1. Hélas! qu'est devenue la harpe du royal ménestrel, la harpe du
souverain des hommes, du bien-aimé du ciel, la harpe que la mélodie
sacrée sanctifia par de plaintifs accens, nés du cœur--et du cœur le
plus tendre! O Mélodie, redouble tes larmes: ces cordes magiques sont
brisées. Naguères cette harpe adoucit les hommes aux entrailles de fer,
elle leur donna les vertus qu'ils n'avaient pas. Quelle oreille fut
assez sourde, quelle ame assez froide pour ne pas se réveiller, pour ne
pas s'embraser au son de cette lyre, qui, bien plus que le trône, fit la
puissance de David?
2. Cette harpe chanta les triomphes de notre roi; elle glorifia notre
Dieu; elle éveilla les joyeux échos des vallées, força les cèdres à se
courber de respect, les montagnes à tressaillir d'allégresse; elle
aspira au ciel et y laissa, enfin, ses accords que depuis lors on
n'entend plus ici-bas. Mais toujours la piété, mère d'un saint
enthousiasme, élève l'essor de notre ame jusques à ces chants qui nous
semblent venir de la voûte céleste dans des songes ravissans, que la
resplendissante lumière du jour ne saurait interrompre.