MARS

Il y avait quelque chose de plus beau que la brochure de M. de C----;

c'était son silence. Il a eu tort de le rompre. Les Achilles dans leur

tente sont plus formidables que sur le champ de bataille.

13 mars.--Combinaison Casimir Périer. Un homme qui engourdira la

plaie, mais ne la fermera pas; un palliatif, non la guérison; un

ministère au laudanum.

«Quelle administration! quelle époque! où il faut tout craindre et

tout braver; où le tumulte renaît du tumulte; où l'on produit une

émeute par les moyens qu'on prend pour la prévenir; où il faut

sans cesse de la mesure, et où la mesure paraît équivoque, timide,

pusillanime; où il faut déployer beaucoup de force, et où la force

paraît tyrannie; où l'on est assiégé de mille conseils, et où il faut

prendre conseil de soi-même; où l'on est obligé de redouter jusqu'à

des citoyens dont les intentions sont pures, mais que la défiance,

l'inquiétude, l'exagération, rendent presque aussi redoutables que des

conspirateurs; où l'on est réduit même, dans des occasions difficiles,

à céder par sagesse, à conduire le désordre pour le retenir, à se

charger d'un emploi glorieux, il est vrai, mais environné d'alarmes

cruelles; où il faut encore, au milieu de si grandes difficultés,

déployer un front serein, être toujours calme, mettre de l'ordre

jusque dans les plus petits objets, n'offenser personne, guérir toutes

les jalousies, servir sans cesse, et chercher à plaire comme si l'on

ne servait point!»

Voilà, certes, des paroles qui caractérisent admirablement le moment

présent, et qui se superposent étroitement dans leurs moindres détails

aux moindres détails de notre situation politique. Elles ont quarante

ans de date. Elles ont été prononcées par Mirabeau, le 19 octobre

1789. Ainsi les révolutions ont de certaines phases qui reviennent

invariablement. La révolution de 1789 en était alors où en est la

révolution de 1830 aujourd'hui, à la période des insurrections.

Une révolution, quand elle passe de l'état de théorie à l'état

d'action, débouche d'ordinaire par l'émeute. L'émeute est la première

des diverses formes violentes qu'il est dans la loi d'une révolution

de prendre. L'émeute, c'est l'engorgement des intérêts nouveaux,

des idées nouvelles, des besoins nouveaux, à toutes les portes trop

étroites du vieil édifice politique. Tous veulent entrer à la fois

dans toutes les jouissances sociales. Aussi est-il rare qu'une

révolution ne commence pas par enfoncer les portes. Il est de

l'essence de l'émeute révolutionnaire, qu'il ne faut pas confondre

avec les autres sortes d'émeute, d'avoir presque toujours tort dans la

forme et raison dans le fond.

Littérature et Philosophie mêlées · 第 48 / 86 题