Les gros fardiers, chargés de tonnes d'huile,
les camions des arroseurs qui éclaboussent,
les banquises d'oranges ou de citrons,
les monceaux de cabas ou de corbeilles,
les balais de millet, les fourches de bois dur,
les meules de moulin où l'on s'achoppe
et les bringuebales qui traînent les poutres,
que sais-je, moi? dans le sablon du Rhône
on voyait tout, jusque fondre les cloches!
Mais puis c'était le Pré! Et ses baraques,
les rangées de baraques innombrables,
et les marchands forains qui en famille
y mangeaient en plein air un coeur de céleri:
il faudrait l'avoir vu en toute plénitude,
cela, le «beau dimanche» de Beaucaire!
Tous les mariés du pays d'Argence,
de celui de Jarnègue et de la terre d'Arles,
tous les amoureux des Alpilles,
de la Vau-Nage tous les couples,
de la Vistrenque et de la Gardonenque,
au grand soleil, à la face d'un peuple,
venaient y promener, ce jour-là, leur triomphe.
Sous les tentures fraîches des allées,
chacun serrant le bras de sa chacune,
n'était-ce pas délicieux de les voir
vagabonder, marchander leurs emplettes
et s'offrir en cadeau des «bagues d'aïe[5]» pour rire!
Il n'y avait, à pareil jour, qu'un cri de gloire
ébaudissant l'ombre des promenades:
qu'elle fût artisane ou paysanne,
fût-elle bourgeoise ou marquise,
il n'y avait qu'un cri pour la plus belle tête
ou pour l'élégance de la plus cossue
qui tout l'an faisait loi, dictant la mode.