CHANSON.

1. Tu n'es pas fausse, mais volage; tu abandonnes les amans que tu

recherchas toi-même avec tant de passion. C'est même cette pensée qui

double l'amertume des larmes que tu fais répandre. Voilà ce qui brise le

cœur que ta légèreté désole. Tu aimes trop bien,--tu délaisses trop

tôt[167].

[Note 167: Il y a dans le vers qui finit la stance une paronomase que je

crois intraduisible:

_Too well thou_ lovest--_too soon thou_ leavest.

(_N. du Tr._)]

2. L'on méprise les cœurs faux: l'on dédaigne la femme perfide et sa

perfidie. Mais quand celle qui ne déguise aucune pensée, celle dont

l'amour est aussi vrai que doux,--quand celle qui aimait si naïvement

vient à changer, alors on éprouve la peine que j'ai tout à l'heure

éprouvée.

3. Rêves de joie, veilles de chagrin, c'est le destin de tout amant et

de toute ame[168]. Et si le matin, au réveil de nos sens, nous

pardonnons à peine à notre imagination de nous avoir abusés en songe

pour laisser notre ame après le sommeil dans un plus morne isolement:

[Note 168: Il y a aussi un jeu de mots dans le texte... _all who_ love

_or_ live.

(_N. du Tr._)]

4. Que doivent donc ressentir ceux qu'embrasa non pas une vision

trompeuse, mais la passion la plus vraie, la plus tendre? passion

sincère, mais, hélas! aussi passagère que si elle fût née d'un rêve? Ah!

sans doute, une telle douleur est un jeu de l'imagination, et ton

changement n'est qu'un rêvé lui-même!

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 184 / 250 题