Septembre, 1809.
Oh! madame! quand je quittai le lointain rivage où je reçus la
naissance, à peine pensais-je qu'il me serait encore douloureux
d'abandonner une autre contrée du globe: et pourtant, ici, dans cette
île stérile, où la nature languit à demi expirante, où vous seule
souriez, je vois avec crainte l'heure de mon départ. Quoique aujourd'hui
je sois loin des bords escarpés d'Albion, dont me sépare l'abîme azuré
des flots; peut-être après le court période de quelques saisons je
reverrai les rochers de la patrie: mais, en quelque lieu que j'erre,
sous un ciel brûlant et sur des mers diverses, quoique le tems puisse
enfin me rendre à mes foyers domestiques, jamais je ne reposerai mes
yeux sur vous,--sur vous, en qui brillent à la fois tous les charmes où
se prennent, les cœurs imprudens, vous qu'on ne peut voir sans
admiration, et, même; ah! pardonnez-moi le mot,--sans amour. Pardonnez
ce mot à celui qui n'en offensera plus votre oreille; et puisque je ne
peux avoir une place dans votre cœur, croyez-moi ce que je suis en
effet, votre ami. Qui donc serait assez froid pour te voir, aimable
voyageuse, et sentir pour toi moins de zèle, et n'être pas; ce que
l'homme devrait toujours être, l'ami de la beauté dans l'infortune?
Hélas! qui croirait qu'une femme telle que toi à parcouru la route des
périls destructeurs, a bravé les coups de l'ouragan, ministre ailé de la
mort, a échappé à la rage encore plus terrible d'un tyran? Oui, madame!
quand je verrai les murs où jadis s'éleva la libre Byzance, quand je
verrai Stamboul et ses palais orientaux où maintenant les tyrans turcs
se renferment; quoique cette puissante cité occupe toujours un rang
glorieux dans les annales de la renommée, elle aura sur mon esprit un
droit encore plus cher, comme lieu de votre naissance. Aujourd'hui je
vous dis adieu: mais lorsque je serai sur ce merveilleux théâtre, il
sera doux pour moi qui ne puis demeurer où vous êtes,--il sera doux
d'être où vous avez été.