[Note 56: Il est aisé de voir que ces vers sont adressés à Marie
Chaworth. Voir la Vie de Byron.
(_N. du Tr._)]
1. Oh! si ma destinée eût été jointe à la tienne comme jadis ce don en
semblait le gage, jamais tant de folies ne m'eussent entraîné: car alors
ma paix n'eût point été troublée.
2. A toi, je dois ces fautes de mon jeune âge; à toi, la censure des
sages et des vieillards: car ils savent mes péchés, et ils ne savent pas
que le tien fut de rompre les liens de l'amour.
3. Naguère mon ame était pure comme la tienne, et pouvait étouffer
toutes ses flammes naissantes. Mais où sont aujourd'hui tes sermens?
c'est un autre qui les a reçus.
4. Peut-être je pourrais détruire la paix de mon rival, lui ravir le
bonheur qui l'attend: mais que la joie lui sourie toujours: en mémoire
de toi, je ne puis le haïr.
5. Ah! depuis que je t'ai perdue, ange de beauté! mon cœur ne peut
rester fidèle à aucune femme. Ce qu'il cherchait en toi seule, il tente,
hélas! de le trouver en plusieurs maîtresses.
6. Adieu donc, õ fille perfide! Te regretter serait vain et stérile. Ni
l'espérance ni le souvenir ne me prêtent leur aide, mais l'orgueil seul
peut m'apprendre à t'oublier.
7. Et pourtant toute cette folle dépense d'années, cercle fatigant de
plaisirs éventés, ces mille et mille amours, ces craintes d'une matrone,
ces chants de délire inspirés par la passion,
8. Si tu avais été à moi, tout cela ne serait pas:--ces joues, que les
désordres de mon jeune âge ont pâlies, n'auraient jamais été colorées
par la fièvre des passions, mais auraient fleuri dans le calme du
bonheur domestique.
9. Oui, naguère les scènes champêtres m'étaient douces, car la nature
semblait sourire devant toi: naguère mon cœur abhorrait l'illusion, car
il ne battait que pour t'adorer.
10. Mais aujourd'hui je cours après d'autres joies: la réflexion
jetterait mon ame dans la démence; au milieu d'une foule irréfléchie et
d'un bruit vide de pensées, je triomphe à demi de ma profonde tristesse.
11. Cependant une idée funeste se glisse encore dans mon sein, en dépit
de mes vains efforts; et des démons eux-mêmes plaindraient ce que je
sens à penser que tu es perdue pour jamais.