STANCES.

1. Plût à Dieu que je fusse encore un enfant étourdi, séjournant encore

dans ma caverne des _Highlands_, errant dans la sombre forêt ou jouant

sur la vague bleuâtre! La pompe incommode de l'orgueil saxon[57] ne va

pas à une ame libre qui aime les flancs escarpés de la montagne et

cherche les rocs où se brisent les ondes.

[Note 57: Sassenagh ou Saxon, mot de la langue erse, signifiant ou

Lowlander (habitant de la partie basse de l'Écosse), ou Anglais.]

2. Fortune! reprends ces plaines cultivées, reprends ce nom éclatant! Je

hais l'attouchement des mains serviles; je hais les esclaves qui rampent

autour de moi: place-moi sur les rochers que j'aime, qui répondent aux

rugissemens sauvages de l'océan. Je ne te demande qu'une faveur,--celle

d'errer encore au milieu des scènes que ma jeunesse a connues.

3. J'ai vécu peu d'années, et je sens déjà que le monde n'est pas fait

pour moi.--Ah! pourquoi d'épaisses ténèbres cachent-elles l'heure où

l'homme doit cesser d'être? Autrefois j'avais devant les yeux un rêve

éblouissant, une scène imaginaire de bonheur. O vérité!--pourquoi tes

odieux rayons éclairèrent-ils à mon réveil un monde tel que celui-ci?

4. J'aimais;--mais ceux que j'aimais ne sont plus; j'avais des

amis,--mes jeunes amis ont disparu. Ah! quelle tristesse pèse sur un

cœur solitaire, quand toutes ses espérances sont mortes! Quoique de gais

compagnons, le verre en main, chassent un instant le sentiment du

malheur; quoique le plaisir agite l'ame délirante, ah! le cœur--le cœur

est toujours vide.

5. Quel ennui! Entendre la voix de ceux que le rang ou le hasard, que la

richesse ou le pouvoir associent sans amitié ou inimitié à nos heures de

fête. Rendez-moi quelques amis fidèles, dont l'âge et les sentimens

soient les miens, et je fuirai la réunion nocturne et bruyante où la

joie n'est pourtant qu'un nom.

6. Et toi, femme! être adorable! mon espoir, ma consolation, mon tout!

Combien mon sang doit être refroidi, puisque je commence à me blâser de

tes sourires! J'abandonnerais sans soupirer cette scène agitée de maux

brillans, pour posséder ce contentement calme que la vertu connaît ou

semble connaître.

7. Je fuirais volontiers les demeures des hommes. Je veux fuir, et non

haïr le genre humain; mon cœur soupire après la sombre vallée dont

l'obscurité convient aux sombres pensers. Oh! que n'ai-je les ailes qui

portent la tourterelle à son nid! je m'élancerais vers la voûte des

cieux, pour m'enfuir et m'aller reposer[58].

[Note 58: Psaume LV, vers. 6.--«Et je dis, Oh! que n'ai-je des ailes

comme la colombe, alors je m'enfuirais et m'irais reposer.» Ce verset

fait partie de la plus belle antienne de notre langue.]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 60 / 250 题