«Vous voici dans la solitude et j’espère que celui que le brave Curé
d’Ars appelle le Grappin vous laisse un peu en paix[10]. Je prie pour
cela matin et soir. En tout cas, ayez confiance, refusez avec lui toute
discussion. Et quand même les prières à la Vierge vous paraîtraient des
sons vains, faites-les. Ce sont, d’ailleurs, les plus agréables à Dieu,
les prières faites sans joie, presque sans espoir parce qu’elles
coûtent. Les autres sont aisées et, par conséquent, valent moins.
[10] Je venais de subir des attaques démoniaques d’une particulière
violence.
«Dites-vous bien aussi que la souffrance est la marque de l’amour divin.
Il n’est pas un des Saints qu’il n’ait broyé. Rappelez-vous la réponse
de Jésus à sainte Térèse, accablée de maux, et finissant tout de même
par se plaindre à Lui de ses rigueurs:--_Ma fille, c’est ainsi que je
traite ceux que j’aime._ Voyez, il nous traite nous, les convertis, les
bons salauds, comme ses vrais amis!
«Comme je vous l’ai dit, c’est très bon signe. N’empêche que c’est
affreux. J’en ai su et j’en sais encore quelque chose, n’étant pas
précisément heureux au point de vue spirituel, et au point de vue
corporel. Mais je me dis que c’est, sans doute, autant de moins à valoir
dans le Purgatoire et je me console.
«Songez aussi, bien cher ami, qu’il y a un peu de bonne ruse chez le
Seigneur. Il est souvent le plus près de nous alors que nous le croyons
le plus loin. Il laisse agir le Prince des Mufles qui, sans le vouloir,
nous épure. Car, en fin de compte, c’est à cela que toutes ses ridicules
persécutions aboutissent.
«Soyez donc content: la Sainte Vierge vous a recueilli. En dépit de tous
les cahots, tout ira donc très bien.»