Il y avait à Valence, en Espagne, deux amies, femmes très honnêtes, et
des familles les plus distinguées. L'une d'elles fut courtisée par un
officier français, qui l'aima avec passion, et au point de manquer la
croix après une bataille, en restant dans un cantonnement auprès d'elle,
au lieu d'aller au quartier général faire la cour au général en chef.
A la fin, il en fut aimé. Après sept mois de froideur aussi désespérante
le dernier jour que le premier, elle lui dit un soir: «Bon Joseph, je
suis à vous.» Il restait l'obstacle d'un mari, homme d'infiniment
d'esprit, mais le plus jaloux des hommes. En ma qualité d'ami, j'ai dû
lire avec lui toute l'histoire de Pologne, de Rulhière, qu'il
n'entendait pas bien. Il s'écoula trois mois sans qu'on pût le tromper.
Il y avait un télégraphe les jours de fêtes, pour indiquer l'église où
l'on irait à la messe.
Un jour, je vis mon ami plus sombre qu'à l'ordinaire; voici ce qui
allait se passer. L'amie intime de Doña Inezilla était dangereusement
malade. Celle-ci demanda à son mari la permission de passer la nuit
auprès de la malade, ce qui fut aussitôt accordé, à condition que le
mari choisirait le jour. Un soir, il conduit doña Inezilla chez son
amie, et dit, en badinant et comme inopinément, qu'il dormira fort bien
sur un canapé, dans un petit salon attenant à la chambre à coucher, et
dont la porte fut laissée ouverte. Depuis onze jours, tous les soirs,
l'officier français passait deux heures, caché sous le lit de la malade.
Je n'ose ajouter le reste.
Je ne crois pas que la vanité permette ce degré d'amitié à une
Française.