CXXXVII

D'abord le plaisir ne produit pas la moitié autant d'impression que la

douleur, ensuite, outre ce désavantage dans la quantité d'émotion, la

_sympathie_ est au moins la moitié moins excitée par la peinture du

bonheur que par celle de l'infortune. Donc les poètes ne sauraient

peindre le malheur avec trop de force; ils n'ont qu'un écueil à

redouter, ce sont les objets qui inspirent le _dégoût_. Encore ici, le

_taux_ de cette sensation dépend-il de la monarchie ou de la république.

Un Louis XIV centuple le nombre des objets répugnants (Poésies de

Crabbe).

Par le seul fait de l'existence de la monarchie à la Louis XIV

environnée de sa noblesse, tout ce qui est simple dans les arts devient

grossier. Le noble personnage devant qui on l'expose se trouve insulté;

ce sentiment est sincère, et partant respectable.

Voyez le parti que le tendre Racine a tiré de l'amitié héroïque, et si

consacrée dans l'antiquité, d'Oreste et de Pylade. Oreste tutoie Pylade,

et Pylade lui répond _Seigneur_. Et l'on veut que Racine soit pour nous

l'auteur le plus touchant! Si l'on ne se rend pas à un tel exemple, il

faut parler d'autre chose.

De l'Amour Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-Beuve · 第 232 / 341 题