement ne
prendront point pour eux ce distique d'un ancien:
_Vulpes amat fraudem, lupus agnum, femina laudem;_
_Vulnus amat medicus, praesbyter interitus_.
Je remarquerai en passant qu'il Ètoit dÈfendu par la loi _Cincia_, ‡
ceux qui avoient soutenu en justice le droit des parties, de recevoir de
l'argent ni des prÈsents; dans la suite, NÈron leur permit de dÈroger ‡
cette loi. (Lantin de Damerey.) [p. 406]
Note 25, pages 68-69.
Vers 5349-5371.
Cil qui por vaine gloire tracent:
La mort de lor ames porchacent,