Une conversion, c’est une rentrée dans l’ordre.
L’Église catholique, étant la seule qui ait mission de Dieu pour
apprendre à l’homme à réfréner ses passions, est aussi la seule qui ait
pouvoir pour l’admettre dans cet ordre surnaturel.
Quiconque nie ce pouvoir par ignorance, par orgueil ou par sensualité,
se trouve hors la loi divine. Il possède peut-être des vertus
naturelles, mais ces vertus ne donneront point ce qu’elles auraient pu
donner, éclairées par la foi.
L’Église lui dit:--Il faut m’obéir parce que je suis _la Vérité_.
Lui répond:--Je n’obéirai pas, préférant _ma vérité_.
A moins qu’il ne demande, avec le sourire dédaigneux du faux sage:
Qu’est-ce que la vérité?
Cela, c’est la fleur de néant, la corolle aux parfums empoisonnés: le
scepticisme qui tue l’âme.
Soit qu’il nie, soit qu’il mette les illusions de son orgueil au-dessus
des enseignements de l’Église, soit qu’il oscille, comme une boussole
affolée, entre le _pour_ et le _contre_, le pauvre égaré souffre du
désordre qui règne en lui.
Or pour qu’il rentre dans l’ordre, il faut que Dieu lui départisse, par
son Saint-Esprit, une grâce de conversion.
Malgré le matérialisme du siècle, le fait se produit quelquefois,
souvent même, depuis vingt-cinq ans environ. Il semble que, pour
l’avenir très sombre qui se prépare, Dieu se recrute de nouveaux
combattants.
Oui, des âmes rentrent dans la Voie unique: n’être qu’un organisme
régalant ses instincts les dégoûta. Les folles théories d’une science
infatuée d’elle-même leur parurent ce qu’elles sont en effet--du vent.
Elles reconnurent l’inanité de cette aberration d’origine protestante:
la morale laïque. Brebis noires, redevenues blanches dès qu’elles eurent
franchi le seuil du Bercail où le Cœur de Jésus-Christ rayonne comme un
soleil d’amour, elles ont crié leur gratitude et leur joie.
Dans les pages qui suivent, j’ai coordonné et analysé plusieurs de ces
récits de conversions. Si j’ai su intéresser, peut-être Dieu
daignera-t-il en user pour toucher quelques âmes encore errantes loin de
lui. C’est la seule récompense que j’ambitionne...
Or ce livre représente trois ans d’oraison, de méditations, d’études, de
notes accumulées et un dur travail de réalisation.
Si je mentionne ce détail, c’est parce que des critiques--d’ailleurs
amicaux et à qui je dois de la reconnaissance--ont naguère insisté sur
le coureur de routes que je fus--_pour le service de la Sainte Vierge_.
Mais ceux qui me connaissent davantage savent que, par la Grâce de Dieu,
je peux aussi vivre dans la retraite et passer de longs jours à noircir
du papier. Du reste, en la présente occasion, je fus soutenu, vivifié
par les prières des bons religieux de Lérins--qui ne me permettent pas
de dire ce que je pense d’eux.
Un dernier mot: Amis de partout qui m’écrivez, qui m’aimez, qui
m’encouragez, qui priez sans cesse pour moi, veuillez considérer ceci:
mon nom, en latin, veut dire _filet_. Oh! je le sais mieux que personne:
la trame de ce réseau est fort lâche et il y manque bien des mailles.
Mais enfin il a plu au bon Maître de s’en servir, à plusieurs reprises,
pour capturer des âmes. Peut-être, s’en servira-t-il encore pour en
prendre d’autres.
C’est pourquoi j’ai demandé à ma Mère, Notre-Dame de Bon Conseil,
qu’elle vous inspire de répandre ce livre. S’il vaut quelque chose, s’il
fait du bien, frères et sœurs en Jésus-Christ, ne serez-vous pas heureux
à la pensée que vous aurez ainsi contribué à verser la Lumière qui
rachète et qui guérit en des cœurs désolés, saignants, noyés, jusqu’à ce
jour, «dans les ténèbres extérieures?...»
Abbaye de Sainte-Marie de Lérins, 11 février 1913, fête de la première
apparition de la Sainte Vierge à Lourdes.