Ici l'homme jaloux commence 8815
A crier et sa femme tance
Devant tous, l'appelant catin,
Coureuse et mauvaise putain.
Pour ce voit-on en mariage,
Quand le mari pense Ítre sage,
Qu'il gourmande sa femme et bat
Et la fait vivre en tel dÈbat,
Qu'il lui dit qu'elle est sotte et folle
De tant muser ‡ la karole
Et de rechercher si souvent
Des gents varlets l'accointement,
Et qu'il n'est bonne amour qui dure
Lorsque de tels maux on endure,
Ce parce qu'il veut seul avoir
Le corps de sa femme et l'avoir.
Vous Ítes trop, dit-il, fringante
Et trop d'allures provocante.
SitÙt qu'‡ mon travail je cours,
TÙt vous sautez, balez toujours
Et chantez comme une syrËne
(Dieu vous mette en male semaine!)[90],
Et menez tels amusements
Qu'ils semblent vils dÈportements.
Quand je vais ‡ Rome ou en Frise
DÈbiter notre marchandise,
Si coquette on vous voit tantÙt,
Car je sais bien quel est mon lot,
[p.286]
Que par tout en va la parole; 8801
Et quant aucuns vous en parole
Porquoi si cointe vous tenÈs
En tous les leus o˘ vous venÈs,
Vous respondÈs: Hari, hari,
C'est por l'amor de mon mari.
Por moi, las! dolereus chÈtis,
Qui set se ge forge ou ge tis,
Ou se ge sui ou mors ou vis?
L'en me devroit flatir o˘ vis
Une vessie de mouton.
Certes ge ne vail ung bouton,
Quant autrement ne vous chasti;
Moult m'avÈs or grant los basti
Quant de tel chose vous vantÈs:
Chascun set bien que vous mentÈs.
Por moi, las! doleureus, por moi,
Maus gans de mes mains enformoi,
Et crueusement me dÈÁui
Quant onques vostre foi reÁui
Le jor de nostre mariage,
Por me mener tel rigolage.
Por moi menÈs-vous tel bobant,
Qui cuidiÈs-vous aler lobant?
J‡ n'ai-ge mie le pooir
De tiex cointeries vÈoir,
Que cil ribauz saffre, friant,
Qui ces putains vont espiant,
Entor vous remirent et voient,
Quant par ces ruÎs vous convoient.
A cui parÈs-vous ces chastaignes[91]?
Qui me puet faire plus d'engaignes?
Vous faites de moi chape ‡ pluie,
Quant orendroit lÈs vous m'apuie.
[p.287]
Qu'incontinent chacun en glose, 8843
Et s'il vous demande la cause
Pourquoi si belle vous tenez
En tous les lieux o˘ vous venez
De votre Èpoux pendant l'absence,
Alors avec grande impudence,
Vous rÈpondez: ´Hari, hari,
C'est pour l'amour de mon mari.ª
Pour moi, combien que je p‚tisse,
Qui sait si je forge ou je tisse,
Si je suis mort ou bien vivant?
Je ne vaux un bouton vaillant
Quand autrement ne vous ch‚tie;
On me devrait une vessie
De mouton envoyer au nez.
Le beau renom que me donnez!
Car moi, malheureux, pris au piÈge,
De quels gants mes deux mains gantÈ-je?
Quand de ceci vous vous vantez,
Chacun sait bien que vous mentez.
Pour moi faites-vous telle chËre?
Qui pensez-vous tromper, ma chËre?
Je fus cruellement dÈÁu,
Votre foi lorsque j'ai reÁu
Le jour de notre mariage,
Pour me mener tel rigolage!
Vous savez bien que n'ai pouvoir
De tant de belles choir voir,
Mais ces ribauds qu'elles attirent,
Ces vils goinfres qui vous admirent
Et vous suivent par les chemins
Comme tretoutes ces putains;
Je suis votre capote ‡ pluie
Lorsqu'‡ votre bras je m'appuie.
[p.288]
Ge voi que vous estes plus simple 8835
En cel sorcot, en cele guimple,
Que torterele ne coulons;
Ne vous chaut s'il est cors ou lons,
Quant sui tous seus lÈs vous presens.
Qui me donroit quatre besens,
Combien que debonnaire soie,
Se por honte ne le laissoie,
Ne me tendroie de vous batre,
Por vostre grant orguel abatre:
Et sachiÈs qu'il ne me plest mie
Qu'il ait en vous nule cointie,
Soit ‡ karole, soit ‡ dance,
Fors solement en ma prÈsence.
* * * * *