S'il est, en ce moment, un personnage auquel s'applique, dans la plus
large acception du terme, la qualification d' «homme du jour», c'est
assurément le président des États-Unis; l'attention universelle, en
effet, se porte vers lui pour les mêmes raisons qui, depuis dix-huit
mois, la retiennent anxieusement fixée sur la grave conflagration
allumée en Extrême-Orient.
On sait par quelle initiative opportune vient de se signaler M. Théodore
Roosevelt. A la date du 8 juin, il a adressé aux gouvernements russe et
japonais une note dont la substance se résuma ainsi: «Le président
estime que l'heure est venue où, dans l'intérêt de toute l'humanité, il
doit rechercher s'il n'est pas possible de mettre fin à ce terrible et
lamentable conflit... Il presse vivement les belligérants d'ouvrir des
négociations directes en vue de conclure la paix, n'ayant, quant à lui,
en amenant une conférence entre les deux puissances, d'autre dessein que
de contribuer à un heureux résultat, conforme aux souhaits du monde
civilisé tout entier.»
La publication de ce document, immédiatement suivie de pourparlers
préliminaires, a eu un retentissement immense, et l'acte a été salué
d'un concert unanime d'éloges, tant en raison de ses conséquences
éventuelles que des hautes considérations qui l'ont inspiré.
[Illustration: M. THÉODORE ROOSEVELT, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
D'AMÉRIQUE qui vient d'intervenir auprès du tsar et du mikado en faveur
de la paix. _Photographie prise, il y a quelques semaines, dans le
Colorado, où le Président chassait l'ours, vêtu en "rough-rider"._]
Certes, il fait le plus grand honneur à son auteur; mais, étant donnée
la personnalité du président actuel de la République transatlantique,
cette généreuse initiative, cette intervention influente suggèrent une
curieuse remarque, laquelle, d'ailleurs, n'est pas pour en diminuer le
mérite.
Un homme d'action avant tout, malgré son incontestable culture
intellectuelle; un apologiste fervent de la force et de l'énergie, ainsi
qu'en témoignent ses écrits et ses discours; un chasseur passionné,
comme le furent de tout temps la plupart des guerriers entraînés aux
combats humains par la lutte contre les bêtes, quittant volontiers,
quand il en trouve le loisir, la tranquille résidence de la
Maison-Blanche pour aller, dans les déserts sauvages du Far-West, en un
équipage des plus frustes, avec une escorte de cow-boys, rechercher les
émotions et courir les risques de la grande chasse à l'ours; un soldat
plein de vaillance et d'entrain, créateur de ce fameux corps de
cavaliers volontaires, les rough-riders, à la tête duquel, lors de la
dernière guerre hispano-américaine, il battit l'ennemi et conquit la
popularité; enfin, un chef d'État partisan déclaré et artisan déterminé
du développement de la puissance militaire de la vaste fédération dont
il dirige les destinées,--tel apparaît, en ses traits principaux, une
des figures les plus caractéristiques de l'histoire contemporaine. Ce
n'est pas, précisément, celle d'un apôtre de certaines doctrines
prêchées du haut de diverses tribunes: M. Roosevelt n'est point un
«pacifiste». Or, voici que, d'un beau geste résolu, il vient de prendre,
dans d'importantes conjonctures, le rôle de «pacificateur». Y a-t-il là
une antinomie, une contradiction? La question offre sujet à controverse
théorique; mais, esprit éminemment pratique, l'ancien élève de
l'université de Harward n'aurait pas de peine à se justifier du reproche
d'inconséquence, en citant à propos le vieil adage, encore vrai
aujourd'hui: _Si vis pacem, para bellum._
L'anéantissement, à Tsou-Shima, de la flotte russe, demeurera, dans
l'histoire des guerres maritimes, comme l'un des événements les plus
tragiques, un des désastres les plus épouvantables qu'on aura vus. Tant
de vies sacrifiées en quelques heures, tant d'espérances d'un seul coup
anéanties, sont pour faire rêver à jamais. L'écroulement de Waterloo, ce
coup suprême d'une fatalité qui s'acharnait, soulève à peine de pareils
regrets et de pareilles rages.
Maintenant, si l'on détourne un instant les regards de l'infortune
irréparable qui atteint tout un grand pays, c'est pour les reporter vers
le lit de douleur où l'amiral Rojestvensky déplore, sans doute, de
n'avoir pas trouvé, au milieu de ses frères d'armes, une mort glorieuse,
de n'avoir pas partagé le sort des héros sans nom engloutis avec leurs
navires dans la grande mer, au cours de ces journées néfastes.
[Illustration: VISITE DE L'AMIRAL TOGO A L'AMIRAL ROJESTVENSKY, A
L'HOPITAL MARITIME DE SASEBO]
Il avait accompli, en amenant son escadre jusque dans les mers
d'Extrême-Orient, un effort surhumain, un exploit qui émerveille les
hommes de mer les plus rompus au périlleux métier. Selon l'expression de
l'amiral Bienaimé, il n'a pas eu pour lui le Dieu des batailles, mais il
a, dans son superbe héroïsme, tout fait pour le mettre de son côté. Et
tant de science dépensée, tant de courage, tant d'abnégation, ont abouti
à cette effroyable catastrophe.
Il pensa, un moment, peut-être, échapper à l'ultime infortune pour un
soldat. Il espéra éviter d'être la proie du vainqueur. Un
contre-torpilleur russe l'avait pris à son bord, blessé, sanglant, au
soir du combat, lorsque tout fut perdu,--fors l'honneur. Deux navires
japonais, envoyés à la découverte, après avoir fouillé toute la nuit
l'Océan, rejoignaient au jour deux bateaux russes, dont l'un put encore
s'enfuir. L'autre demeura en panne, n'ayant plus d'eau, plus de charbon,
le drapeau blanc hissé à son mât de misaine, le pavillon de la
Croix-Rouge à son arrière: c'était le _Biedovy_ qui portait Rojestvensky
et son état-major.
Les officiers russes supplièrent en grâce leurs ennemis de laisser leur
chef sous leur garde, sur le navire où il était, de lui éviter une
souffrance de plus. Les Japonais y consentirent, mais placèrent sur le
pont du _Biedovy_ une garde armée, en stipulant froidement qu'elle
exécuterait, sans faillir, l'amiral, au cas où d'autres vaisseaux russes
arriveraient et tenteraient de l'enlever.
Il arriva ainsi à Sasebo à la remorque du _Sazanami_, par une mer
houleuse, dure aux pauvres blessés ballottés à ses soubresauts furieux.
Enfin, l'amiral put être transporté à l'hôpital où des soins dévoués
l'entourèrent, et la chevalerie des vainqueurs, cette fois, ne ménagea
rien de ce qui pouvait adoucir cette immense infortune, lui faire
oublier le traitement martial à l'excès qu'on lui avait infligé sur le
_Biedovy_.
Il était blessé en six endroits. A peine reposait-il dans le petit lit
blanc que le ministre de la marine, l'amiral Yamamoto, lui faisait
porter des fleurs par brassées, accompagnant l'envoi de cette touchante
dépêche:
«Veuillez me permettre de vous exprimer tout mon respect pour la façon
toute militaire dont vous avez rempli votre devoir en combattant
désespérément pour votre pays.
» Laissez-moi vous dire combien je regrette vos blessures. J'espère que
les ressources de nos hôpitaux navals, les capacités de nos chirurgiens
de marine, soulageront vos souffrances et vous rendront promptement la
santé.»
Un peu plus tard, le 2 juin, l'amiral Togo, son adversaire de
Tsou-Shima, venait en personne rendre visite à l'amiral russe. Il le
trouva enveloppé de bandages, pâle, fébrile et les yeux hagards.
Quand il vit l'amiral japonais, Rojestvensky voulut se soulever et il se
soutint un moment en s'appuyant sur le coude, écoutant Togo lui exprimer
ses regrets de le rencontrer dans des circonstances aussi douloureuses.
Le blessé souffrait visiblement. Togo eut pitié et, après avoir ajouté
qu'il était venu seulement pour prendre de ses nouvelles, il le pria de
se recoucher à son aise.
Ce sont là des démarches, des soucis, qui honorent grandement les
Japonais. Mais quelles prévenances, quels hommages sauraient calmer
l'amertume qui doit gonfler l'âme de ce marin admirable, dont la
vaillance aurait mérité de désarmer le sort obstinément contraire aux
armes russes?
[Illustration: 1. Les autorités allant inspecter la route (au volant: M.
Joly, préfet du Puy-de-Dôme). (_Phot. Bliès_.)--2. En attendant la
course: les montreurs d'ours.--3. La passerelle de Vauriat (pour les
automobiles).--4. La passerelle de Rochefort (pour les piétons).--5.
L'épandage et l'étalage automatiques du goudron.--6. Une tribune, en
haut de la côte de Grudelle.--7. La passerelle de Laqueuille (pour les
automobiles).--8. Les voitures concurrentes dans la cour de la gare de
Laqueuille.]
LA COUPE GORDON-BENNETT AU CIRCUIT D'AUVERGNE.--Sur la route.
[Illustrations: M. Sisz (voiture Renault). M. Bernin, sur voiture
Renault. M. Rougier (voiture de Dietrich).
M. Girardot, sur voiture Charron-Girardot-Voigt. M. Duray sur voiture de
Dietrich M. Rigolly, sur voiture Gobron-Brillié.
M. Théry, sur voiture Richard-Brasier. M. Wagner, sur voiture Darracq.
M. A. Clément fils, sur voiture Bayard-Clément.
M. Lavergne, sur voiture Hotchkiss. M. Stead (voiture Richard-Brasier).
M. H. Farman, sur voiture Panhard-Levassor.
M. Le Blon (voiture Hotchkiss,) M. Hanriot (voiture Bayard-Clément). M.
Gabriel (voiture de Dietrich) M. Heath (voiture Panhard-Levassor).
M. Edmond sur voiture Renault. M. A. Fournier (voiture Hotchkiss). M.
Caillois (voiture Richard-Brasier), M. Teste, sur voiture
Panhard-Levassor.]
Conducteurs et voitures des Éliminatoires françaises. LA COUPE
GORDON-BENNETT AU CIRCUIT D'AUVERGNE.
[Illustration: M. Michelsen. UNE SÉANCE HISTORIQUE DU PARLEMENT
NORVÉGIEN (7 juin.)--M. Michelsen, président du Conseil d'État, lit
l'adresse notifiant au roi Oscar la séparation de la Norvège et de la
Suède.]
[M. Olsson (Guerre). M. Arctander. M. Michelsen (Président). M. Lovland
(Affaires étrangères). M. G. Knudsen. M. Vinje. M. Bathner. M. Hagerup
Bull (Justice). M. Lehmkicht. M. C. Knudsen (Instruction publique). UNE
RÉVOLUTION PACIFIQUE EN NORVÈGE.--Les membres du gouvernement
provisoire. _Photographies Hilfling-Rasmussen._]