Nous habitons une seule patrie: le monde.
(MÉLÈAGRE).
Protections,--qui nous protègent de tout ce dont nous avons besoin. Or,
qui niera cette vérité élémentaire: Nous avons besoin de ce qu'ils ont,
ils ont besoin de ce que nous avons.
Faudra-t-il donc «se couper le nez pour embêter son visage?».
Nos douanes--espèces de murailles de Chine qui, sans nous rendre
exclusifs, nous appauvrissent.
Puissent bientôt les pays protectionnistes sembler des féodalités
démodées.
Il y a peut-être moins de différences entre contemporains de
nationalités diverses qu'entre un Français du Moyen-Age et un Français
de nos jours?
L'individu a évolué sans la collectivité, mais la collectivité le
rattrape, l'exploite et le fait massacrer.
«_La vie d'un peuple n'est qu'une suite de misères, de crimes et de
folies._» (Anatole France).--Les individus sont plus modérés.
Il y a partout des êtres civilisés, il n'y a encore nulle part de
civilisations, ce qui fait le contraste entre l'urbanité de l'individu
et la brutalité sanguinaire de la collectivité.
Les individus réaliseront-ils jamais en nombre suffisant une
collectivité pensante et juste, comprendront-ils que la congestion
des marchés, la rareté et la cherté (artificielle) des produits
indispensables, amènent les grèves, les guerres et les révolutions,--et
que l'ennemi est celui qui les gouverne vers de telles éventualités?
N'est-ce nous tricher nous-mêmes de ne point aider vers une évolution
sagace des impôts: taxes directes, vers un essai prudent du libre
échange de tout ce dont un être moderne pense avoir besoin et dont
chaque peuple ou climat détient la spécialité ou l'excellence?
L'être cosmopolite, qu'il soit Japonais, Brésilien, Italien, Espagnol,
Américain, tend à s'identifier: inconscient désir de fusion,
«amour du prochain» en ce qu'il a d'utile, d'agréable, de beau ou
d'interchangeable. Il va vers le semblable, et l'on n'y peut rien
empêcher. Aidons-le donc à s'universaliser avec économie et agrément.
Il n'y a qu'un peuple,--le peuple moderne.
L'inventaire du monde est fait: il reste à présent à s'y emménager
convenablement,--à nous défendre des éléments, et non des nations.
Il n'y a pas de peuple réussi au point qu'il ait à craindre les
mélanges.
Faut-il préférer aux sophismes du raisonnement les erreurs de
l'enthousiasme?
Allons à l'amour comme ils vont à la guerre.