VISION DE BALTHAZAR.

1. Le roi était sur son trône, les satrapes encombraient la salle: mille

flambeaux étincelans éclairaient cette magnifique fête. Mille coupes

d'or, vouées naguère au culte divin chez le peuple de Juda;--oui, les

vases sacrés de Jéhovah s'emplissaient de vin pour les Gentils,

contempteurs de Dieu.

2. Soudain, dans cette même salle, une main appliqua ses doigts sur le

mur, et se mit à écrire comme sur le sable; c'étaient les doigts d'un

homme;--une main solitaire parcourait les lettres, et, comme une

baguette, en suivait tous les traits.

3. A cette vue, le monarque frémit, et imposa fin à la joie. Le sang se

retira de ses joues, et sa voix devint tremblante.--«Viennent les hommes

de la science, les sages de la terre; qu'ils expliquent ces mots de

terreur qui troublent nos royaux plaisirs.»

4. Les prophètes de la Chaldée sont habiles; mais ici leur talent est

nul: inconnues leur étaient ces lettres, qui restaient toujours là,

inexplicables et terribles. Les vieillards de Babylone sont sages et

profonds en savoir; mais alors échoua leur sagesse: ils virent ces

lettres,--et n'en surent pas davantage.

5. Un captif, jeune homme transplanté sur ce sol étranger;--entendit

l'ordre du roi, et vit le vrai sens des caractères écrits sur le mur.

Les lumières brillaient tout alentour; la prophétie frappait tous les

regards: il la lut,--et le jour qui suivit cette nuit en prouva la

vérité.

6. «Balthazar a sa tombe prête: son royaume n'est plus. Balthazar, pesé

dans la balance, n'est qu'argile indigne et légère. Il aura le linceul

pour manteau royal, et pour dais la pierre du sépulcre. Le Mède est à la

porte du palais! le Perse, sur le trône!»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 225 / 250 题