(Traduite du grec moderne.)
1. Hélas! l'amour n'exista jamais sans ce cortége de peines, d'angoisses
et de doutes qui déchire mon cœur, et le condamne à d'éternels soupirs
durant la nuit et durant le jour aussi sombre que la nuit même.
2. Sans qu'une oreille amie écoute ma plainte, je languis, je meurs sous
le coup qui m'a blessé. Je savais bien que l'amour avait des flèches:
mais, hélas! je sens que ces flèches sont empoisonnées.
3. Oiseaux encore en liberté, fuyez les rets que l'amour a tendus autour
de vos demeures: sinon, environnés par des flammes fatales, vos cœurs
s'embraseront, et vous perdrez toute espérance!
4. Moi aussi, je voltigeais insouciant et libre: ainsi ai-je passé plus
d'un heureux printems. Mais enfin je tombai dans le piége trompeur: j'y
brûle, maintenant, et trémousse de l'aile sans force et sans essor.
5. Qui n'a jamais aimé,--jamais aimé en vain, ne peut ni comprendre ni
plaindre la douleur: il ne connaît ni les froids refus, ni les regards
dédaigneux, ni les éclairs dont l'amour arme un œil irrité.
6. Dans maint rêve flatteur je te croyais à moi: aujourd'hui se meurt
l'espérance, se meurt celui qui espérait. Je ressemble à la cire qui se
fond, ou à la fleur qui se flétrit; tel est l'effet de ma passion et de
ton pouvoir[166]!
[Note 166:
_Like melting wax, or withering flower,
I fell my passion, and thy power_.
M.A.P. traduit: «Ma passion et tes charmes me semblent une cire qui se
fond ou une fleur qui se flétrit.»
(_N. du Tr._)]
7. Flambeau de ma vie! ah! réponds-moi, pourquoi cette lèvre boudeuse et
cet œil altéré? O ma colombe! ô ma belle compagne! as-tu donc changé, et
peux-tu désormais haïr?
8. Mes yeux ruissellent comme deux torrens d'hiver. Quel malheureux
voudrait échanger sa misère contre la mienne? Ma colombe! apaise-toi: un
seul de tes accens aurait un charme magique pour faire vivre ton amant.
9. Mon sang se fige, mon cerveau se perd dans le délire: voilà le
supplice que je souffre en silence. Et cependant ton cœur; insensible à
toutes mes angoisses, triomphe,--tandis que le mien se brise.
10. Verse-moi le poison: n'aie point peur! Tu ne peux m'assassiner plus
que tu ne fais maintenant. J'ai vécu pour maudire le jour de ma
naissance, et l'amour qui fait mourir d'une mort si lente.
11. Mon ame est blessée à mort, mon cœur saigne: la patience peut-elle
me donner quelque repos? Hélas! je l'apprends trop tard (et je paie cher
la leçon): le plaisir est l'avant-coureur de la misère.