Une lugubre affaire, encore incomplètement éclaircie, et qui rappelle,
par sa mystérieuse horreur, les contes les plus angoissants d'Edgar Poe,
passionne en ce moment Madrid, où son sinistre héros, le capitaine
Manuel Sanchez Lopez, chef du personnel à l'École de guerre, était fort
connu.
Le 24 avril dernier, on constatait la disparition d'un joueur de
profession, nommé Rafaël Garcia Jalon, et, deux jours après, on
apprenait qu'une jeune fille avait tenté de toucher à la caisse de son
cercle un jeton de 5.000 pesetas que Jalon y avait pris, en recommandant
de ne le changer qu'à lui-même. Une rapide enquête permit d'établir que
cette jeune fille était Marie-Louise Sanchez; elle fut aussitôt arrêtée,
puis relâchée, devant ses dénégations et celles de son père. Sur ces
entrefaites, une perquisition, opérée au domicile du capitaine, à
l'École de guerre, amena la découverte, dans les égouts, de lambeaux de
chair humaine. Au cours des recherches, on remarqua, au fond d'une
chambre de débarras de l'appartement, une cloison qui semblait
nouvellement replâtrée; quelques coups de pioche mirent à jour une
cachette où gisaient des os brisés, des vêtements que l'on reconnut pour
être ceux de Jalon, et les instruments ayant servi à dépecer le cadavre.
Ces funèbres débris furent portés dans la cour du manège attenant.
En même temps qu'on appréhendait Sanchez et sa fille, on jetait en
prison un caporal et trois soldats, convaincus de complicité. Depuis,
Marie-Louise Sanchez a avoué le crime et accusé formellement son père, à
qui l'enquête impute d'autres forfaits plus anciens, et qui, malgré des
charges accablantes, continue à protester de son innocence.