LAMENTATIONS D'HÉRODE,
APRÈS LA MORT DE MARIAMNE.
1. Oh! Mariamne! pour toi, maintenant, saigne le cœur pour lequel on a
versé ton sang. La vengeance se perd dans les angoisses et les remords
cruels qui succèdent à la fureur. Oh! Mariamne, où es-tu? Tu ne peux
entendre ma plainte amère; ah! si tu le pouvais,--tu me pardonnerais
maintenant, quoique le ciel dût être sourd à ma prière.
2. Est-elle donc morte?--ont-ils osé obéir à la frénétique colère de ma
jalousie? Ma rage a commandé ma propre désolation; le glaive qui la
frappa est sur moi suspendu.--Mais tu es froide déjà, toi que j'aimai,
toi que j'ai assassinée! Mon sombre cœur redemande en vain celle qui,
sans moi, prend son essor vers le ciel, et qui laisse, ici bas, mon ame
indigne de salut.
3. Elle n'est plus, celle qui partagea mon diadême! Elle est tombée, et
avec elle toutes mes joies se sont abîmées. J'ai arraché de la tige de
Juda cette fleur, dont les feuilles ne revêtaient leur éclat que pour
moi seul. A moi le crime, à moi l'enfer: ce sein est la proie du
désespoir. J'ai bien mérité ces tortures; ces flammes qui, sans se
consumer elles-mêmes, consument à jamais le coupable.