O femme! l'expérience a pu me dire que tous ceux qui te regardent
doivent t'aimer: sans doute, l'expérience a pu m'apprendre que tes plus
solides promesses ne sont rien; quand tu es placée devant moi dans tout
l'éclat de tes charmes, je ne songe plus qu'à t'adorer. O souvenir! bien
délicieux, quand l'espoir l'accompagne, quand nous possédons encore
l'objet de notre amour! Mais comme il est maudit par les amans, quand
l'espoir s'est envolé, quand la passion est éteinte. O femme! belle et
tendre enchanteresse! comme les jeunes hommes sont prompts à te croire!
comme le cœur palpite, quand pour la première fois nous voyons cet œil
qui roule dans un éclatant azur, ou resplendit tout noir, ou lance ses
doux rayons de dessous un sourcil châtain! Comme nous nous hâtons de
croire à tes sermens, de t'entendre engager ta foi de plein gré; dans
notre ravissement, nous espérons que ta fidélité sera éternelle, et
voilà que tu changes en un jour! Donc il sera toujours vrai de dire:
«Femme, tes sermens sont écrits sur le sable[8].»
[Note 8: Cette dernière pensée est la traduction presque littérale d'un
proverbe espagnol.]