XXIV

--«Et il en reste!»

fait le prince en riant. A l'horizon,

chaperonnés de neige blanchissante,

les sommets du Vercors piquent l'espace.

Les troupeaux transhumants de la Crau, à cette heure,

broutent là-haut les herbes drues,

le cytise fleuri, la pimprenelle:

car c'est aux bergers d'Arles que l'usage

de toutes ces Alpes et cimes lointaines

depuis des milliers d'années est dévolu.

Et jusqu'au Nivolet de la Savoie,

et jusqu'au pic escarpé du Viso,

et loin, bien loin, jusqu'à ce mont Genièvre

qui départit les eaux de France et d'Italie,

à eux tout appartient. Et de quoi se prévalent

les conquérants les plus goulus

qui eurent tour à tour empire sur le Rhône,

les Charlemagne avec les Bonaparte,

les Annibal et les César de Rome,

pour avoir franchi ces hauteurs!

lorsque tous les printemps, en caravane,

lorsque tous les étés et les automnes,

avec leurs grands boucs qui ouvrent la trace

parmi la neige grenue des _névés_,

suivis de leurs innombrables brebis,

le bâton à la main, jouant du fifre,

nos pâtres, eux, gravissent et passent les montagnes!

[Illustration]

[Illustration]

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 170 / 296 题