A MARION.

Marion! pourquoi ce front pensif? quel dégoût as-tu pour la vie? Change

cette mine mécontente; ces traits froncés ne conviennent pas à une

personne si belle. Ce n'est pas l'amour qui trouble ton repos; l'amour

est étranger à ton ame; il paraît dans la bouche qui s'entr'ouvre au

sourire, il répand sa douleur en larmes douces et timides, ou abaisse

une paupière languissante; mais il évite cet air sombre et repoussant.

Reprends donc le feu qui animait ton regard: quelques-uns t'aimeront,

tous t'admireront; tant que ce froid aspect nous glace, nous ne pouvons

que rester dans la froideur de l'indifférence. Si tu veux surprendre les

cœurs errans, souris au moins, ou feins de sourire; des yeux comme les

tiens ne furent pas faits pour cacher leur éclat sous de sombres nuages;

en dépit de tout ce que tu voudrais dire, ils se jouent en regards

fripons. Tes lèvres,--mais ici ma modeste et chaste muse refuse d'obéir

à mon impulsion; elle rougit, fait la révérence et fronce le

sourcil,--bref, elle craint que le sujet ne me transporte; et,

s'enfuyant pour chercher la raison, elle ramène à tems la

prudence.--Tout ce que je dirai (car ce que je pense n'est exprimé ni

plus haut, ni plus bas), c'est que de telles lèvres, dont la vue nous

enchante, étaient formées pour quelque chose de mieux qu'un sourire

moqueur; cet avis, dépouillé de complimens qui l'adoucissent, est au

moins désintéressé; tels sont les vers que je t'adresse, naïfs et libres

de tout mélange de flatterie; un conseil comme le mien est le conseil

d'un frère; mon cœur est donné à d'autres, c'est-à-dire qu'inhabile à

tromper il se partage entre une douzaine de maîtresses. Marion! adieu!

oh! je t'en prie, ne méprise pas cet avertissement, quelque désagréable

qu'il puisse être; et afin que mes préceptes ne déplaisent point à ceux

qui regardent la remontrance comme chose importune, je te donnerai enfin

notre opinion concernant le doux empire de la femme; quoique nous

contemplions avec admiration des yeux d'azur, ou des lèvres brillantes

de vie, quoique les tresses ondoyantes nous attirent, quoique ces

beautés puissent nous distraire; papillons légers, nous sommes toujours

prêts à voltiger; tout cela ne peut encore fixer nos ames à l'amour. Ce

n'est point une censure trop sévère que de dire que cela forme un joli

portrait; mais si tu veux savoir la chaîne secrète qui nous attache

humbles esclaves à votre suite, et vous fait saluer reines de la

création, apprends-le en un mot, c'est l'animation.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 33 / 250 题