D'abord le plaisir ne produit pas la moitié autant d'impression que la
douleur, ensuite, outre ce désavantage dans la quantité d'émotion, la
_sympathie_ est au moins la moitié moins excitée par la peinture du
bonheur que par celle de l'infortune. Donc les poètes ne sauraient
peindre le malheur avec trop de force; ils n'ont qu'un écueil à
redouter, ce sont les objets qui inspirent le _dégoût_. Encore ici, le
_taux_ de cette sensation dépend-il de la monarchie ou de la république.
Un Louis XIV centuple le nombre des objets répugnants (Poésies de
Crabbe).
Par le seul fait de l'existence de la monarchie à la Louis XIV
environnée de sa noblesse, tout ce qui est simple dans les arts devient
grossier. Le noble personnage devant qui on l'expose se trouve insulté;
ce sentiment est sincère, et partant respectable.
Voyez le parti que le tendre Racine a tiré de l'amitié héroïque, et si
consacrée dans l'antiquité, d'Oreste et de Pylade. Oreste tutoie Pylade,
et Pylade lui répond _Seigneur_. Et l'on veut que Racine soit pour nous
l'auteur le plus touchant! Si l'on ne se rend pas à un tel exemple, il
faut parler d'autre chose.