LA MALÉDICTION DE MINERVE[174].

[Note 174: Le début de ce poème a été transporté au 3e chant du

_Corsaire_.

(_N. du Tr._)]

Brillant d'une plus aimable splendeur sur la fin de sa carrière, le

soleil couchant s'abaisse avec lenteur le long des collines de la Morée;

il n'offre point, comme dans les climats du Nord; un disque de lumière

obscure, mais un foyer de vives flammes que ne voile aucun nuage. Il

épand ses rayons jaunes sur la mer silencieuse, et dore la vague

verdâtre, étincelante de tremblans reflets. Sur le vieux rocher d'Égine,

et sur l'île d'Hydra, le dieu qui guide l'astre de joie jette en partant

un dernier sourire; il aime à prolonger l'éclat de ses feux sur cette

contrée de prédilection, quoique ses autels n'y reçoivent plus un culte

divin. Cependant les montagnes étendent leur ombre rapide, et la

projettent sur ton golfe glorieux, ô Salamine invaincue! Leurs cimes

bleues, qui se dessinent à travers l'azur plus sombre de l'espace,

revêtent sous le doux regard du dieu les teintes délicates et vraiment

célestes qui marquent sa riante course, jusqu'à ce qu'enfin, dérobé par

une ombre profonde à la terre et à l'Océan, il aille sommeiller derrière

sa colline sacrée; la colline de Delphes. Ainsi, en un soir pareil, il

jetait sur toi sa pâle lumière, ô Athènes!--lorsque le plus sage de tes

sages le vit pour la dernière fois. Avec quelle sollicitude les

meilleurs de tes enfans épiaient ce rayon d'adieu qui devait clore le

dernier jour de leur maître assassiné[175]! Pas encore!--pas

encore!--l'astre s'arrête sur la colline:--l'heure précieuse des adieux

dure encore. Mais triste est la lumière aux yeux de l'agonisant; sombres

sont les couleurs de la montagne, naguère contemplées avec délices.

Phébus semblait répandre les ténèbres sur ce beau pays, ce pays où il

n'avait jamais encore assombri son front: avant qu'il ne disparût

au-dessous du sommet du Cithéron, la coupe fatale fut vidée,--et l'ame

s'envola; l'ame de celui qui dédaigna de craindre ou de fuir, qui vécut

et mourut comme nul mortel ne peut vivre ou mourir. Mais voici la reine

de la nuit! elle étend son silencieux empire depuis la cime du mont

Hymette jusque dans la plaine[176]. Nulles sombres vapeurs, messagères

de la tempête, ne cachent son riant visage ni n'entourent sa forme

brillante. Sous le jeu de ses rayons resplendit le chapiteau de la

blanche colonne, qui salue l'astre d'aimable lumière; et le croissant,

son emblême, environné d'une vacillante auréole, étincelle sur le faîte

du minaret. Les bosquets d'oliviers, épars de loin en loin dans la

vallée où le modeste Céphise répand ses humbles flots, le cyprès

attristant qui s'élève près de la sainte mosquée, la rayonnante tourelle

du joyeux kiosque[177], et là-bas, triste et sombre au milieu de ce

calme solennel, auprès du temple de Thésée, un palmier solitaire: voilà

les objets divers qui, peints de nuances variées, appellent et fixent

les regards,--et insensible serait le mortel qui passerait sans y jeter

un coup d'œil. La mer Égée, dont le bruit ne se fait plus entendre au

loin, repose son sein fatigué de la guerre des élémens: ses vagues, qui

ont repris leurs douces teintes, déploient une immense surface de saphir

et d'or, entremêlée des ombres des maintes îles lointaines, dont

l'aspect semble menaçant,--là, où l'Océan aime à sourire avec grâce.

Ainsi, dans l'enceinte du temple de Pallas, je contemplais les

admirables scènes que m'offraient, alentour, la terre et l'onde,--à moi,

seul et sans ami sur cette contrée magique, dont les arts et les

exploits[178] ne vivent que dans les chants du poète; toutes les fois

que je me retournais pour admirer cet incomparable monument, sacré pour

les dieux, mais non pour la fureur impie des hommes, soudain le passé

renaissait, le présent semblait s'anéantir, et la gloire ne connaissait

pas d'autre séjour que la Grèce.--Les heures s'écoulaient; l'astre de

Diane avait atteint le centre de sa route à travers la voûte azurée, et

je promenais encore mes pas infatigables dans les vains sanctuaires de

maintes divinités évanouies[179], mais surtout dans le tien, ô Pallas!

tandis que la lumière d'Hécate, interrompue par tes colonnes, tombait

avec un éclat plus mélancolique sur les froids pavés de marbre, où le

bruit de la marche saisit l'ame solitaire comme feraient les échos d'une

tombe. Je m'étais abandonné à une longue rêverie; j'avais mesuré toutes

les traces que la Grèce, dans son naufrage, a laissées après elle;

tout-à-coup un fantôme géant s'avance vers moi, et Pallas me salua dans

sa propre demeure. Oui, c'était Minerve elle-même; mais hélas! combien

elle était changée[180]! combien elle différait de la déesse qui, jadis,

errait en armes dans la plaine de Troie! Elle ne m'apparaissait point

telle qu'autrefois, à son ordre, son image apparut sous le ciseau de

Phidias; elle avait perdu la majesté terrible de son front; sa vaine

égide ne portait plus la tête de la Gorgone; son heaume était sillonné

de brèches profondes, et sa lance semblait faible et émoussée, même aux

regards d'un mortel; la branche d'olivier, qu'elle daignait tenir

encore, s'était flétrie en sa main comme sous un contact odieux; son

grand œil bleu, encore le plus beau de l'empire céleste, s'obscurcissait

de larmes divines; autour du casque brisé, la chouette se promenait

lentement, et poussait des cris de deuil comme pour plaindre sa

maîtresse.

[Note 175: Socrate but la ciguë un peu avant le coucher du soleil (heure

fixée pour l'exécution), malgré ses disciples, qui le supplièrent

instamment d'attendre jusqu'à l'entière disparition de l'astre.]

[Note 176: Le crépuscule en Grèce est beaucoup plus court que dans notre

pays; les jours, en hiver, sont plus longs, mais de moindre durée en

été.]

[Note 177: Le kiosque est une espèce de pavillon qui se trouve dans les

jardins turcs. Le palmier est situé hors des murs actuels d'Athènes, non

loin du temple de Thésée: c'est entre ce temple et l'arbre que passe le

mur. Le Céphise est réellement un fort petit ruisseau, et l'Ilissus est

tout-à-fait à sec.]

[Note 178: Il y a dans le texte une paronomase intraduisible:

_Whose_ arts _and_ arms _but live in poet's lore_.

(_N. du Tr._)]

[Note 179: Encore une paronomase:

_O'er the_ vain _shrine of many a_ vanished _god_.

Au reste, on peut douter que les paronomases, et surtout cette dernière,

aient été faites à dessein.

(_N. du Tr._)]

[Note 180:

........ _Quantum mutatus ab illo

Hectore, qui redit exuvias indutus Achillei_.

(Virg. _Æn._ II.)

(_N. du Tr._)]

«Mortel (c'était Minerve qui parlait ainsi)! cette rougeur de honte te

déclare Breton;--ce fut naguère un noble nom,--le premier parmi les

peuples forts, le plus glorieux parmi les peuples libres; mais

aujourd'hui il est méprisé par tout le monde, et surtout par moi[181].

On trouvera toujours Pallas à la tête de tes ennemis;--en cherches-tu la

cause? O mortel! regarde autour de toi! Ici même, en dépit de la guerre

et des flammes dévastatrices, je vis expirer toutes les tyrannies qui se

sont succédé durant le cours des âges. J'échappai aux ravages du Turc et

du Goth[182]; mais ta patrie m'envoie un désolateur pire que ces

barbares. Examine ce temple désert et profané; compte les débris sacrés

qui subsistent encore. Ces monumens-_ci_, Cécrops les a

fondés;--_celui-ci_ dut sa beauté à Périclès[183]; _celui-là_, Adrien

l'éleva quand la science s'abandonnait au deuil. Ma reconnaissance aime

à proclamer ce que je dois. Alaric et Elgin firent le reste. Afin qu'on

pût toujours savoir d'où le pillage fondit sur la Grèce, le mur outragé

porte son nom odieux[184]. Voici comment Pallas, reconnaissante, plaide

pour la gloire d'Elgin: sur ce mur est son nom;--mais, avant tout,

contemple ses exploits!

[Note 181: _Now honoured_ less _by all_--_and_ least _by me_.

Littéralement:--maintenant honoré _moins_ par tous, et _le moins

possible_ par moi.

(_N. du Tr._)]

[Note 182: M.A.P. traduit: «_Du Musulman et du Vandale_.» Ce changement

fait peu d'honneur à son savoir historique: les Vandales ne sont jamais

venus en Attique.

(_N. du Tr._)]

[Note 183: Il est ici question de la ville en général, et non de

l'Acropolis en particulier. Le temple de Jupiter Olympien, que quelques

antiquaires supposent être le Panthéon, fut achevé par Adrien: il en

reste encore seize colonnes debout, du plus beau marbre et du plus beau

style.]

[Note 184: On lit dans la relation d'un récent voyage en Orient, que

lorsque l'entrepreneur en chef de ce commerce de spoliations vint

visiter Athènes, il fit inscrire son nom et celui de sa femme sur une

colonne d'un des principaux temples. Cette inscription fut exécutée

d'une façon très-remarquable, et profondément gravée dans le marbre, à

une élévation fort considérable. Malgré ces précautions, il s'est trouvé

un individu qui, sans doute inspiré par la déesse protectrice d'Athènes,

s'est mis à même de parvenir à la hauteur nécessaire, et a effacé le nom

du noble laird, mais sans toucher à celui de lady Elgin. Le voyageur qui

rapporte cette anecdote l'accompagne de la remarque suivante: c'est à

savoir qu'il a fallu du travail et de l'adresse pour atteindre le but,

et que cela n'a pu être exécuté sans un grand zèle et une forte

résolution.]

Ici, soit à jamais accueillie, d'un hommage égal, la mémoire du monarque

Goth[185], et du pair Écossais, digne descendant des Pictes[186]. Les

armes firent le droit de l'un; l'autre n'eut aucun droit, mais il vola

bassement ce que des guerriers moins barbares avaient conquis. Ainsi,

lorsque le lion quitte son sanglant repas, près de là rôde le

loup,--puis, enfin, vient l'ignoble chacal; la chair, les membres, le

sang, voilà ce dont les deux premiers font leur proie; le dernier, vil

animal, ronge les os sans péril. Toutefois, les dieux sont encore

justes, et les crimes sont châtiés; vois ici ce qu'Elgin a gagné et ce

qu'il a perdu! Un autre nom souille avec le sien mon sanctuaire; regarde

cette place que les rayons de Diane dédaignent d'éclairer! C'est déjà

une sorte de réparation qui me fut accordée, quand Vénus eut vengé à

demi l'outrage de Minerve[187].»

[Note 185: M.A.P. met ici _le monarque des Huns_. Alaric était Visigoth,

et non pas Hun ou Vandale. Pourquoi, d'ailleurs, s'écarter du texte

anglais, quand cet écart ne doit amener que bévues?

(_N. du Tr._)]

[Note 186: Les _Pictes_ et les _Scots_ étaient les habitans de

l'ancienne Calédonie, aujourd'hui l'Écosse.

(_N. du Tr._)]

[Note 187: Le nom de sa seigneurie et celui d'_une personne qui ne le

porte plus_ sont gravés en grandes lettres en haut du Parthénon. Non

loin de cette inscription sont les restes mutilés des bas-reliefs qu'on

a brisés dans les vaines tentatives faites pour les enlever.]

Elle se tut un instant, et j'osai répondre en ces termes, pour apaiser

la vengeance qui enflammait son regard:--«Fille de Jupiter! au nom de la

Bretagne outragée, un légitime et vrai Breton peut désavouer le crime!

Ne te courrouce pas contre l'Angleterre;--l'Angleterre ne reconnaît pas

cet homme,--non, protectrice d'Athènes[188]! Le spoliateur fut un

Écossais[189]! Veux-tu savoir la différence? du haut des tours de Phylé,

regarde la Béotie: nous avons aussi la nôtre, c'est la Calédonie. Je

sais trop que dans cette contrée bâtarde la déesse de la sagesse n'a

jamais établi son empire[190]: c'est un sol infertile, où les germes de

la nature sont condamnés à une triste stérilité, où l'esprit languit

dans d'étroites bornes. Ce pays trahit bien sa pauvreté par ses

chardons, emblèmes de tous ceux auxquels il donne la naissance. C'est

une terre de bassesses, de sophismes et de brouillards. Chaque brise de

la nébuleuse montagne et de la plaine marécageuse imprègne de ses

froides pluies la cervelle des habitans, jusqu'à ce qu'enfin, de leurs

têtes humides, s'échappe un torrent hideux comme leur sol et froid comme

leurs neiges. Mille rêves d'avarice et d'orgueil envoient au loin çà et

là tous ces hommes à projets, les uns à l'est, les autres à

l'ouest,--partout, hormis au nord! Ils courent à la recherche de gains

illégitimes. Ainsi maudits soient l'an et le jour où vint ici un Picte

pour déployer sa félonie. Toutefois, la Calédonie s'honore de quelques

enfans de mérite, comme l'épaisse Béotie donna le jour à un Pindare;

puisse le petit nombre de ses lettrés et de ses braves, supérieurs à

l'influence des climats, et vainqueurs de l'oubli des tombeaux, secouer

la sordide poussière d'un pareil sol, et rivaliser d'éclat avec les fils

d'une terre plus heureuse. Ainsi jadis, dans un pays coupable, dix noms

(si on les eût trouvés) auraient sauvé une race perverse[191]!

[Note 188: Il y a dans le texte--_no, Athena_!--c'est le nom grec de

Minerve (Αθήνα). On ne l'a pas transporté en français. M.A.P. a pris ce

nom pour celui de la ville même.

(_N. du Tr._)]

[Note 189: Le mur de plâtre bâti à la façade occidentale du temple de

_Minerva Polias_, porte l'inscription suivante, en caractères taillés à

une assez grande profondeur:

Quod non fecerunt Gothi,

Hoc fecerunt Scoti.

(_Hobhouse's Travels in Greece_, etc., page 345.)]

[Note 190: Les Écossais sont des Irlandais bâtards; suivant sir

Callaghan O'Brallaghan.]

[Note 191: Dieu dit à Abraham que s'il y avait eu dix justes à Sodôme,

il n'aurait pas résolu la ruine de cette ville. (_Genèse_, XVIII.)

(_N. du Tr._)]

--Mortel (répliqua la vierge aux yeux bleus[192]), je te le dis encore

une fois, porte mes décrets à ta contrée natale. Mes autels sont tombés,

hélas! mais je puis encore me venger en retirant mes conseils aux

nations comme la tienne. Écoute donc en silence la prophétie sévère de

Pallas: écoute et crois, car le tems t'apprendra le reste. D'abord sur

la tête de l'homme qui accomplit l'œuvre coupable, tombera ma

malédiction,--oui, sur lui et sur toute sa race. Que sans la moindre

étincelle d'intelligence les fils soient à jamais aussi sots que le

père! S'il s'en rencontre un seul dont l'esprit dépare la famille,

tiens-le pour un bâtard né d'un meilleur sang. Que toujours Elgin

babille avec ses artistes à gages, et reçoive les louanges des sots pour

prix de la haine des sages[193]! Que les flatteurs célèbrent longuement

le goût de leur patron, dont le goût le plus noble et le plus

_naturel_--est de vendre;--de vendre, et--le dirai-je? puisse la honte

enregistrer ce jour fatal!--de faire de l'état le receleur de ses

larcins! Cependant West, imbécile adulateur, tournera chaque modèle dans

ses mains paralytiques, et s'avouera lui-même un écolier de

quatre-vingts années[194]. Que tous les athlètes de Saint-Gilles soient

convoqués, afin que l'art et la nature puissent comparer leurs styles.

Tandis que mainte brute bien muselée contemplera dans un ébahissement

stupide _le magasin de pierres_ de sa seigneurie[195], ces fats qui

battent le pavé de Londres se glisseront autour de la porte qu'encombre

la foule, et cela pour tuer le tems et muser, pour babiller et lancer

des œillades. Mainte beauté langoureuse, avec un soupir de convoitise,

jettera un regard curieux sur les statues gigantesques, semblera d'un

œil errant effleurer la salle entière[196], et pourtant remarquera ces

larges derrières et ces membres de longue dimension[197], réfléchira

tristement sur la différence d'_aujourd'hui_ à _autrefois_, s'écriera:

«En vérité, ces Grecs étaient de belle taille!» établira de tristes

comparaisons entre les _hommes du présent_ et les _hommes du passé_, et

enviera à Laïs tous les petits-maîtres de l'Attique. Une belle des tems

modernes eut-elle jamais des amans comme ceux-ci? Hélas! sir Harry n'est

pas un Hercule! Enfin, au milieu de ces badauds, quelque paisible

spectateur, promenant sa vue avec une indignation muette et mêlée de

douleur, admirera le butin, mais détestera le voleur. Abhorré durant sa

vie,--et à peine pardonné dans la tombe, puisse l'infâme ne rencontrer

jamais que la haine pour prix de son avidité sacrilége! Maudit avec le

fou qui livra aux flammes le monument d'Éphèse, la vengeance le suivra

au-delà du sépulcre. Les noms d'Erostrate et d'Elgin seront à jamais

flétris et stigmatisés dans mainte page accusatrice. Condamnés tous deux

à une malédiction éternelle, peut-être le second est-il encore plus

abject que le premier: ainsi, durant les âges encore à naître,

puisse-t-il poser comme une statue fixée sur le piédestal du

mépris[198]! Mais la vengeance ne veille pas que pour lui seul; elle

prépare les futures destinées de ta patrie. C'est la Bretagne qui apprit

à son coupable fils à faire ce que souvent elle a fait elle-même.

Regarde la Baltique en flammes: votre ancien allié gémit encore d'une

guerre perfide[199]. Pallas ne prêta point son aide à de tels exploits,

ne déchira point le contrat qu'elle-même avait dressé; loin de tels

conseils, loin de cette scène de trahison, elle s'enfuit--mais laissa en

arrière son bouclier à tête de Méduse, don fatal qui changea vos amis en

pierre, et laissa la misérable Albion seule et chargée de haine. Regarde

l'Orient, où la race basanée du Gange ébranlera les fondemens de votre

pouvoir usurpateur: voici venir la rebellion qui lève son horrible tête;

voici venir Némésis, vengeresse des victimes que vous avez immolées:

l'Indus roule une onde de pourpre, et réclame un long arriéré de sang

européen. Puissiez-vous tous périr! Pallas, en vous faisant citoyens

d'un état libre, vous défendit de faire des esclaves.

[Note 192: «_The blue-eyed maid_.» Expression homérique, Γλαυκῶπις κόρη.

(_N. du Tr._)]

[Note 193: Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

(BOILEAU.)]

[Note 194: M. West, en voyant _la collection Elgin_ (je suppose que nous

entendrons bientôt parler de la collection d'Abershaw et de Jack

Shephard[194a]), déclara qu'il n'était dans l'art qu'un vrai novice.]

[Note 194a: Abershaw, célèbre voleur de grands chemins: Jack Shephard,

non moins célèbre enfonceur de portes. Tous deux furent pendus, non pour

avoir _volé_ les _statues_ étrangères, mais pour avoir _violé_ les

_statuts_ nationaux.

(_Edit. anglais_.)]

[Note 195: Le pauvre Crib[195a] fut horriblement embarrassé quand on lui

montra la maison Elgin: il demanda si ce n'était pas _un magasin de

pierres_. Il avait raison, c'était un magasin.]

[Note 195a: Célèbre boxeur.]

[Note 196: _The room with transient glance appears to skim_.

M.A.P. traduit: «_Elles feindront de parler d'un air d'insouciance_...»

Qu'en dire.....

(_N. du Tr._)]

[Note 197: Nous n'avons été ni plus ni moins hardis que le texte:

_Yet marks the mighty back and the length of limb_:

La pudeur de M.A.P. l'a sans doute empêché de traduire ce passage.

(_N. du Tr._)]

[Note 198: Hélas! tous les monumens de la magnificence romaine, tous les

restes du génie grec, si chers à l'artiste, à l'historien, à

l'antiquaire, ne dépendent que de la volonté d'un souverain absolu; et

cette volonté est trop souvent influencée par l'intérêt ou la vanité,

par un neveu ou un sycophante. Faut-il un nouveau palais (à Rome) pour

une famille parvenue?--on dépouille le Colisée pour avoir des matériaux.

Un ministre étranger veut-il orner d'antiques les laides[198a] murailles

d'un château du Nord?--les temples de Thésée ou de Minerve seront

démantelés, et les ouvrages de Phidias ou de Praxitèle arrachés à la

frise brisée. Qu'un oncle caduc, absorbé dans les devoirs religieux de

son âge et de sa place, prête l'oreille aux suggestions d'un neveu

intéressé, cela est naturel: qu'un despote oriental mette à bas prix les

chefs-d'œuvre des artistes grecs, on doit s'y attendre, quoique

néanmoins on ait à déplorer vivement, dans l'un et l'autre cas, les

conséquences d'un tel aveuglement;--mais que le ministre d'une nation

renommée pour connaître la langue et pour respecter les monumens de

l'ancienne Grèce, ait été le promoteur et l'instrument de ces

destructions, cela est presque incroyable. Une telle rapacité est un

crime contre tous les siècles et toutes les générations: elle enlève aux

générations passées les trophées de leur génie et les titres de leur

gloire; aux générations présentes, les plus puissans motifs d'activité,

les plus nobles spectacles que la curiosité puisse contempler; aux

générations futures, les chefs-d'œuvre de l'art, les plus beaux modèles

à imiter. Empêcher le renouvellement de pareilles déprédations est le

souhait de tout homme de génie, le devoir de tout homme puissant, et

l'intérêt commun de toute nation civilisée.

(_Eustace's Classical tour through Italy_, page 269.)

Ces tentatives faites pour transplanter le temple de Vesta d'Italie en

Angleterre, honorent peut-être le patriotisme ou la magnificence de feu

lord Bristol; mais elles ne peuvent être considérées comme une preuve de

goût ou de jugement.

(_Ibid_, page 419.)]

[Note 198a: _Bleak walls_, et non pas _Black walls_, comme M.A.P. l'a

entendu.

(_N. du Tr._)]

[Note 199: Bombardement de Copenhague.

(_N. du Tr._)]

«Regarde votre Espagne: elle presse la main qu'elle hait, mais la presse

avec froideur et vous pousse hors de ses foyers. Portes-en témoignage,

noble Barossa, tu peux dire quels guerriers bravement combattirent et

bravement moururent, tandis que la Lusitanie, bonne et chère alliée, ne

peut envoyer qu'un petit nombre de soldats qui fuient presque aussi

souvent qu'ils combattent: ô glorieuse prouesse! vaincu par la famine

cruelle, le Gaulois se retire une fois, et tout est fini! Quand donc

Pallas vous enseigna-t-elle qu'une seule retraite de l'ennemi réparait

trois longues olympiades[200] de défaites?

[Note 200: Une olympiade est un intervalle de quatre ans.

(_N. du Tr._)]

«Enfin regarde ta patrie elle-même: vous n'aimez pas arrêter vos regards

sur le hideux sourire de l'extrême désespoir. Votre cité est dans le

deuil, malgré le bruit étourdissant de vos fêtes: ici expire la misère

affamée, et plus loin rôde le vol. Vois, tous les citoyens ont perdu

_plus_ ou _moins_, aucun avare ne tremble quand il n'y a plus rien. Qui

osera jamais dire: _Heureux papier, symbole du crédit_[201]! Ce papier

surcharge, comme le plomb; l'aile fatiguée de la corruption. Pourtant

Pallas tira par l'oreille tous les premiers négociateurs des emprunts:

mais ces messieurs dédaignaient alors d'écouter les dieux et les hommes.

Un seul, tout repentant qu'un état fasse banqueroute, invoque Pallas,

mais l'invoque trop tard: puis il se prend de belle passion pour

****[202]; il s'incline devant ce mentor, qui cependant n'a jamais été

ami de Pallas. Les sénats écoutent celui qu'ils n'avaient jamais encore

écouté, sénats jadis trop dédaigneux, et maintenant non moins absurdes.

Telles autrefois les grenouilles raisonnables jurèrent foi et hommage au

soliveau souverain; ainsi vos législateurs saluèrent leur idole

patricienne, comme l'Égypte choisit un oignon pour Dieu. Maintenant,

bonne chance,--jouissez de l'heure qui vous reste; allez,--saisissez

l'ombre de votre puissance évanouie; déclamez sur le mauvais succès de

vos plans les plus chers, votre force est un nom, votre orgueilleuse

richesse un rêve. Il n'est plus cet or, dont le genre humain

s'émerveillait, et des pirates font trafic de tout ce qui en est

resté[203]. Désormais, plus de soldats gagés qui de contrées voisines et

lointaines se précipitent en foule à une guerre mercenaire; le

commerçant oisif languit sur un quai inutile au milieu des ballots

qu'aucun navire ne peut emporter, ou retourne voir ses marchandises se

pourrir pièce à pièce dans ses magasins encombrés: l'ouvrier mourant de

faim brise son métier qui se rouille, et dans son désespoir se révolte

contre la commune misère. Puis, dans le sénat de votre état en

décadence, montre-moi l'homme dont les conseils aient quelque poids.

Vaine est aujourd'hui la voix dont les accens commandaient naguère

l'obéissance. Les factions elles-mêmes cessent de charmer une terre

factieuse, tandis que les sectes rivales ébranlent une île, sœur de

l'Angleterre, et allument d'une main furieuse le bûcher qui couronnera

leur mutuelle destruction.

[Note 201:

_Blest paper credit, last and best supply,

That lends corruption lighter wings to fly_.

(POPE cité par Lord Byron.)

«Heureux papier, symbole du crédit, la dernière et la meilleure des

ressources, qui prête au vol de la corruption une aile plus légère.»

(_N. du Tr._)]

[Note 202: _The deal and dover trafiqueurs_ in specie.]

[Note 203: Voir la dernière note de la page précédente.]

«C'en est fait, c'est fini, puisque Pallas a vainement averti, elle

abdique le sceptre; les furies règnent en sa place, elles agitent dans

tout le royaume leurs torches flamboyantes, et de leurs mains

redoutables déchirent ses entrailles. Mais un effort convulsif reste

encore à faire, et la Gaule doit pleurer avant que de charger Albion de

ses chaînes. Les pompeux étendards de la guerre, les bataillons brillans

et gaîment équipés que suit le sourire de la farouche Bellone; la

trompette d'airain et le tambour d'électrique influence; qui portent

défi à l'ennemi avant l'action; le héros tressaillant à l'appel de sa

patrie; la gloire qu'il s'assure en tombant sur le champ d'honneur:

voilà ce qui remplit un jeune cœur de visions enivrantes, et le porte à

anticiper avant l'âge les joies des combats. Mais écoute une leçon que

tu peux recevoir encore; la mort seule n'est qu'un faible prix des

lauriers militaires. Ce n'est pas au fort de la mêlée que le génie du

mal se complaît; pour lui, un jour de bataille est un jour de merci:

mais après l'affaire, après la victoire, quoiqu'il soit abreuvé de sang,

il n'a fait que commencer ses ravages:--ses plus grands exploits, vous

ne les connaissez encore que de nom;--le paysan massacré, la pudeur

outragée, les maisons saccagées et les moissons pillées, tout cela

convient mal à des hommes qui ont vécu dans un état libre. Dis, de quel

œil les bourgeois fuyant dans la plaine apercevront-ils l'incendie de la

ville? Comment verront-ils la longue colonne de flammes agiter son ombre

rouge sur la Tamise épouvantée[204]? Hé bien!--n'en murmure pas, ô

Albion! car c'est ton flambeau qui alluma ces feux de ruine et de mort

depuis le Tage jusqu'au Rhin: si ces feux éclataient sur ton rivage

maudit, réponds, interroge ton cœur, ne les as-tu pas mérités? _Mort

pour mort_, telle est la loi du ciel et de la terre. Qui déclara la

guerre, en regrettera vainement les horreurs.»

[Note 204: _Shake_ his _red shadow o'er the startled Thames_.

Vers que Lord Byron a textuellement répété dans la 6e pièce des

_Miscellanées_, excepté le pronom _his_, qui est remplacé par _its_.

Nous avons déjà eu occasion de signaler quelques emprunts que Byron

s'était faits à lui-même.

(_N. du Tr._)]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 239 / 250 题