AU TEMS.

Tems! dont l'aile capricieuse entraîne, d'un vol lent ou rapide, les

heures inconstantes, dont le tardif crépuscule ou l'aurore passagère ne

fait que nous mener plus ou moins vîte à la mort,--salut! toi qui

répandis sur mon berceau ces dons connus, hélas! de tous les êtres qui

te connaissent! Toutefois, je soutiens mieux ton fardeau; car

aujourd'hui je suis seul à en supporter le poids. Je ne voudrais pas

qu'un cœur trop tendre partageât les momens amers que tu m'as départis:

je te pardonne; depuis que tu laissas tout ce que j'aimai jouir de la

paix ou du ciel. Joie ou repos à ces êtres chéris! les maux que tu

m'apporteras pèseront en vain sur moi. Je n'ai reçu de toi que des

années; c'est là tout ce que je te dois, dette déjà payée en douleur.

Mais la douleur elle-même nous porte secours contre toi; elle s'empare

du cœur, mais lui fait oublier ta puissance: la vive agonie du désespoir

retarde, mais ne compte jamais les heures. Dans la joie, j'ai souvent

gémi de penser que ta fuite rapide allait bientôt se changer en une

lente marche. Tes nuages purent éclipser la lumière, mais non pas

ajouter une nuit de plus à ma misère: quelque odieux et sombre que fût

ton horizon, il convenait à mon ame: d'une seule étoile partait une

étincelle qui prouvait que tu n'étais point--l'éternité. Ce rayon s'est

éteint, et tu n'es plus qu'un vide pour moi,--un mouvement monotone dont

l'on compte et l'on maudit la mesure dans ce vain et stupide rôle que

tout mortel gémit de jouer ici-bas. Enfin, il y a une scène que tu ne

peux altérer, terme de ta course paresseuse ou diligente, alors que

l'homme, parvenu au bout de la carrière, dort d'un sommeil trop profond

pour entendre l'orage qui gronde sur sa tête. Oui, je puis sourire de

songer quelle sera bientôt la faiblesse de tes efforts, quand toute la

vengeance que tu peux déployer tombera sur une pierre sans nom.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 150 / 250 题