Lorsque tout, autour de moi, devint sombre et noir, que la raison
éteignit à demi son flambeau,--et que l'espérance ne lança plus qu'une
mourante étincelle qui égara davantage mes pas solitaires; au milieu de
cette profonde nuit de l'ame, et de ces luttes intérieures du cœur,
alors que, dans la crainte de paraître trop bons,--les faibles se
désespèrent et les hommes froids s'enfuient; à l'heure où la fortune
changea,--où l'amour s'envola, où les traits de la haine tombèrent en
pluie serrée et rapide: tu fus l'étoile solitaire qui se leva sur mon
horizon pour ne l'abandonner jamais. Oh! bénie soit ta lumière
invaincue, qui veilla sur moi comme l'œil d'un séraphin, et maintint
sans cesse entre la nuit et moi sa gracieuse et voisine lueur! Et quand
sur nous fondirent les nuages qui tentèrent d'obscurcir tes
rayons,--alors tes douces flammes s'épandirent avec un éclat plus pur
encore, et chassèrent au loin les ténèbres. Puisse toujours ton esprit
inspirer le mien, et m'apprendre ce qu'il faut braver ou souffrir!--Une
seule de tes tendres paroles est plus pour moi que les vaines censures
du monde. Tu m'apparus comme un arbre aimable, dont la branche non
rompue, mais heureusement courbée, balance, avec un zèle fidèle, ses
rameaux au-dessus d'une tombe: dussent les vents te briser,--dût le ciel
se fondre tout en eau sur toi, tu fus--et tu serais encore, aux heures
de la tempête, prêt à étendre sur moi ton feuillage humide de pleurs.
Mais tu ne connaîtras aucun revers, quelle que soit ma destinée: car la
divinité récompensera, en plein jour, les gens de bien,--et toi
par-dessus tous. Laisse donc rompre le lien d'un amour abusé:--le lien
ne se rompra jamais. Ton cœur est sensible,--mais non pas irritable: ton
ame, toute tendre qu'elle est, ne sera jamais ébranlée. Voilà, quand
tout le reste fut perdu, ce que je trouvai en toi, ce que j'y trouverais
toujours;--et, tant que battra un cœur si éprouvé, la terre ne sera
point déserte,--même pour moi.