Les lois de l'_imagination_ sont encore si peu connues, que j'admets
l'aperçu suivant qui peut-être n'est qu'une erreur.
Je crois distinguer deux espèces d'imaginations:
1º L'imagination ardente, impétueuse, prime-sautière, conduisant
sur-le-champ à l'action, se rongeant elle-même et languissant si l'on
diffère seulement de vingt-quatre heures, comme celle de Fabio.
L'impatience est son premier caractère, elle se met en colère contre ce
qu'elle ne peut obtenir. Elle voit tous les objets extérieurs, mais ils
ne font que l'enflammer, elle les assimile à sa propre substance, et les
tourne sur-le-champ au profit de la passion.
2º L'imagination qui ne s'enflamme que peu à peu, lentement, mais qui
avec le temps ne voit plus les objets extérieurs et parvient à ne plus
s'occuper ni se nourrir que de sa passion. Cette dernière espèce
d'imagination s'accommode fort bien de la lenteur et même de la rareté
des idées. Elle est favorable à la constance. C'est celle de la plupart
des pauvres jeunes filles allemandes mourant d'amour et de phtisie. Ce
triste spectacle, si fréquent au delà du Rhin, ne se rencontre jamais en
Italie.