XXXIX

Fond des moeurs anglaises. Vers 1730, quand nous avions déjà Voltaire et

Fontenelle, on inventa en Angleterre une machine pour séparer le grain

qu'on vient de battre des petits fragments de paille; cela s'opérait au

moyen d'une roue qui donnait à l'air le mouvement nécessaire pour

enlever les fragments de paille; mais en ce pays _biblique_ les paysans

prétendirent qu'il était impie d'aller contre la volonté de la divine

Providence, et de produire ainsi un vent factice, au lieu de demander au

ciel, par une ardente prière, le vent nécessaire pour vanner le blé, et

d'attendre le moment marqué par le dieu d'Israël. Comparez cela aux

paysans français[225].

[225] Pour l'état actuel des moeurs anglaises, voir la _Vie de M.

Beattie_, écrite par un ami intime. On sera édifié de l'humilité

profonde de M. Beattie recevant dix guinées d'une vieille marquise

pour calomnier Hume. L'aristocratie tremblante s'appuie sur des

évêques à 200 000 livres de rente, et paye en argent ou en

considération des écrivains, _prétendus libéraux_, pour dire des

injures à Chénier (_Edinburg-Review_, 1821).

Le _cant_ le plus dégoûtant pénètre partout. Tout ce qui n'est pas

peinture de sentiments sauvages et énergiques en est étouffé;

impossible d'écrire une page gaie en anglais.

De l'Amour Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-Beuve · 第 129 / 341 题