Ravenne, 23 janvier 1820.
Les femmes ici n'ont que l'éducation des choses; une mère ne se gêne
guère pour être au désespoir ou au comble de la joie, par amour, devant
ses filles de douze à quinze ans. Rappelez-vous que dans ces climats
heureux, beaucoup de femmes sont très bien jusqu'à quarante-cinq ans, et
la plupart sont mariées à dix-huit.
La Valchiusa, disant hier de Lampugnani: «Ah! celui-là était fait pour
moi, il savait aimer, etc., etc.,» et suivant longtemps ce discours avec
une amie, devant sa fille, jeune personne très alerte, de quatorze à
quinze ans, qu'elle menait aussi aux promenades sentimentales avec cet
amant.
Quelquefois les jeunes filles accrochent des maximes de conduite
excellentes: par exemple, Mme Guarnacci, adressant à ses deux filles et
à deux hommes qui en toute leur vie ne lui ont fait que cette visite,
des maximes approfondies pendant une demi-heure, et appuyées d'exemples
à leur connaissance (celui de la Cercara en Hongrie), sur l'époque
précise à laquelle il convient de punir, par l'infidélité, les amants
qui se conduisent mal.