_Marie-Magdeleine_, la belle oeuvre de M. Maurice Maeterlinck,
représentée pour la première fois à Nice en mars dernier, et que nous
allons publier dans un de nos prochains numéros, vient de retrouver, sur
la scène du Châtelet, le grand succès qui l'accueillit naguère. Son
action, ramassée et vivante, se développe en trois actes pour lesquels
M. Maxime Dethomas a composé des décors dont la sobriété somptueuse
s'accorde à merveille au style incisif et coloré de l'oeuvre. C'est
l'aventure de Marie de Magdala, courtisane, que la curiosité porta sur
les pas du Nazaréen et qui ne s'en détacha plus. Cette oeuvre, d'une
haute tenue littéraire, est d'une grande vérité humaine. Le paganisme et
la chrétienté y opposent leurs philosophies différentes. Et quelle
atmosphère troublée et troublante! Le mystère s'y renforce de réalisme.
La résurrection de Lazare, si puissamment matérialisée, est un des
moments les plus pathétiques de ce drame émouvant. Mme Georgette
Leblanc-Maeterlinck, aux belles lignes souples et sinueuses, a
magnifiquement incarné Marie-Magdeleine sous ses deux aspects, d'abord
celui de la courtisane vaniteuse, cruelle et lascive, puis celui de la
pécheresse repentie, si touchante d'humilité et de résignation.
Il y a près d'un siècle que Chateaubriand écrivit le _Moïse_ dont
l'Odéon vient d'offrir en spectacle à ses abonnés la tardive «première
représentation». Le sujet de cette tragédie est assez simple: un fils
d'Aaron s'est épris d'une Amalécite; l'étrangère le pousse à renier le
Dieu d'Israël; mais Moïse, chargé des tables de la Loi, redescend
opportunément du Sinaï pour empêcher l'abjuration. Le public a manifesté
plus de respect que d'enthousiasme pour cette oeuvre haute, froide,
claire, d'inspiration apparemment racinienne et d'une humanité sans
doute un peu conventionnelle. La forme en est supérieure au fond. Elle
abonde en beaux vers sonores que de dévoués artistes ont fait applaudir.
[Illustration: Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck au second et au
troisième acte de _Marie-Magdeleine_. _Phot. Gerschel._]
_Ce numéro est complété par quatre pages non brochées: LA SCULPTURE AU
SALON._
MON VOISIN DE TABLE D'HOTE, par Henriot.