SUR LA MORT DE M. FOX.

Un journal avait publié l'impromptu anti-libéral suivant:

«Les ennemis de notre nation pleurent la mort de Fox, mais ils bénissent

l'heure où Pitt rendit le dernier soupir: que le bon sens et la vérité

expliquent ces sentimens opposés, nous donnerons la palme à qui en est

vraiment digne.»

L'auteur de ces poèmes envoya la réponse suivante:

O factieuse vipère! dont la dent empoisonnée voudrait encore déchirer

les morts, en corrompant la vérité: Quoi! parce que _les ennemis de

notre nation_, animés d'un généreux sentiment, pleurent la mort de

l'homme de bien et du grand homme, faudra-t-il que des langues infâmes

essaient de ternir le nom de celui dont la digne récompense est une

renommée éternelle? Quand Pitt expira à l'apogée du pouvoir, ah! malgré

les revers qui obscurcirent sa dernière heure, la pitié étendit

au-devant de lui ses ailes humides de larmes: car les ames nobles _ne

font pas la guerre aux morts_; ses amis en pleurs lui donnèrent une

dernière prière, quand toutes ses erreurs s'endormirent dans le tombeau;

il plia comme Atlas sous le poids de tant de soins, de tant de luttes

qui fatiguaient notre patrie. Mais, en Fox, apparut aussitôt un Hercule

qui releva, pour un moment, la machine ébranlée: hélas! lui aussi, il

est tombé, lui qui réparait le malheur de la Bretagne: nos espérances,

si rapides à renaître, sont mortes avec lui; il n'y a pas qu'un grand

peuple qui élève une urne en son honneur: toutes les contrées de

l'immense Europe sont en deuil. «Que le bon sens et la vérité expliquent

ces sentimens opposés, pour qu'on donne la palme à celui qui en est

vraiment digne.» Mais ne laissons pas l'impure calomnie assaillir notre

homme d'état ou envelopper sa gloire d'un voile ténébreux. Fox, dont le

corps inanimé reçoit les pleurs du monde en deuil, dont les restes

chéris dorment sous un marbre honoré, sur qui les nations armées contre

nous gémissent elles-mêmes, dont tous, amis ou ennemis, reconnaissent le

génie: Fox brillera à jamais dans les annales de la Bretagne, et ne

cédera pas même à Pitt la palme du patriotisme, palme que l'envie,

cachée sous le masque sacré de la candeur, a osé réclamer pour Pitt, et

pour Pitt seul.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 15 / 250 题